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France-Italie : ces entreprises qui tissent l’Europe des PME

L’accélérateur franco-italien opéré par Bpifrance, la banque publique d’investissement, a permis à des entreprises françaises de se déployer de l’autre coté des Alpes. Témoignages.

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Le célèbre rapport de Mario Draghi, ex-président de la BCE, Banque centrale européenne, plaide pour un changement radical du fonc­tionnement de l’Union Européenne. Mais celle-ci se bâtit aussi en encourageant les entreprises des différents pays à tisser des liens entre elles. Tel est le sens de l’accélérateur franco-italien, actif entre 2021 et 2026. Le dispositif était prévu par le traité de coopération renforcé du Quirinal conclu en 2021, entre Mario Draghi, alors président du Conseil italien, et Emmanuel Macron, président de la République fran­çaise. « Il s’agissait de créer une dynamique économique cohérente entre les deux pays, avec des entreprises qui échangent », explique Florian Rey manager accélérateurs chez Bpifrance. La mise en œuvre du programme a été confiée à la banque publique d’investissement, conjointement à son homologue italienne, Cassa Depositi e Prestiti.

Le principe : des chefs d’entreprise français et italiens suivaient un programme pour partie commun, destiné à leur donner les clés pour « accélérer » leurs projets respectifs de l’autre côté des Alpes (finan­cement, gestion de la dimension interculturelle, des RH, stratégies d’approche marchés...). Pour être éligible au dispositif, il fallait avoir un chiffre d’activité supérieur à 5 millions d’euros, au moins 10 salariés, trois années d’existence et une expérience à l’export. Au total, 39 en­treprises françaises ont participé. « Notre objectif était de réaliser trois promotions. Au-delà, il est difficile de trouver cette cible d’entreprises intéressées à l’Italie. Les participants venaient de secteur différents et avec divers degrés de maturité. Certains disposaient déjà d’une filiale en Italie, d’autres commençaient à prospecter», explique Florian Rey.

Pour Bpifrance, l’évaluation du programme est « très positive ». Par exemple, la promotion 2021-2022 constate une augmentation de 104% du chiffre d’affaires à l’export vers l’Italie des entreprises concernées. Mais cette évolution tient pour l’essentiel à une opération unique. Par ailleurs, les résultats de ce type de programme ne sont pas nécessai­rement immédiats, ni quantifiables.

« L’Italie fonctionne un peu comme une baronnie »

Liberty Rider, start-up (25 salariés) qui propose un service de géoloca­lisation et de secours aux motards via les assurances, n’a pas vu son chiffre d’affaires immédiatement augmenter avec sa participation à l’Accélérateur. Leader en France, la société visait le marché italien, avec ses 8 millions de motards environ, sur les 35 millions que compte l’Europe. À la jeune société, le dispositif a apporté « beaucoup de crédibilité » auprès des interlocuteurs italiens, et « un vrai carnet d’adresses », explique Emmanuel Petit, fondateur de Liberty Rider. Les rencontres ont permis à la start-up de comprendre la structure du marché, jusqu’à faire évoluer son offre – en proposant un boîtier connecté fabriqué en Italie – et lui trouver un débouché. Le boîtier est distribuée par Pogliani, revendeur de motos, lui aussi rencontré dans le cadre de l’incubateur. « L’Italie fonctionne un peu comme une baronnie. Pogliani est une entreprise familiale qui tient le marché milanais depuis plusieurs générations... Nous nous sommes bien en­tendus. Il pousse notre solution », relate Emmanuel Petit, qui espère atteindre bientôt la rentabilité dans la Péninsule.

La démarche d’Éric Lebossé de Lannoy, partner et directeur des opéra­tions d’Ema Pharmaceuticals, est très différente. Basée dans le Loiret, la société (45 salariés environ, quelque 10 millions d’euros de CA) produit des capsules destinées à sceller les flacons de médicaments injectables. Elle comptait déjà des fournisseurs italiens. « La particularité de l’Italie, un pays très dynamique, est qu’elle propose des solutions industrielles. Dans une perspective de développement de son activi­té, on peut y trouver des partenaires et des sources de croissance », explique Éric Lebossé de Lannoy, qui nourrit un fort tropisme italien pour avoir travaillé dans ce pays pendant 14 ans. La participation à l’incubateur a ouvert plusieurs pistes. Déjà, un partenariat technique et commercial a été noué avec une PME familiale du même secteur. « Dans notre métier, l’innovation se fait sur les process. Les échanges entre nos deux entreprises nous ont permis de gagner un temps fou sur la mise au point d’un processus. Par ailleurs, nos clients apprécient le fait que l’on dispose de deux sites de production différents. Cela constitue un back up, au cas où il se passerait quelque chose sur l’un d’entre eux », précise-t-il. L’entrepreneur, qui nourrit d’autres projets transalpins, en est persuadé : « Une réalité très simple s’impose à moi. Je suis une PME française avec un seul site de production, face à des concurrents énormes. Ce n’est pas parce qu’on est petit que l’on ne peut pas faire de grandes choses, mais tout seul, on ne fait rien. C’est pourquoi je crois très fortement dans cette dynamique d’association des compétences, des zones géographiques. L’Europe est une évidence, pour moi ».

Anne DAUBREE