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Grand Est Paru le 23 décembre 2025
40 ans de CentraleSupelec de Metz

Delphine Wolfersberger, directrice du campus : « Le campus de Metz est dans une belle dynamique ! »

Avec près de 170 élèves et doctorants et une cinquantaine d’enseignants chercheurs et personnels réunis sur son campus de Metz, CentraleSupélec compte parmi les acteurs majeurs de l’enseignement supérieur et de la recherche lorrains. Le campus de Metz a célébré cette année son 40e anniversaire. Pour l’occasion, Delphine Wolfersberger, sa directrice, nous a accordé une interview.

Delphine Wolfersberger, directrice du campus de Metz

 - Les Affiches d’Alsace et de Lorraine : Comment une école comme CentraleSupélec a su se renouveler, être attractive pour rester un pilier de l’enseignement supérieur à Metz ?

- Delphine Wolfersberger : « Le campus a fêté ses 40 ans. Supélec est venu s’installer sur le Technopôle de Metz en 1985, c’était une des premières écoles sur le Technopôle de Metz qui est un peu à l’écart du centre-ville. Depuis elle a été rejointe par d’autres écoles, d’autres universités : le campus européen de Georgia Tech, le campus de l’École des Arts et Métiers, des IUT, des Instituts de recherche. Au lancement, le campus de Supélec était dédié à la formation, puis il a développé la recherche, dans les années quatre-vingt-dix. Petit à petit, il a évolué. À l’heure actuelle on héberge deux laboratoires de recherche en cotutelle avec l’Université de Rennes, qui sont dans les domaines un peu phares du campus : la physique photonique des nanotechnologies, et l’infor­matique. Il s’agit du LMOPS (ndlr : Laboratoire Matériaux, Optique, Photonique et Systèmes) et le LOREA (ndlr : Laboratoire lorrain de recherche en informatique et ses applications). Le laboratoire LMOPS héberge également la chaire photonique de CentraleSupélec qui est une des plus grosses chaires du groupe de campus. »

« Une 1ère année par apprentissage »

- Quand vous êtes-vous rapprochés de Centrale Paris ?

- D.W. : « En 2015 l’école s’est rapprochée de Centrale Paris pour fu­sionner et créer le grand établissement CentraleSupélec. Pendant un temps, il y a eu deux diplômes d’ingénieur et depuis 2017, nous avons créé un cursus ingénieur généraliste renouvelé. Nous avons ainsi une 1ère année par apprentissage qui accueille sur l’ensemble des campus CentraleSupélec quelque 1000 élèves, et nous avons une classe par apprentissage à Metz. En deuxième année, ils rejoignent générale­ment Gif, ils peuvent se déplacer entre les campus. On a également une petite classe qui accueille des prépas bio physique chimie, des étudiants, une petite quinzaine d’élèves en 1ère année à Metz. »

- Accueillir des étudiants par apprentissage, est-ce que cela a boosté la fréquentation de l’école ?

- D.W. : « Par rapport à d’autres écoles, ces élèves auront le même diplôme que ceux qui passent par la voie classique étudiante. Il y a près de 10 % qui choisissent cette voie par apprentissage. C’est plus concret, cela finance un peu leurs études, cela leur permet de découvrir le monde de l’entreprise. Ils sont en alternance, école et entreprise. »

- Qu’est-ce qui a changé avec le rapprochement avec Centrale Paris ?

- D.W. : « Le directeur général de l’époque et celui de Centrale Paris ont réalisé ce rapprochement. Il faut savoir que les deux écoles ont le même ADN au départ. Elles ont été toutes deux créées à partir des entreprises. Elles possèdent une forte dimension entrepreneuriale. C’est un peu normal pour une école d’ingénieurs. Du coup, elles avaient pas mal de points communs. Et comme l’État a demandé de former plus d’ingénieurs, c’était le moment opportun pour fusionner. Pour le campus de Metz, ce fut un changement, pour le personnel notamment. Il a su saisir l’opportunité pour se positionner sur ses domaines d’excellence et être reconnu au sein de l’école. »

« Parvenir à 30% de filles dans l’école »

- Vous avez augmenté votre nombre d’élèves ?

- D.W. : « Depuis 2025 nous avons obtenu deux nouvelles accréditations pour déployer des diplômes d’ingénieur de spécialités. En génie phy­sique et en informatique. La différence, les élèves vont rester deux ans et demi sur le campus messin. Ils sont plus longtemps sur le territoire, et ça permet d’avoir une meilleure continuité pour la vie associative des étudiants. S’ils bougent tous les 6 mois c’est plus complexe. De fait, ces cursus sont du même niveau que le cursus généraliste. Ils s’adressent à des élèves qui auraient envie d’être un peu plus pointus technologiquement. Mais il repose sur le même socle de valeurs com­munes, par rapport aux généralistes avec le management, les sciences humaines. Le recrutement est à bac +2, classe prépa, grandes écoles ou le concours universitaire, niveau licence. Nos élèves viennent d’un peu partout en France. Cette année, un seul vient de Metz. »

- Qu’en est-il des filles sur votre campus ?

- D.W. : « On essaie de travailler sur la diversité, d’attirer davantage de filles dans nos promotions. Actuellement il y a 20% de filles dans notre école. L’objectif est de parvenir à 30%. Nous souhaitons éga­lement accueillir 30% de boursiers et 30% d’internationaux. On est tributaire du vivier de recrutement, des classes prépas et des licences, et des filles qui les fréquentent. L’idée est de promouvoir les sciences auprès du grand public et des jeunes. Pour sensibiliser les collégiens à partir de la 3e et particulièrement les filles. Leur montrer que c’est une voie possible pour devenir ingénieur. Nous le faisons au sein d’un centre universitaire en lien avec Paris. C’est pour leur donner le goût des sciences. Ici nous accueillons des élèves de 3e et de Seconde, par groupe de dix. Nous avons déployé une exposition sur les maths, les applications que peuvent avoir les maths dans les métiers. »

- Est-ce que vos diplômés trouvent très vite du travail ?

- D.W. : « Oui assez rapidement. Près de 90% des diplômés n’ont au­cun problème pour trouver un premier emploi. Et souvent dans des domaines assez variés. Une fois ce diplôme en poche, certains font tout à fait autre chose. Cela leur ouvre différentes portes, ils sont facilement adaptables, ils ont des compétences transverses. »

Un environnement favorable à Metz

- Est-ce que les écoles d’ingénieurs donnent ces com­pétences transverses pour gérer des équipes, diriger une usine ?

- D.W. : « Sur les nouvelles formations, il y a un tiers de la formation totale qui est dédié à des humanités entreprise-professionnalisation. Il y a ainsi des cours sur le management, sur l’économie, sur le droit de l’entreprise, la gestion de projet. Les étudiants doivent aussi dans leur cursus faire un semestre à l’étranger à l’international pour valider leur diplôme. De plus, ici à Metz, pour ceux qui veulent se lancer dans un projet d’entreprise, ils peuvent passer par l’IAE, l’Institut d’administration de l’entreprise, avec lequel nous avons un partenariat sur le campus de Metz. Ils peuvent y faire un Master lors de leur dernière année. »

- L’environnement universitaire à Metz vous sert beaucoup ?

- D.W. : « Il y a pas mal de possibilités à Metz. Nous avons même des Co-accréditations avec l’Université de Lorraine pour des Masters recherche, pour ceux qui ciblent des carrières en R&D ou qui souhaitent soutenir une thèse. Ils peuvent le faire en parallèle avec leur 3e année. Sans compter les opportunités de double diplôme qui s’offrent à eux avec Paris Saclay. »

- Est-ce que l’on manque d’ingénieurs en France ?

- D.W. : « A priori nous manquons d’ingénieurs. On essaie d’en former plus, mais nous sommes tributaires de l’État. Mais il est clair qu’il y a un besoin. C’est pourquoi nous développons toutes ces actions de promotion auprès des jeunes pour promouvoir les métiers d’ingé­nieurs. Il y a aujourd’hui beaucoup plus d’écoles que de mon temps. Globalement on en forme plus, malheureusement, les sciences ne sont pas encore le domaine de prédilection des jeunes. Il faut leur montrer que ces diplômes d’ingénieur leur offrent beaucoup plus de possibilités dans leur carrière à venir. »

« Ingénieur à la française »

- Pourquoi dit-on que la France possède cette filière d’ingénieur qui n’existe pas ailleurs ?

- D.W. : « La France est reconnue pour l’ingénieur à la française : un ingénieur généraliste, qui a une formation plus transverse. Ce modèle est apprécié à l’international. Du reste, l’école s’est lancée dans les Bachelor, post-bac, formés en quatre ans, l’équivalent d’une licence. C’est toujours avec un partenaire international. Or ce qui a intéressé les partenaires internationaux, c’est justement la dimension ingénieur généraliste à la française. Ils font ainsi deux ans chez nous et deux ans à l’étranger pour suivre une spécialisation dans les universités parte­naires. Cela ouvre la dimension internationale et ça fait connaître nos compétences en ingénierie auprès de ces universités partenaires. »

- Vous êtes forcément impliqué dans l’IA ?

- D.W. : « Il y a pas mal de mentions en 3e année qui traitent de ce sujet-là. Il y a un gros pôle à Paris Saclay, reconnu avec des enseignants chercheurs très compétents sur ce campus. Nous, à plus petite échelle sur ce campus, avec nos enseignants chercheurs en informatique qui sont rattachés au LOREA. Il y a des activités autour de l’IA. Nos élèves suivent des cours en 3e année qui les forment aux domaines de l’IA. On le fait pour qu’ils soient bien armés pour maîtriser ces sujets à l’avenir. »

« Une forte relation avec les entreprises »

- Quels sont vos liens avec les entreprises ?

- D.W. : « Les écoles sont nées à la demande des entreprises. Il y a une forte relation entreprise qui a toujours été. Il y a du reste une direction des relations entreprise et valorisation. Nous avons de gros partenaires nationaux, avec des grands groupes, mais aussi avec des entreprises plus locales. Des événements entreprises sont organisés dans nos écoles pour favoriser les échanges des étudiants avec les entreprises. On incite aussi à l’entrepreneuriat. Nous sommes accompagnés par le Pôle entrepreneuriat Université de Lorraine pour les soutenir dans leur projet entrepreneurial. Ils peuvent aussi le faire avec le Pôle Twenty First, qui offre la possibilité à l’étudiant qui porte un projet de création  d’entreprise, d’être accompagné par des mentors compétents, d’avoir des modules de formation supplémentaires. C’est une forte valeur ajoutée pour permettre l’émergence de start-up. Et ça marche avec des élèves motivés. On a eu le cas d’un étudiant qui a obtenu un prix de l’Incubateur Lorrain et un prix de la Fondation CentraleSupélec. »

- Vous êtes ingénieur ?

- D.W. : « J’ai fait une prépa, et après des études universitaires ap­pliquées. Finalement je n’ai pas fait une école d’ingénieur, j’étais en Master appliqué. J’ai terminé mes études à l’université de Glasgow, pour valider mon diplôme en optoélectronique. Je suis plutôt physicienne. J’ai fini par rester dans l’académique. J’ai eu un poste à Supélec et suis restée dans le domaine de la formation et de la recherche. »

Shift Year, une initiative emblématique

- Que peut apporter un doctorant d’université à une équipe d’ingénieurs dans une entreprise ?

- D.W. : « De nos jours la multi compétences, la pluridisciplinarité, ça donne d’autres dimensions au travail en entreprise. L’ingénieur est bien formé techniquement et au management, le docteur est de son côté allé loin dans un domaine, il possède plein de compétences transverses sur la gestion de projet : en gros, sa thèse constitue un vrai projet qu’il mène sur une longue durée. Le doctorant, souvent confronté à des besoins de financement pour ses projets, est plus à l’aise pour développer son projet. Un doctorant peut effectivement stimuler une équipe d’ingénieurs. »

- C’est une façon de rapprocher les deux mondes ?

- D.W. : « Nous avons lancé une initiative, devenue emblématique sur ce terrain : l’accueil chaque année d’étudiants de la Shift Year. Créée en 2021, elle forme des étudiants, issus de différentes formations ayant validé un niveau Master 2, donc de bac +5, pour leur donner un bagage face aux transitions économiques, sociétales, numériques, mais aussi pour les armer face aux défis du développement durable, du changement climatique. Ils viennent 6 mois à Metz, et s’engagent dans des missions de donneurs d’ordre extérieurs, soit des entreprises, soit des collectivités. Ces élèves ne sont pas que des ingénieurs. Il y a des gens de Sciences Po, des économistes, des philosophes, nous avons même eu un dentiste, il y a deux ans. Ce sont des équipes projets différentes, elles sont pluridisci­plinaires. Du coup, c’est fortement apprécié des entreprises, car ce n’est pas du tout la même approche. Cela peut aussi donner aux entreprises des idées de travailler un peu différemment en mode projet sur certains sujets, avec pas seulement des ingénieurs dans le groupe. C’est une formation différente qui permet de colorer le campus. »

« On a impliqué les étudiants »

- Vous trouverez les enseignants ?

- D.W. : « Sur cette formation, nous employons pour le coup beaucoup de vacataires extérieurs. La responsable académique va essayer d’aller chercher les meilleurs au niveau national dans leur domaine. Et ça fonctionne bien. »

- Comment s’est déroulée cette célébration des 40 ans de CentraleSupélec ?

- D.W. : « On a voulu faire un événement assez festif pour incarner un campus dynamique et motivé. On a impliqué les nouveaux élèves ingénieurs arrivés à la rentrée, pour les intégrer. Ils ont participé à l’organisation. On a démarré vers 17h par un « Escape Game » réalisé sur mesure pour faire découvrir le campus de l’école et ouvert à tous. Il y avait 170 inscrits. Puis les allocutions officielles dont le directeur général de CentraleSupélec, Romain Soubeyran, de François Grosdidier, le maire de Metz avec des vidéos de Patrick Weiten, président du département de la Moselle, et Franck Leroy de la Région Grand Est. Le tout suivi d’une petite table ronde avec des universitaires et des représentants d’entreprise. On a embrayé avec le show d’un ancien élève de l’école, qui est mentaliste. C’était une expérience surprenante. Après le cocktail dînatoire, nos élèves ont réalisé des animations mu­sicales. Ils ont assuré. Les étudiants ont été ravis d’avoir été associés à cette célébration. Et ça s’est terminé dans le gymnase aménagé par une soirée son et lumière mise en œuvre justement par l’association d’étudiants Son et lumière, propre à l’école. »

Une école qui bouge

• Engagement RSE : Outre l’engagement fort sur le développement durable évoqué par la directrice avec l’accueil des étudiants de la Shift Year, le campus messin de CentraleSupélec s’implique également sur les enjeux RSE. L’école accompagne les élèves sur les questions de santé mentale et de prévention des risques. Un plan d’action comprenant un référent femme-homme, un comité égalité femme-homme, une cellule d’accompagnement psychologique, des campagnes régulières de sensibilisation, est déployé depuis 2019 afin de lutter en proximité contre les discriminations et les violences sexistes et sexuelles sur le campus.

• Ouverte à tous les publics : Le campus est également très moteur sur les engagements pris par l’école en matière d’accroissement de la diversité et de l’ouverture sociale. Au sein du territoire lorrain, elle organise des événements afin de promouvoir la culture scientifique auprès du grand public tels que la fête de la Science, l’accueil des col­légiens lors de la journée internationale de la lumière et de la journée des grandes écoles, l’exposition « Un monde de maths ». Un projet spécifique intitulé « Entre élèves » s’adresse également aux écoles primaires de la cité éducative de Metz-Borny. CentraleSupélec de Metz agit également pour intégrer les technologies éducatives innovantes au sein des formations des établissements de la région.

• Évolutions des bâtiments : Un vaste projet architectural est lancé sur le site du campus messin. Il s’articule autour de trois axes :

- La création d’un bâtiment vitrine qui accueillera l’Institut photonique à l’horizon 2027-2028. Cet espace de 900 m2 rassemblera les ensei­gnants-chercheurs, les chercheurs et les tutelles. Les interactions seront facilitées entre les élèves, le personnel du campus et les chercheurs.

- La redistribution des espaces avec la mise en visibilité des espaces dédiés aux laboratoires de recherche et la création d’espaces dédiés à l’accueil du public. Un nouveau tiers lieu, le ShiftLab sera créé.

- Enfin la rénovation de certains espaces comme l’amphithéâtre est programmée. Ils seront ouverts vers l’extérieur, notamment aux entreprises et aux autres laboratoires de recherche, afin d’organiser des colloques, conférences et séminaires.

Voir aussi www.centralesupelec.fr

Le site du campus messin

Bernard KRATZ