Dossier Paru aujourd'hui
Les portraits du Rebond

Du commerce bio à un poste de chargée de mission à la CeA

À l’occasion des 10 ans de 60 000 Rebonds Grand Est, nous donnons naissance à une nouvelle rubrique «Les portraits du Rebond» retraçant le parcours de ceux qui ont rebondi grâce à l’association.

Comment après une liquidation judiciaire, Catherine Houselle a-t-elle rebondi de la direction d’un commerce bio à un poste de chargée de mission lutte contre la précarité énergétique à la Collectivité européenne d’Alsace ? Grâce au soutien de l’association 60 000 Rebonds, qui l’a aidée à garder confiance en elle et à construire un nouveau projet. Récit.

Adolescente, Catherine Houselle voulait ouvrir un commerce. Et la Mosellane, originaire de Behren-lès-Forbach, semblait bien en avoir pris le chemin puisqu’après son bac elle avait suivi les cours de l’école supérieure de commerce de Compiègne… avant de devenir attachée parlementaire pendant quatre ans au milieu des années 1990. Après cette première expérience, elle bifurque vers l’Éducation Nationale et devient professeur de comptabilité gestion au lycée professionnel Dominique Labroise, à Sarrebourg. Ce qui devait être un remplace­ment de neuf mois a en fait duré dix ans. « Cela se passait très bien, se souvient aujourd’hui la cinquantenaire. J’avais un très bon contact avec les élèves. Mais j’avais besoin de prendre plus d’initiatives. » Et c’est là que revient l’idée du magasin. En 2008, elle ouvre un magasin bio à Wiwersheim : L’Ethic Bio. « Cela correspondait à mes propres aspirations. J’étais rentrée en contact avec des agriculteurs et des artisans locaux. » Le démarrage dans un centre commercial qui a mis du temps à se remplir est compliqué. Mais trois ans plus tard, elle apprend qu’un ancien corps de ferme est à vendre au centre du village, juste en face de l’église et de la boulangerie. Elle achète la grange, y installe son magasin. « Et dès l’année suivante, je fais 30 % de chiffre d’affaires en plus. Et la progression se poursuit d’année en année. Et je recrute deux salariés. » Jusqu’au COVID et à la crise inflationniste qui fait suite à la guerre en Ukraine et qui touche particulièrement l’ensemble du commerce bio. 

Retour aux valeurs

En juin 2023, une liquidation simplifiée est prononcée. « Ce magasin, c’était mon troisième enfant, la charge émotionnelle de la fermeture a été très importante : j’avais noué des contacts étroits avec les clients. Cela a été très dur pour moi d’arrêter. » Fin du rêve d’adolescente. Mais Catherine Houselle n’est pas du genre à se laisser abattre. Par une de ses clientes, elle apprend l’existence de 60 000 Rebonds, as­sociation qui accompagne les dirigeants ayant perdu leur entreprise. Avant même la fermeture du magasin, elle entre en contact avec la responsable de l’association à Strasbourg.

« À ce moment-là, pour ne pas me retrouver sans revenu, je répondais à toutes les offres d’emploi qui me passaient sous le nez. Même si les métiers proposés ne me correspondaient pas du tout. Au final, soit je refusais l’offre de moi-même, soit je n’étais pas recrutée. Sans trop savoir pourquoi. » C’est ce qu’elle explique à 60 000 Rebonds, qui lui désigne un coach pour l’accompagner et lui redonner confiance. « Je le vois tous les quinze jours. Il m’aide à prendre confiance de mes propres valeurs et à réaliser que je ne suis pas prête à y renoncer. » Il ne manquait plus qu’à trouver le métier qui correspondait à ces valeurs. Le coaching fonctionne : les lettres de motivation sont plus facilement rédigées, les entretiens sont plus probants.

Et après quelques mois, Catherine Houselle répond à une offre de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) et est recrutée comme char­gée de mission lutte contre la précarité énergétique à la direction de l’Habitat. Elle accompagne les ménages en précarité énergétique. « Mon coach m’a aidée à la préparation de l’entretien, mais aussi à la prise en main du poste. Ce n’était pas évident pour moi : après quinze années à mon compte, j’ai dû m’adapter à une nouvelle organisation complexe et très hiérarchisée. »

Depuis son poste à la CeA a évolué. Toujours au sein de la direction de l’Habitat, Catherine Houselle est devenue cheffe de projet, en charge du pilotage des pactes territoriaux. Mission : animer les Espaces France Renov’ dans l’ensemble de l’Alsace et contractualiser avec les 

opérateurs qui instruisent les dossiers de rénovation énergétique et d’adaptation du logement au vieillissement et au handicap pour le compte de l’Agence Nationale pour l’Amélioration de l’Habitat (ANAH).

Et finalement, l’indépendance de l’entrepreneure ne lui manque-t-elle pas ? « Non pas du tout, j’avais besoin de sécurité et de stabilité. J’aime beaucoup le travail en équipe au sein de la CeA, ainsi que les liens que je noue avec nos partenaires sur le terrain. » Et du coup, en quoi 60 000 Rebonds lui a-t-elle été le plus utile ? « Le soutien psychologique et la prise de conscience de ma propre valeur, répond sans hésiter Catherine Houselle. Quand on perd son entreprise, on doute de ses propres qualités. L’association m’a vraiment aidée à rebondir. » La re­connaissance est telle que Catherine Houselle n’hésite pas à apporter un coup de main bénévole à l’association quand il le faut : à l’occasion du dixième anniversaire de la création de 60 000 Rebonds Grand Est, elle a participé à la communication de l’évènement.

 

10 ans

60 000 Rebonds Grand Est a été fondée à Strasbourg en 2015. L’as­sociation accompagne bénévolement les entrepreneurs ayant perdu leur entreprise, soit vers le salariat, soit vers la création d’une autre entreprise.

La prise en charge prend la forme d’un coaching par des experts praticiens, eux-mêmes issus du monde de l’entreprise, pour faire le deuil de l’entreprise, d’un parrainage de chef.fe d’entreprise, pour la construction du nouveau projet professionnel, d’expertises diverses et variées et de participation à des temps collectifs de partage.10 ans

En Alsace et en Lorraine, 60 000 Rebonds Grand Est dispose d’antennes à Strasbourg, Mulhouse, Metz, Nancy et Épinal.

En 2025, en Alsace, 81 entrepreneurs ont été accompagnés par 122 bénévoles.

Jean De MISCAULT