L’objectif de cet appel à projets est de soutenir des initiatives locales valorisant la Moselle et ses affluents, tout en renforçant le lien entre habitants, acteurs économiques, collectivités, agriculteurs et associations. De fait, la Moselle est un cours d’eau au coeur de nombreux enjeux écologiques, énergétiques, touristiques et économiques. Pour répondre à ces défis, la Région Grand Est a engagé en 2023 la construction du Plan Moselle, co-piloté avec l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, afin de structurer une stratégie commune à l’échelle du bassin versant.
Développer une culture commune
Le lancement du premier appel à projets en 2024 au Quai des Régates sur le plan d’eau de Metz à bord d’un bateau solaire, avait fait son effet. Ce fut l’occasion de dresser les objectifs de ce Plan Moselle :
- Accélérer les transitions écologiques et les développer autour de l’axe Moselle dépassant les seuls enjeux liés aux milieux aquatiques (tourisme durable, mobilités décarbonées, valorisation des milieux naturels etc.) ;
- Développer une culture commune et partager des connaissances entre acteurs du territoire afin de faire émerger des projets innovants au service du développement durable.
Et pour Christophe Leblanc, directeur adjoint de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, cette première édition « a été couronnée de succès. Elle a visiblement permis de reconnecter les habitants et les usagers à la rivière. » Il avait, en 2024, joliment incité les porteurs de projets car « la Moselle mérite qu’on s’intéresse à elle, pour tous ses agréments et ses richesses. » Avant que François Werner, vice-président de la Région Grand Est ne se lâche : « Notre Moselle on la connaît, on l’aime, il est temps qu’on y retourne… »
Amplifier la dynamique
Et le lancement de la deuxième édition a été organisé le 8 avril dernier à Buding, à l’endroit même d’un des projets retenus lors de l’édition 2024 : le musée de Buding, projet porté par la Communauté de communes de l’Arc Mosellan visant à créer un espace de médiation dédié à l’eau et au patrimoine naturel de la vallée de la Canner, que les officiels ont pu visiter. À cette occasion, l’Agence de l’eau a tiré un bilan flatteur de la première édition : 33 candidatures déposées, une vingtaine de projets retenus et soutenus, pour un montant total de 1,4 million d’euros d’aides publiques.
Les initiatives soutenues couvrent des domaines variés : écotourisme et valorisation des paysages, culture et patrimoine liés à l’eau, développement économique autour des activités nautiques ou de la pêche, amélioration du cadre de vie et adaptation au changement climatique.
Pour Christophe Leblanc, il s’agit désormais « d’amplifier la dynamique de cet appel à projets « la Moselle en commun ». Pour cette édition 2026, l’appel à projets sera doté d’un budget de 500 000 euros et permettra d’accompagner des projets à hauteur de 1 000 euros jusqu’à 50 000 euros, dans la limite de 60% du coût total.
Lire page suivante l’interview de Christophe Leblanc sur l’appel à projets 2026.
Qui peut candidater ?
L’appel à projets s’adresse à un large public : associations et collectifs citoyens, entreprises, agriculteurs et acteurs économiques, communes et intercommunalités et établissements publics.
Les projets doivent concerner la Moselle française, ses affluents et milieux aquatiques associés.
Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 15 juin 2026 sur www.grandest.fr/appel-a-projet/la-moselle-en-commun
Exemples de projets soutenus en 2024
• Melocoton : Une itinérance artistique autour de l’eau (54)
Sur le territoire de la Communauté de communes Meurthe Mortagne Moselle, ce projet artistique participatif a mobilisé les habitants pendant cinq mois autour de la création collective et la découverte du patrimoine lié à l’eau, avec notamment la création d’une mare et la réalisation d’un film documentaire.
• Caranusca – Des résidences artistiques sur la Moselle (57)
À Talange, ce centre de création accueille des artistes en résidence sur une péniche amarrée sur la Moselle, donnant lieu à des expositions, ateliers, rencontres et événements culturels, notamment auprès d’un public jeune.
• Université de Lorraine – Mieux comprendre le bassin de la Moselle (54, 57, 88)
Le laboratoire de géographie Loterr développe des outils numériques et pédagogiques (cartes interactives, frises chronologiques, supports de médiation) pour valoriser les connaissances scientifiques sur le bassin versant de la Moselle.
• Musée de Buding – Sensibiliser au patrimoine culturel
Ce projet de la Communauté de communes de l’Arc Mosellan, qui crée un espace de médiation dédié à l’eau et au patrimoine naturel de la vallée de la Canner, vise à sensibiliser les visiteurs aux enjeux environnementaux et à la biodiversité locale.
• Hydros – Des ateliers sur la gestion de l’eau (54, 57, 88)
La start-up propose des ateliers participatifs combinant fresque pédagogique et jeu de rôles pour sensibiliser entreprises, collectivités et scolaires aux enjeux de la gestion de l’eau à l’échelle du bassin de la Moselle.
Interview de Christophe Leblanc
« Faire prendre conscience qu’il faut préserver et protéger la Moselle »
Le directeur adjoint de l’Agence de l’eau, Christophe Leblanc, croit beaucoup dans ces Appels à projets « la Moselle en commun », pour reconnecter les habitants avec leur cours d’eau. L’Agence de l’eau veut profiter de cette dynamique pour sensibiliser et développer les activités touristiques autour de la rivière.
- Les Affiches d’Alsace et de Lorraine : L’Agence de l’eau n’est pas toute seule à s’engager dans cette opération ? C’est le culturel qui est dominant dans les projets ?
- Christophe Leblanc : « C’est un attelage mixte : Région Grand Est et Agence de l’eau avec le soutien des trois départements qui sont traversés par la Moselle. L’ensemble des aides apportées en 2024 était de 1,4 M€. Effectivement, le culturel est peut-être dominant. Il y a six grandes thématiques dont cadre de vie, culture, écotourisme, éducation, patrimoine. Mais on a pas mal de sujets en rapport avec l’éducation à l’environnement. Nous avons recueilli 33 candidatures, c’était pour une première fois, tout à fait à la hauteur de nos espérances. On ne savait pas si ça allait marcher. 33 projets c’est un beau score surtout au regard d’une approche encore peu connue. »
- Qui a répondu le plus à cet appel : les associations, les acteurs économiques ?
- Ch.L. : « Pour le coup il y avait peu d’agriculteurs. Nous avons eu des associations, pour l’éducation à l’environnement, pour le patrimoine. Des collectivités également, comme la Communauté de communes de l’Arc Mosellan pour le projet de Buding. Le monde scientifique a aussi répondu présent avec l’Université de Lorraine, qui a proposé une biographie de la Moselle. »
« Éviter les micro-projets »
- Son soutien s’est élevé à 1,4 M€ en 2024, il va diminuer à 500 000 € en 2026 : pourquoi ?
- Ch.L. : « Il y a une logique. On avait mis des moyens importants pour une première édition, afin de pouvoir répondre à l’ensemble de la demande. On voulait marquer le coup. Maintenant qu’on a observé que cela avait du sens, et afin de s’inscrire dans le temps, on envisage de repartir avec des appels à projets réguliers, tous les 18 mois en moyenne avec un budget adapté. Pour la deuxième édition nous n’avons pas besoin d’un budget aussi important. »
- Est-ce que ceux qui s’engagent et proposent des initiatives se sont appropriés cette Moselle en commun ?
- Ch.L. : « On essaie d’éviter dans notre sélection, des micro-projets, avec une vision un peu trop locale. Nous la voulons un peu plus large. Globalement sur la base des projets présentés, on a le sentiment que ces acteurs ont bien appréhendé la vie du cours d’eau de la Moselle. Nous voulons justement favoriser à travers cet appel à projets, l’évolution de ce regard sur la Moselle, sur ses affluents qui occupent une grande partie du territoire. On veut mettre en avant cette logique d’interactions, pour montrer que ce qui se passe en amont a un impact en aval. »
- Qu’est-ce qui devrait être amélioré sur la Moselle pour être encore plus accessible ?
- Ch.L. : « Notre préoccupation est qu’il y ait une prise de conscience, une volonté de préserver davantage la Moselle, de la protéger, d’être conscient de sa valeur, de tous les services qu’elle rend, que ce soit du point de vue économique, alimentation en eau potable, les aspects faune, flore et paysage. Notre attente, c’est cette vision d’ensemble de ce qu’apporte la Moselle. Notre objectif ultime, c’est un changement des pratiques, qu’elles soient davantage respectueuses. »
« Un appel à projets tous les 18 mois »
- Est-ce qu’un acteur comme VNF pourrait participer à cette opération ?
- Ch.L. : « Il se trouve que nous avons un partenariat avec VNF dans des objectifs de meilleure protection, d’éviter des rejets, de meilleure gestion des prélèvements d’eau. Le fonctionnement de VNF concerne beaucoup les écluses. Il y a une volonté d’optimiser le fonctionnement des écluses, afin d’éviter les pertes d’eau, les baisses de niveau du cours d’eau qui peuvent impacter la circulation des bateaux. »
- Qu’en est-il du niveau de l’eau de la Moselle ?
- Ch.L. : « Je n’ai pas d’information précise sur ce niveau d’eau, en revanche pour ce qui est des nappes, ces dernières semaines, il faut rester prudent. Deux ou trois semaines de sécheresse peuvent faire évoluer ce niveau très rapidement. »
- Qu’en est-il des chemins de halage le long de la Moselle ?
- Ch.L. : « Il y a cette fameuse voie bleue qui devait s’appeler Charles Le Téméraire. Je ne sais pas si elle est aujourd’hui complète pour avoir une continuité de Rotterdam à Lyon. Nous ne sommes pas directement impliqués dans le financement de ces parcours. Mais on ne peut nier leur importance le long de la Moselle, avec l’implantation aux abords d’aires de pique-nique, sur lesquelles on peut implanter des panneaux pédagogiques. »
- Comment va se dérouler ce deuxième appel à projets ?
- Ch.L. : « Les candidatures doivent être déposées avant le 15 juin, et le jury qui comprend également l’Agence régionale du tourisme, se réunira une première fois le 9 juillet, pour examiner les projets déposés. Nous comptons continuer à proposer un appel à projets tous les 18 mois. On ajustera la fréquence en fonction de l’ampleur des projets. Par rapport à cette enveloppe un peu réduite, nous comptons sélectionner et retenir des dossiers matures et qui peuvent se mettre en oeuvre dans un temps assez court, si possible dans les 18 mois, afin de ne pas avoir des projets sans véritable visibilité. C’est de cette façon que nous souhaitons conforter cette dynamique autour de la Moselle en commun ! »