Économie Paru le 23 juin 2026
Démographie

La France pourrait perdre des habitants à partir de 2037

La baisse de la natalité, insuffisamment compensée par les entrées sur le territoire, conduirait à un vieillissement progressif et à une diminution de la population. Avec des conséquences économiques majeures.

Avec la baisse de la natalité, les débats devraient s’ouvrir quant à l’avenir des établissements scolaires. © Olivier RAZEMON

Vivra-t-on, en moyenne, jusqu’à 90 ans ? L’espérance de vie à la nais­sance pourrait atteindre, en 2070, 89,5 ans pour les femmes (vs 85,9 en 2025), et 86,7 ans pour les hommes (vs 80,3), a calculé l’Insee dans ses « Projections de population à l’horizon 2070 », rendues publiques le 8 juin. La France compterait alors 65,9 millions d’habitants, soit 3,2 millions de moins qu’aujourd’hui, et l’indicateur de fécondité se situerait à 1,45 enfant par femme, contre 1,56 en 2025. Ces projections « ne sont pas des prévisions, mais des directions établies en imaginant un prolongement des tendances actuelles en matière de mortalité, de fécondité et de solde migratoire », précise Loup Wolff, responsable des études démographiques et sociales à l’Insee.

Selon un scénario « central », le plus probable selon l’Insee, la popu­lation française continuerait de croître jusqu’en 2037, en atteignant 69,8 millions d’habitants cette année-là, avant d’entamer un déclin d’abord lent, puis de plus en plus marqué. Le solde naturel, nombre de décès déduit du nombre de naissances, est devenu négatif en 2025. Il devrait continuer à baisser, d’abord en raison de l’augmentation du nombre de décès, en lien avec « l’avancée en âge des générations du baby-boom », indique Loup Wolff, puis de la baisse des naissances. Le taux de fécondité se stabiliserait autour de 1,45 enfant par femme dès 2028. La baisse de population serait en partie compensée par un solde migratoire positif de 150 000 personnes par an. Celui-ci est calculé en soustrayant les départs, émigration ou retour des immigrés dans le pays dont ils ont la nationalité, des arrivées, immigration ou retour des Français dans leur pays.

Depuis le dernier exercice du même type, présenté en 2021, « la situa­tion a évolué », remarque le responsable des études démographiques. La fécondité, en particulier, a plongé plus vite que prévu, la France rattrapant ainsi ses voisins européens, Italie, Allemagne, Pologne, où le nombre de naissances avait baissé plus tôt. Par ailleurs, le solde migratoire est deux fois plus élevé que dans les années 2000, une tendance mondiale.

Bouleversements économiques

Si le discours politique se focalise, dans tous les camps, sur la baisse de la natalité, celle-ci a largement le temps d’évoluer d’ici 2070 et toute prévision précise serait illusoire. En revanche, « l’évolution de la structure de la population par âges » constitue « le résultat le plus prévisible » de la projection de l’Insee, signale Loup Wolff. Ainsi, le nombre de personnes de plus de 65 ans, 7 millions en 1970, puis 15,3 millions en 2026, devrait atteindre 21 millions en 2070. Parmi eux, les plus de 80 ans, 4,3 millions en 2026, seraient 8,9 millions en 2070. Parallèlement, les moins de 20 ans, dont le nombre « connaît une relative stabilité jusqu’à présent », au-dessus des 15 millions d’individus, pourraient être réduits à 10,7 millions en 2070.

Ce tableau de la démographie française forme un constat inédit : « Dans une période sans guerre touchant le territoire national, on n’a pas d’exemple de décroissance de la population », indique Loup Wolff. Le responsable démonte par ailleurs une idée reçue au sujet de l’immigration : « Si le taux de fécondité des personnes immigrées est légèrement supérieur à la moyenne, l’effet ne se traduit que par une augmentation de 0,1 point de la population par an ». En outre, « les personnes de la deuxième génération ont des comportements de fécondité quasi identiques à ceux de la moyenne. L’ajustement est très rapide », poursuit Loup Wolff.

Le bouleversement démographique annoncé est scruté attentivement dans tous les secteurs économiques. Les débats devraient s’ouvrir au sujet de l’avenir des établissements scolaires, de l’accès aux services de santé, du développement des soins à la personne ou de l’adapta­tion des transports publics à une clientèle âgée. Une population de retraités se répartit sur le territoire selon des critères qui ne sont plus l’emploi ou l’activité économique. Plus généralement, la décroissance de la population amène nécessairement une moindre croissance économique. Enfin, le recul de l’âge de la retraite, dans un pays où l’espérance de vie ne cesse d’augmenter, paraît difficilement évitable.

Olivier RAZEMON