Cet événement national s’est déployé simultanément dans l’ensemble des régions de France métropolitaine, affirmant l’engagement de la profession en faveur de la transmission, de l’emploi et de la préservation de la ressource en eau. Placée sous le thème PoseTonAvenir - Génération bleue, cette matinée a fait la part belle à la jeunesse, qu’elle a abreuvée de bons conseils, d’informations afin de sensibiliser les jeunes à ces beaux métiers « non délocalisables » a répété Sébastien Streiff, délégué régional de la Fédération Lorraine des Canalisateurs, car « les opportunités de formation et de carrières offertes par la filière sont nombreuses. » Et pour la troisième fois, la Fédération Lorraine s’est rapprochée de Saint-Gobain PAM, en organisant l’événement au Technocentre de l’entreprise à Pont-à-Mousson. Le lien n’est plus à faire entre Saint-Gobain PAM et la Fédération des Canalisateurs. De fait, l’entreprise est la référence mondiale des infrastructures d’eau. Depuis 170 ans, l’entreprise fondée à Pont-à-Mousson conçoit, sécurise les réseaux d’alimentation en eau qui font vivre les territoires. Tuyaux, raccords, robinetterie et accès aux infrastructures : Saint-Gobain PAM propose des solutions complètes, capables de répondre aux exigences les plus élevées. Depuis 2021, la société qui produit la fonte ductile a entrepris un plan stratégique de décarbonation et de modernisation de son outil de production avec des fours électriques (Thor et Vulcain) avec l’objectif de réduire de 80% des émissions de CO2 d’ici 2028. Des données confirmées par Jérôme Lionet, le directeur général de Saint-Gobain PAM, en ouvrant cette manifestation.
« L’eau au coeur de défis concrets »
Sébastien Streiff, le délégué régional des Canalisateurs de Lorraine a rappelé que la filière représentait 35 entreprises et était le 2e syndicat au sein de la Fédération des Travaux Publics. Dans son propos devant plus de 200 personnes réunies dans l’amphithéâtre du technicentre, il a rappelé « les défis concrets que doit relever la politique de l’eau, sa préservation pour s’adapter au changement climatique : sobriété, performance des réseaux, protection de la ressource, qualité sanitaire et acceptabilité des investissements. » Dans une interview aux Affiches d’Alsace et de Lorraine (Lire plus loin), il enfonce le clou en direction des donneurs d’ordres que sont les collectivités afin qu’elles ne négligent pas d’investir dans leurs réseaux d’alimentation en eau, ou d’assainissement.
Mais l’essentiel de son discours est allé aux jeunes auxquels il est indispensable de faire découvrir les métiers de la filière canalisation. En parlant « des compétences d’avenir : travailler pour l’eau qui relie les territoires. » Selon lui, pas de doute « les chemins d’accès aux métiers des canalisateurs, les premières expériences de chantier ou le tutorat font la différence. » Et les canalisateurs y mettent une dose de couleur en évoquant des compétences bleues, des itinéraires bleus. En clair, le syndicat patronal des canalisateurs appelle les jeunes à se jeter à l’eau ! Pas n’importe laquelle, une eau saine, de qualité, transportée dans des tuyaux en fonte durable. Et les atouts de la profession ne manquent pas : innovations, numérisation de chantier, maintenance des réseaux, évolution de carrière.
Les tables rondes qui ont marqué cette matinée ont dû donner envie aux jeunes, dû attiser leur curiosité pour rejoindre les rangs des entreprises qui ne manquent pas en Lorraine. L’opération sensibilisation est bien lancée et sera poursuivie par la famille des canalisateurs. Rendez-vous à la prochaine matinée de l’eau en 2027 pour savoir si cette opération a porté ses fruits.
Interview de Sébastien Streiff
« La filière des canalisateurs a un fort potentiel d’emplois »
Sébastien Streiff, délégué régional des Canalisateurs de Lorraine, réaffirme sa conviction que le métier de canalisateur a de l’avenir et du potentiel pour attirer les jeunes. Il revient sur cette matinée de l’eau pour les Affiches d’Alsace et de Lorraine.
- Les Affiches : Vous revenez chez Saint-Gobain PAM pour la matinée de l’eau ?
- Sébastien Streiff : « C’est la troisième fois qu’on y vient. Pour nous c’est un partenaire institutionnel des Canalisateurs de France, de Lorraine. Il nous assiste régulièrement, c’est un industriel important du secteur, lié à notre activité. C’est un fournisseur important dans notre profession. Cela a du sens de le faire chez eux. Il dispose des infrastructures pour accueillir ce type d’événement dans le centre. »
- La fonte ductile de Saint-Gobain PAM est réputée pour ses canalisations ?
- S.Streiff : « La fonte ductile est un matériau bien plus durable pour les canalisations que le PVC. En Lorraine il est privilégié. Ce n’est pas le cas dans toutes les régions de France. En Bretagne on trouve davantage de PVC… La fonte a une durée de vie très importante. Et le problème avec le PVC c’est qu’il y a des échanges organiques entre la canalisation et l’eau, et ce n’est pas idéal. »
- Saint-Gobain est en pleine évolution ?
- S.Streiff : « Ils sont en train de changer leur mode de fabrication, de leur coulée de fonte. Ils l’ont fait à Foug, ils le font aussi à Pont-à-Mousson. »
- Comment se porte la filière des Canalisateurs en Lorraine ?
- S.Streiff : « En Lorraine on doit être au moins à environ 700 emplois. La filière est dynamique, parce qu’elle est bien structurée. On fait un métier qui a du sens pour préserver la ressource en eau, pour éviter d’avoir des fuites sur les réseaux… »
« C’est un marché qui va devenir croissant »
- Est-ce un marché en croissance ? Les réseaux étant souvent vétustes ?
- S.Streiff : « Pas encore, mais il va le devenir, c’est inévitable. De fait, les réseaux souffrent de sous-investissements. Ces dernières années on a fait peu de renouvellement de réseaux, on a plutôt fait des réseaux d’interconnexions pour sécuriser la ressource en eau des territoires. Il est clair qu’on a un gros déficit en matière de renouvellement de réseaux d’alimentation en eau. Au rythme actuel il nous faudrait 170 ans pour renouveler l’ensemble de ce réseau en France. Juste pour l’eau potable. Et pour l’assainissement c’est encore plus important, même si en l’occurrence il ne s’agit pas du même type de tuyauteries, elles sont plus grosses. Ce sont des réseaux souvent méconnus, il y a peu d’investigations faites pour diagnostiquer la qualité de ces réseaux d’assainissement. Bon nombre sont en mauvais état et risquent de casser, provoquant des pollutions avec des eaux usées. On a une moins bonne maîtrise en la matière. Ce sont des canalisations en béton, en grès, ou du PVC. »
« Il faut du courage politique »
- Les collectivités hésitent à investir ?
- S.Streiff : « Le plus souvent elles manquent de moyens et aussi parfois de courage. Pour investir il faut parfois oser augmenter le prix de l’eau. Son prix suit l’inflation mais pas plus. Mais le réseau à l’arrivée est en mauvais état. Les communes préfèrent poser quelques pansements sur les canalisations plutôt que d’en changer. Alors qu’il faudra bien le changer. Le risque c’est d’avoir des ruptures de conduites. »
- Aujourd’hui un chantier de canalisation c’est plus moderne ?
- S.Streiff : « Tout à fait. En qualité, en termes de suivi, de contrôles, il y a eu de grandes améliorations. Je prends l’exemple de Saint-Gobain PAM. On y développe des revêtements sur les tuyaux autocicatrisants. Il y des matériaux qui vont venir cicatriser les plaies dans les conduites. Il y a également davantage d’investigations préalables sur les chantiers afin de prémunir d’un éventuel endommagement d’une autre canalisation, de gaz ou d’électricité. Aujourd’hui, il y a des obligations accrues imposées par la loi, pour mieux détecter l’ensemble des réseaux, surtout en zone urbaine. Il y des réseaux sensibles : gaz, électricité car il peut y avoir des risques de coupures au détriment des populations desservies. »
- Mais le thème de cette matinée de l’eau c’est bien la formation, et comment attirer les jeunes dans vos métiers ?
- S.Streiff : « On a parfois du mal à recruter et nous ne sommes pas les seuls. C’est pour ça que nous avons associé à cette manifestation les bureaux de maîtrise d’oeuvre, les collectivités, et les industriels. Si on veut que la filière continue à se développer, on va avoir besoin de ressources humaines dans chaque compartiment de la filière. »
- Il s’agit aussi de mieux faire connaître vos métiers ?
- S.Streiff : « C’est important. On s’est rendu compte que les jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi peuvent se prendre de passion pour nos métiers. Ce sont d’ailleurs des métiers passionnants. Chaque chantier est un prototype : le cadre est différent, les conditions d’exécution changent à chaque fois. »
- Comment devient-on canalisateur ?
- S.Streiff : « On peut partir de zéro formation. On est capable de les former. Mais il y a des CAP de canalisateurs : à Montigny-lès-Metz, à Arches dans les Vosges. On peut aller jusqu’au BTS ou au niveau ingénieur. Il nous manque des opérateurs, des canalisateurs, des conducteurs d’engins, des chauffeurs poids lourds. On a également besoin de chercheurs. Les donneurs d’ordre sont aussi à la recherche de techniciens pour suivre les opérations. On a clairement un fort potentiel d’emplois dans notre filière qui recrute. Et c’est un métier qui ne se délocalise pas. »