La situation est tendue, mais pas désespérée, foi de patrons, mais le discours préliminaire d’un Volodymyr Zelensky, en visio depuis Kiev, en disait long. D’ailleurs, le président ukrainien ne s’est-il pas attardé sur la reconstruction de son pays, comme si le dur du conflit était derrière lui ? De quoi alimenter la thématique de cette REF 2022, axée sur des Euro-Visions synonymes de libéralisme assumé et de contrepoids efficient contre les suprématies américaines ou chinoises qui, sans nul doute, comptent profiter du désordre européen pour conforter leurs assises respectives. Pourrons-nous dès lors miser sur nos licornes, venues en troupeau sur cette 4e édition pour distiller les recettes d’un succès fulgurant et d’une ambition galopante ?
Pour enclencher la grand-messe, cette année, «Rêver d’un autre monde», version Téléphone 1999, avant que Geoffroy Roux de Bézieux n’exhorte « à choisir le clan de la liberté, celui du peuple ukrainien », sans subir « les leçons de morale des Américains ». On ne reviendra plus en arrière, « c’est juste une illusion », a aussi dit l’ami Aubert en 86... Pour le patron des patrons, pas de sortie de crise sans souveraineté exacerbée et transition écologique maîtrisée, devenue, par le biais des tarifs énergétiques, « une impérieuse nécessité économique ». Retour aux grands classiques avec les tracas récurrents de fiscalité, mais un constat patronal encourageant : « La France n’est plus l’enfer fiscal qu’elle était il y a quelques années, nous sommes dans la moyenne européenne et ça nous suffit, sauf sur les impôts de production et les charges sociales sur les hauts salaires, deux défis majeurs qui restent à relever pour permettre de financer les 40 milliards d’euros annuels dont nous avons besoin pour atteindre nos objectifs 2030 » , et gagner aussi l’autre grande bataille du futur, « celle de l’innovation et de la connaissance ».
Vers un capitalisme décarboné
Pour Geoffroy Roux de Bézieux, « oui, on peut être écolo et libéral, il suffit d’investir 40 milliards d’euros par an jusqu’en 2030 dans la transition écologique et énergétique de nos entreprises », sans retour sur investissement immédiat, mais avec les félicitations des générations futures par anticipation. La monnaie à privilégier n’est pas virtuelle, c’est plutôt la tonne de carbone évitée, et au meilleur coût. À liker côté entreprises, mais aussi côté État, qui devra se montrer « stratège », et même Europe, avec des agendas raccords. « Nous avons aussi besoin des citoyens, que leurs convictions se retrouvent dans les achats du quotidien. » Pour Geoffroy Roux de Bézieux, une chose est certaine, « l’État ne doit pas tout faire car l’État ne sait pas tout faire. Faites confiance aux corps intermédiaires, et ils vous le rendront ». Pour un capitalisme à l’Européenne, sauce verte saupoudrée d’éthique bien relevée. « L’écologie est un sujet bien trop sérieux pour le laisser simplement aux écologistes. (...) J’ai parlé de capitalisme décarboné, mais j’aurais pu dire capitalisme européen. Pas celui de la Chine qui fait abstraction des droits fondamentaux, pas celui non plus des États-Unis qui laisse beaucoup de monde au bord de la route. Notre modèle, c’est une troisième voie qui concilie liberté, égalité et prospérité. »
Des coupures de gaz dès l’automne pour les entreprises ?
Lors de la Rencontre des Entreprises de France, plus de la moitié du discours de la Première ministre Élisabeth Borne aura été consacrée à la transition énergétique et écologique, mesures restrictives à l’appui dès le mois d’octobre.
« En protégeant le pays de l’inflation et d’un choc d’offre négatif, nous avons protégé notre économie, évitant la dérive dans la spirale inflationniste. » Mais pour la Première ministre Élisabeth Borne, l’urgence est ailleurs : « Si la Russie venait à couper ses exportations de gaz vers l’Europe, les conséquences seraient massives. L’heure est grave, elle n’est plus au constat, mais à l’action résolue. » Les prochains mois, voire les prochaines années, seront difficiles, c’est confirmé, mais pourquoi ne pas profiter de ce dysfonctionnement géopolitique pour enclencher la transition écologique appelée des vœux climatiques ? À travers des opportunités « pour l’innovation, pour la croissance et pour l’emploi ». Dans le plan d’attaque gouvernemental, il faudra faire fort et fissa, via « des solutions radicales et innovantes » et des changements puissants « dans nos manière de produire et d’investir ». Dans une responsabilité collective assumée.
Mais à date, pas d’alternative immédiate pour compenser un éventuel arrêt des vannes russes, à l’heure où le parc nucléaire français toussote, et où la crise ukrainienne est qualifiée « de nouveau défi pour la solidarité européenne », qui devra en passer par une obligatoire « baisse de la consommation d’énergie, que nous devrons organiser ensemble ». Ce qu’Emmanuel Macron appelle le Plan de sobriété depuis le 14 juillet, pour préférer « les économies choisies aux coupures subies ». Le terme «préférer» supposerait un choix... Pour les patrons ? La balle passe donc dans le camp d’Agnès Pannier-Runacher, avec la création d’un poste « d’ambassadeur de la sobriété dans chaque entreprise » sur le modèle des référents Covid. En septembre seront rendues les premières copies d’un «plan de sobriété» pour les plus valeureuses, avec le couperet de baisses de consommation imposées en cas de mauvaise volonté manifeste et collective. « Si nous devions en arriver au rationnement, les entreprises seraient les premières touchées », souligne la Première ministre d’un ton grave, « et nous devons malheureusement nous y préparer. »
Verdict début octobre
« Nous disposerons alors d’un premier bilan des plans de sobriété engagés et des dernières prévisions des experts, je présenterai les différents scénarios avec une vision plus claire des risques de rationnement. » Coup de froid dans les tribunes... Même si de telles prospectives seraient plutôt en faveur d’une sortie accélérée des énergies fossiles et la promesse d’une potentielle souveraineté énergétique sur d’autres créneaux. Élisabeth Borne tempère illico, « la décroissance n’est pas la solution, elle mettrait en péril le financement de notre modèle social, la solution viendra d’une croissance nouvelle, réorientée. La transition écologique est une opportunité, elle permettra d’innover, de transformer les filières existantes et d’en créer de nouvelles ». Avec toujours en ligne de mire l’objectif (européen) de réduire de 55% les émissions d’ici 2030, via un plan global et complet, « pendant du Green Deal européen », calendrier et méthode à l’appui pour chaque ministère. Avec aussi un plan d’investissement dédié, France 2030, qui mobilise plus de 50 milliards d’euros « pour préparer la France de demain » via l’innovation et la révolution, notamment de l’industrie, des transports et de l’agriculture.