La présidente du tribunal judiciaire de Sarreguemines a ouvert cette audience solennelle en rappelant « qu’elle constitue un temps fort dans la vie d’une juridiction. L’arrivée de ces nouveaux visages, reflet de la mosaïque qui compose notre tribunal, est une excellente nouvelle. »
Le procureur de la République, Olivier Glady, a enchaîné dans ses réquisitions, comme à son habitude, sur un mode littéraire en faisant référence à William Shakespeare. Selon lui « l’actualité de Hamlet, avec les errances d’un prince esseulé, gouffres et impasses du royaume du Danemark, obstacles qui narguent, entre en résonance avec les royaumes contemporains où il y a d’évidence quelque chose de pourri, entre fortes chaleurs, événements géopolitiques en cascade, et chaotiques, accélération des transformations technologiques et des sociétés. » Il est très vite revenu à l’actualité plus sereine de la juridiction au regard des effectifs de magistrats, de greffiers et d’agents accueillis cet automne. Il s’est même félicité de la situation des effectifs des juges, même si pour lui « celle du greffe et de ses agents reste malheureusement un peu moins favorable avec 66 postes pourvus sur 72. »
La mobilisation après l’affaire Lyhanna
Il n’a pas manqué d’évoquer les répercussions de l’affaire Lyhanna, laquelle « aura été littéralement incandescente pour l’institution judiciaire » générant une forte mobilisation cet été, des magistrats du parquet, attachés de justice, FSI, greffiers pour procéder à l’examen de 180 enquêtes pour viols et agressions sexuelles aggravés. Cela s’est traduit par la mise en place d’un circuit dédié au traitement urgent des transmissions d’enquêtes entre les services de police et de gendarmerie et les parquets, par l’affectation d’une attachée de justice au suivi des enquêtes. Une mobilisation qui va se poursuivre cet automne « avec la poursuite du traitement des enquêtes pour violences sexuelles sur mineurs avec un second lot de 90 enquêtes à réviser d’ici le mois de décembre. » Cela doit s’accompagner d’une « amélioration de la prise en compte des victimes avec la création d’un bureau d’aide aux victimes mineures. » Dans le même temps, il s’agira de relancer la création et organisation d’un service médical judiciaire pour le ressort de Sarreguemines. Le procureur de la République a renouvelé toute « la vigilance envers les atteintes aux personnes relevant des violences conjugales (…). » Il n’oublie pas de conserver cette même vigilance pour « traquer les infractions aux stupéfiants et leur cohorte d’infractions périphériques de représailles et d’infractions routières. » Enfin, il compte apporter une « attention particulière aux délais d’audiencement ainsi qu’envers les effectifs de la maison d’arrêt structurellement en surpopulation. » De fait, on y recense 110 détenus en permanence.
Anne Klein : « La véritable richesse d’un collectif… »
La présidente Anne Klein, avant de faire une présentation détaillée des nouveaux venus, a exprimé son sentiment sur cette revue d’effectif : « Les trois dernières années ont rappelé à notre juridiction une vérité simple : lorsque les moyens se raréfient, la véritable richesse d’un collectif réside dans les femmes et les hommes qui le composent, dans leurs sens du service public, leur engagement et leur capacité à faire face ensemble aux difficultés. Le sens que nous donnons à notre travail est le carburant sans lequel aucune réussite commune n’est possible. » Se voyant comme « l’ingénieure de ce collectif avec pour mission d’organiser les énergies, de mettre en cohérence les compétences » elle souligne « la variété des profils qui nous rejoignent, elle illustre la richesse des métiers qui composent une juridiction. » La force d’un collectif se nourrit, pour elle, « de cette complémentarité. » Et la qualité de la justice rendue en découle naturellement.
« Un métier pas comme les autres »
À l’évidence pour Anne Klein « le métier de magistrat n’est pas un métier comme les autres. » Il consiste bien sûr à rendre des décisions. « Décisions contrastées, parfois évidentes, souvent d’une extrême complexité. Des décisions qui doivent être prises dans l’urgence, ou qui nécessitent un investissement dans la durée. Des décisions, enfin, qui peuvent être lourdes et qui continuent de nous accompagner longtemps après que les portes du palais se sont refermées. » Elle va plus loin, en mesurant les conséquences de ces décisions qui « touchent nos concitoyens dans ce qu’ils ont de plus précieux : leur liberté, leur famille, leur sécurité, leur patrimoine, leur dignité, parfois leur avenir. » De fait au-delà des procédures, des chiffres, des audiences « il y a une promesse faite à nos concitoyens : celle d’une Justice impartiale, humaine et accessible. »
Après cette belle approche d’un métier qu’elle vit avec beaucoup de passion, la présidente Anne Klein a fait les présentations de chacune et chacun des nouveaux venus au tribunal judiciaire de Sarreguemines.
Les nouveaux venus au parquet
Olivier Glady a souligné que les effectifs au parquet ont toujours été ces dernières années au complet, ou alors abondés en magistrats placés. Le parquet de la nouvelle saison comprend 6 magistrats, une cheffe de cabinet, une attachée de justice et une chargée de mission VIF (Violences intrafamiliales).
Il signale le départ d’Élodie Lefebvre pour la cour d’appel de Nouméa en Nouvelle-Calédonie comme vice-procureure après trois ans et demi de présence au parquet de Sarreguemines. « Elle était très investie autant comme chef du service des mineurs que comme adjointe du procureur de la République » a ajouté Olivier Glady.
Il est revenu sur les nouvelles arrivées au parquet :
- Anastase Pirounakis qui vient de Nouvelle-Calédonie via l’École nationale de la magistrature. Chef d’entreprise pendant 20 ans avant une spectaculaire reconversion professionnelle dans le droit (2018- 2023), l’ENM entre 2024 et 2026. Elle sera substitut du procureur de la République.
- Gwennaelle Mey titulaire d’un master 2 Justice, procès et procédure et d’un DU entreprise en difficulté et d’une formation en comptabilité, obtient le concours de greffier en octobre 2024 avant sa titularisation en septembre 2025 au service des alternatives aux poursuites : CRPC, liaisons avec les délégués du procureur de la République.
- Jennifer Steiner a d’abord travaillé dans le commerce de postes de vendeuse à celui de responsable de magasin, obtient une qualification de secrétaire assistante avant d’être recrutée en qualité d’adjointe administrative en 2023. Elle est affectée au tribunal de Strasbourg entre 2023 et 2026. Elle est secrétaire du procureur de la République au TJ de Sarreguemines.
- Lise Marcouyau après des études dans le commerce et des emplois dans la sécurité et le tourisme, elle est affectée au tribunal d’instance de Cholet. Elle est affectée au Pôle pénal de l’audiencement.
Olivier Glady n’a pas manqué de relever la diversité des parcours de chacun, pour conclure de façon toujours aussi littéraire : « Par-delà les diplômes, qualifications et affectations de services, les activités judiciaires constituent un excellent poste d’observation de la vie. » Il cite Victor Hugo parlant de la justice « comme un drame bizarre où se mêlent le bien et le mauvais, le beau et le laid, le haut et le bas. » Il citera encore Balzac, l’auteur de la Comédie Humaine, en remarquant « que bien souvent, les affaires que vous traiterez relèveront assurément de la comédie humaine ! »
Les nouveaux au siège
Anne Klein, la présidente, a longuement détaillé le parcours des nouvelles personnes arrivées au siège. Une façon de montrer qu’elle ne s’arrête pas au seul parcours universitaire pour mieux connaître les membres de son équipe.
- Sandra Kister, magistrate qui a pris ses fonctions le 4 mai 2026. Cette native de Strasbourg y effectue son parcours universitaire avec une maîtrise en droit privé à la clé en 1995. Elle souhaite devenir magistrate et se présente à deux reprises au concours de l’ENM (école nationale de la magistrature). En 1998, elle obtient le certificat d’aptitude à la profession d’avocat, métier qu’elle exerce de 1999 à 2024, au sein d’un cabinet généraliste à Colmar. Pour autant, elle n’a jamais renoncé à son aspiration première « de porter un regard impartial sur les litiges pour contribuer à leur résolution. » Elle est intégrée directement dans la magistrature au premier grade le 28 octobre 2024. À l’issue de son stage probatoire au tribunal judiciaire d’Épinal, elle est nommée vice-présidente au sein de la juridiction de Sarreguemines en 2025. Elle sera très présente au tribunal de proximité de Saint-Avold et à la 1ère chambre civile. « Vous avez pleinement trouvé votre place au sein de la juridiction en rejoignant le 1er septembre 2026 le service des affaires familiales où vous avez repris le cabinet de Mme Nathalie Esselin-Leloup qui a obtenu son avancement au TJ de Strasbourg. »
- Katia Levain a connu un parcours varié qui témoigne selon la présidente « d’un goût affirmé pour le changement avec un fil conducteur : votre engagement au service de la protection de nos concitoyens. » En résumé : maîtrise en droit des affaires obtenue à Paris XII en 1994, intégration à l’École nationale d’administration pénitentiaire. Elle exerce 6 années durant les fonctions de conseillère d’insertion et de probation successivement au centre de détention de Longuenesse, à la maison d’arrêt de Nanterre puis au SPIP milieu ouvert des Hauts-de-Seine. En 2001, elle passe le concours d’officier de police, elle va accomplir 15 années au sein de la police nationale qu’elle quitte avec le grade de capitaine. En 2015, c’est vers la magistrature qu’elle se tourne en réussissant le concours complémentaire. Elle rejoint le parquet de Meaux pour dix ans. Elle exerce 8 ans au pôle exécution des peines dont près de six comme chef de pôle. Le 1er septembre, elle prend en charge le contentieux de la protection au tribunal de proximité de Saint-Avold.
- Anne-Charlotte Gerhart est originaire de Colmar. Elle fait ses études de droit à Strasbourg où elle obtient un Master 2 de droit privé fondamental.
« Votre orientation vers les métiers de justice se dessine très tôt, notamment à travers son expérience d’assistante de justice au parquet général de la cour d’appel de Colmar pendant deux ans » assure la présidente. Suivent deux belles réussites : son admission au concours de conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation qui lui permet d’intégrer l’École nationale pénitentiaire en septembre 2019, dans la foulée elle réussit son concours d’entrée à l’École nationale de la magistrature en 2020. Un premier poste au parquet du tribunal judiciaire de Thionville, en qualité de substitut du procureur de la République, chargée du contentieux des mineurs et de la famille. Le 1er septembre 2026, elle prend ses fonctions au cabinet de l’application des peines de milieu fermé au TJ de Sarreguemines, où elle succède à Catherine Michel-Golfier. Cette spécialité, elle l’avait découverte lors d’une rencontre avec un juge de l’application des peines, venu présenter son métier aux étudiants, alors qu’elle était en deuxième année de licence. « Depuis l’intérêt qu’il a suscité ne vous a plus quitté » remarque Anne Klein.
- Louise Bourgain est native de Marseille. Elle passe une partie de son enfance en Guyane puis en Martinique. Étudiante, elle se lance à Sciences Politiques à Toulouse où elle obtient un Master 2 en 2020. Elle effectue deux années d’assistante de justice à la chambre des mineurs de la cour d’appel d’Aix-en-Provence, de quoi la convaincre d’embrasser une carrière judiciaire. Admise à l’École nationale de la magistrature en 2023, elle fait ses stages juridictionnels puis sa première réaffectation au TJ d’Avignon avant de rejoindre la juridiction de Sarreguemines pour y exercer ses premières fonctions de magistrate. Elle évoque avec un réel enthousiasme son arrivée à Sarreguemines, où elle découvre une juridiction soudée et à taille humaine, offrant un exercice particulièrement varié et stimulant des fonctions judiciaires. » Et Anne Klein de reconnaître : « Nous partageons au moins deux points communs : de précieux souvenirs martiniquais et la conviction que de belles perspectives vous attendent à Sarreguemines. »
- Édouard Labonne-Collin qui selon la présidente est tombé dans le monde de la justice dès son plus jeune âge, étant fils de magistrat. Après des études de droit à Châteauroux, puis à Dijon où il obtient un Master 2 en droit processuel, il réussit le concours de greffier en 2016. Affecté au tribunal de Sarreguemines de janvier 2018 à juillet 2022, il exerce au registre du commerce et des sociétés, puis au livre foncier. En 2022, il réussit le concours de directeur des services de greffe judiciaire. En 2024, il prend son premier poste au TJ de Bar-le- Duc, en tant que directeur du greffe par intérim. Il est de retour dans la juridiction de Sarreguemines depuis le 1er mars 2026 comme chef de service d’accueil unique du justiciable, du bureau d’aide juridictionnelle, des scellés, des frais de justice et du pôle de droit local.
- Mickaël Denhez est originaire du Nord. Il obtient en 2014 une maîtrise en droit privé à l’université d’Aix-Marseille. L’année suivante il réussit le concours de greffier à l’issue de sa formation à l’École nationale des greffes. Il est alors affecté en 2016 au TJ de Thionville, au service de l’exécution des peines. Il intègre en 2022, l’IRA, l’Institut régional d’administration puis exerce au sein du ministère de l’Éducation nationale, au rectorat de Poitiers. Il réintègre le ministère de la Justice et revient en Moselle au TJ de Thionville en 2023. Il y découvre de nouvelles fonctions en rejoignant le greffe correctionnel. La réussite de l’examen de cadre greffier le mène à Sarreguemines en mars 2026 au service du greffe correctionnel, puis de la 3e voie, CRPC et CIVI. Et il choisit de s’installer dans le Pays de Bitche. « Une région dont l’histoire riche et singulière ne devrait pas laisser indifférent l’amateur de généalogie qu’est Mickaël Denhez. »
- Tiffany Freyberger est originaire de Stiring-Wendel. Attirée très jeune par les métiers de la justice, elle passe avec succès le concours de greffier après avoir obtenu une licence de droit à l’université de Lorraine à Sarreguemines. Après ses études à l’École nationale du greffe, elle est affectée au greffe du TJ de Nanterre, puis exerce pendant 3 ans au TJ de Metz au parquet au service du TITR et CRPC. Depuis le 1er septembre 2026 elle a rejoint le tribunal judiciaire de Sarreguemines. « Cette affectation revêt une résonance particulière puisqu’elle vous permet d’exercer au sein de la juridiction de votre territoire d’origine. Pour la première fois vous découvrez également les fonctions au siège, au sein du greffe correctionnel (…) »
- Lorraine Cyrot : Après des études littéraires couronnées par une maîtrise en lettres modernes, elle intègre l’IUFM de Lorraine et exerce en tant que contractuelle de l’Éducation nationale de 2007 à 2010. Reçue au concours externe d’adjoint administratif, elle intègre la plateforme Chorus du Secrétariat général pour l’administration du ministère de l’Intérieur à Metz en 2010. En 2023, elle sollicite un détachement au ministère de la Justice pour rejoindre le tribunal de proximité de Saint-Avold où elle exerce au pôle droit local en charge du registre des associations. Après cette première expérience en juridiction, elle rejoint le tribunal judiciaire de Sarreguemines le 1er septembre 2026 où elle est affectée au pôle droit local : 50 % au registre des associations, 50 % au livre foncier.
- Fanny Wendels après un BEP comptabilité suit une formation de secrétaire médico-sociale. Elle exerce dans cette fonction plusieurs années dans un centre d’appel. Elle redémarre, après une interruption de cinq années, une activité professionnelle au TJ de Sarreguemines en qualité d’adjointe-administrative.
- Gaël Doul, titulaire d’un BEP électrotechnique, effectue une carrière d’électrotechnicien au sein de l’armée de l’air qu’il a intégrée en 2007. Il travaille sur les bases aériennes de Metz Frescaty, Evreux et Drachenbronn-Birlenbach. Il remplace Ameziane Ihaddaden parti à la retraite il y a un an, comme adjoint technique.