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Grand Est Paru le 27 janvier 2026
Énergie

Vialis et Alpiq se lancent pour faire renaître une centrale hydroélectrique Lac Blanc/Lac Noir

Alpiq, une société suisse de production d’énergie et Vialis, fournisseur d’énergies de Colmar, ont trouvé un accord stratégique pour relancer le projet de centrale hydroélectrique Lac Blanc/Lac Noir dans les Vosges. Cette alliance s’inscrit dans le cadre du prochain appel d’offres du gouvernement attendu pour mi-2026.

Le Lac Blanc dans les Vosges.

Elle refait surface, cette vieille idée de faire renaître une centrale hydroélectrique sur le site emblématique vosgien du Lac Blanc/Lac Noir. De fait, une centrale a bien fonctionné à cet endroit, mais elle a été arrêtée en 2002, en dépit d’un indéniable potentiel hydroélec­trique. EDF avait abandonné l’idée de reconstruire la centrale après l’inondation qui avait endommagé le bâtiment en 2002. La STEP (Station de transfert d’énergie par pompage) a été démolie en 2014, et le dossier est resté en sommeil depuis. Ou presque. Il a repris vie il y a peu. En 2024, la préfecture du Haut-Rhin a fait part au maire d’Orbey, Guy Jacquey, de la volonté de l’État d’acheter les deux lacs à la commune afin, disait-elle, « de sécuriser la future concession. » En clair, l’État ne voulait pas du tout enterrer l’idée de reconstruire une centrale hydroélectrique à l’heure où le développement des énergies renouvelables, notamment hydraulique, a le vent en poupe.

Une aubaine

Le projet profite d’une aubaine : la programmation pluriannuelle de l’énergie, publiée en juin 2025, prévoit justement d’augmenter la pro­duction des STEP, de plus de 1,7 GW à l’horizon 2035. Ces deux lacs sont la propriété de la commune d’Orbey dans le Haut-Rhin depuis 1882.

Or pour relancer un tel projet il importait que l’État devienne pro­priétaire du site. Ce qui arrangeait bien les affaires de la commune d’Orbey, le produit de la cession du site et le fait de voir se reconstruire la centrale dans les prochaines années, offrent des perspectives finan­cières intéressantes pour le budget communal, sur le long terme. Pour concrétiser le projet, l’État s’est donc rendu acquéreur des parcelles du Lac Blanc/Lac Noir pour un montant de 715 000 €, lors de la signature de l’acte de vente le 27 novembre dernier.

Du Lac Blanc vers le Lac Noir

Sur un plan technique, selon nos confrères de l’Alsace, les études de faisabilité et de rentabilité du projet prévoient une seule turbopompe de 55 mégawatts, contre deux auparavant, qui pomperait l’eau du lac Noir vers le lac Blanc, soit 100 mètres plus haut. Un pompage de 13 heures qui générerait du courant pendant une dizaine d’heures, du fait que l’eau sous pression passe dans une galerie, puis une tur­bine entre le lac Blanc et le lac Noir, pour produire cette électricité. Le volume d’eau utilisé serait de 2 millions de mètres cubes. C’est le fonctionnement classique d’une STEP qui profite de la différence de niveau afin de permettre le stockage de l’électricité.

Reste tout de même à attirer des opérateurs pour mener à bien un tel projet. C’est désormais le cas, après l’annonce de cet accord stra­tégique entre Alpiq et Vialis, qui se positionnent sur cet appel d’offres qu’ils attendent du gouvernement français. À moins que d’autres concurrents ne se fassent connaître d’ici là. Ce sera le plus compétitif qui sera vraisemblablement choisi. C’est bien le moment de faire un peu mieux connaissance avec ces deux opérateurs.

Une réponse commune

Alpiq, acteur majeur de l’énergie en Europe et Vialis, entreprise locale de distribution (ELD) française implantée dans le Haut-Rhin, viennent d’annoncer la signature d’un accord de partenariat stratégique. Cette alliance vise à construire une réponse commune à l’appel public de candidature pour l’exploitation de la concession hydroélectrique Lac Blanc/Lac Noir, ancienne station de transfert d’énergie par pompage (STEP) située à Orbey dans le Haut-Rhin. Inscrit dans la Programma­tion pluriannuelle de l’Énergie (PPE), ce projet doit contribuer à la relance des investissements hydroélectriques en France et mettre à disposition une capacité de stockage indispensable dans le cadre de la transition énergétique. D’une puissance de 50 à 70 MW, le projet offrira une capacité de stockage d’une dizaine d’heures. La centrale, hors service depuis 2002, devra être entièrement reconstruite et les voies d’eau rénovées.

En joignant leurs forces, le binôme complémentaire Alpiq-Vialis am­bitionne de proposer une solution fiable, responsable et adaptée aux enjeux énergétiques et environnementaux du territoire.

Alpiq, un savoir-faire hydraulique centenaire

Avec le projet Lac Blanc/Lac Noir, Alpiq entend renforcer son rôle sur le marché de la flexibilité au service de la sécurité d’approvisionnement en France. Dans le cadre de sa stratégie, Alpiq investit dans différentes solutions flexibles à travers l’Europe. L’entreprise s’appuie sur sa vaste expérience dans le domaine de l’hydroélectricité, et en particulier dans le pompage turbinage. Elle a ainsi géré le projet de construction de la STEP de 900 MW de Nant de Drance, mise en service en 2022 et située à proximité de la frontière franco-suisse. En France, elle valorise la flexibilité de ses clients, producteurs et consommateurs et développe un premier projet de batterie de 100 MW dans l’Oise.

Alpiq s’appuie sur sa présence de longue date sur le territoire français : lancée en 2002, son activité de fourniture et d’agrégation l’amène à gérer plus de 25 TWh d’énergie. L’entreprise a en outre une relation historique avec la France, marquée par la gestion commune d’actifs hydroélectriques (barrage d’Emosson) ou le co-financement d’actifs nucléaires à travers des participations historiques dans les centrales nucléaires de Cattenom et de Fessenheim.

« Au travers de cet accord, Alpiq démontre sa volonté de poursuivre les étroites relations qu’elle a construites de longue date avec la France. De plus, cette démarche s’intègre parfaitement dans la stratégie d’Alpiq d’investir dans la flexibilité afin de promouvoir la transition énergétique. Notre expertise en la matière est un atout indéniable pour développer le projet Lac Blanc/Lac Noir dans l’optique de contribuer à la stabilité du réseau électrique » indique Amédée Murisier, membre de la direction d’Alpiq.

Vialis, énergéticien 100% alsacien

À travers sa filiale « Vialis Solutions EnR » (Énergies renouvelables), filiale détenue à 100% et déjà présente dans le domaine de la produc­tion des énergies renouvelables avec des parcs photovoltaïques, Vialis trouve une réelle opportunité de s’associer à un tel projet, en raison de sa proximité (32 km et 40 minutes d’Orbey) et afin de contribuer pleinement à la transition énergétique du territoire. Vialis dispose d’un ancrage territorial primordial tout en ayant connaissance des enjeux locaux. Aussi l’entreprise dispose d’un relationnel avec les acteurs et élus locaux, lui permettant d’intervenir à différents niveaux (consul­tation publique, participation aux instances municipales, concertation environnementale, etc.) Pour Benoît Schnell, directeur général de Vialis « nous avons la conviction que notre présence locale peut être un atout. Il s’agit d’une installation emblématique pour laquelle un acteur de proximité a tout son sens. »

Dans une interview aux Affiches d’Alsace et de Lorraine, Benoît Schnell, détaille ce projet :

Interview de Benoît Schnell de Vialis

« Un investissement de 80 à 100 millions d’euros »

Benoît Schnell nous détaille ce projet emblématique qui pourrait voir le jour à l’horizon 2032 et représenterait un investissement de l’ordre de 80 à 100 millions d’euros. L’implication de Vialis, un acteur local dans ce projet, allait de soi.

- Les Affiches d’Alsace et de Lorraine : Que va représen­ter pour Vialis et Alpiq, la réalisation de cette STEP ?

- Benoît Schnell : « Il faut bien sûr attendre le résultat de l’appel d’offres public, et ne connaissant pas cet appel d’offres et le cahier des charges, on n’a guère de précision supplémentaire, mais aujourd’hui, vu le renchérissement de matériaux ou de matière première, on pourrait imaginer un investissement de l’ordre de 80 à 100 millions d’euros. Mais on n’a aucune idée de ce que sera la contrainte de cet appel d’offres avec son cahier des charges. »

- Et qu’en est-il du calendrier d’une telle opération ?

- B.S. : « Le calendrier est lié à des dispositions réglementaires qui doivent être édictées par un texte de loi. Le Premier ministre avait laissé entendre qu’un texte de loi pourrait être examiné au Parlement d’ici la fin janvier sur ce sujet car selon lui beaucoup de vallées attendent des décisions sur ce sujet. Mais vu le contexte de vote du budget, on reste dans l’expectative. Imaginons dans le meilleur des cas qu’un appel à candidatures pourrait être lancé dans le courant du premier semestre, et que l’on y réponde d’ici la fin de l’année, le projet s’étalera sur trois ou quatre ans, avec dans le meilleur des cas, une mise en service courant 2032. »

- Est-ce que vous bénéficierez de subventions ?

- B.S. : « Je ne pense pas. S’il s’agit d’une délégation de service public, auquel cas, ce sont les opérateurs qui prennent le risque de cet investissement. »

- Pourquoi vous êtes-vous rapprochés d’Alpiq ?

- B.S. : « Ils possèdent une certaine expertise en la matière, notam­ment en Suisse. Alpiq est en quelque sorte la valeur ajoutée de ce dossier. Nous sommes un peu les locaux de l’étape, en raison de la connaissance et de la proximité avec ce territoire. C’est un atout de ce rapprochement. »

- Parlez-nous de la complexité technique de ce projet 

- B.S. : « La complexité est déjà dans le respect des dispositions règlementaires concernant l’environnement. C’est ce qui résulte d’une enquête publique et de ce qui est relatif à la préservation des ressources en eau etc. Il y a une complexité géographique, dans le cadre d’un respect environnemental d’un site qui est hautement visité. Il y a cette proximité avec les promeneurs. Il faut que ça s’inscrive au mieux dans le paysage. C’est tout l’enjeu. »

- N’êtes-vous pas inquiet de voir RTE souhaiter le ralentissement des EnR, notamment l’éolien et le solaire ?

- B.S. : « Paradoxalement cette STEP c’est de l’énergie renouvelable, mais il faut la considérer comme du stockage. C’est en cela que ce projet est idéal : on est, contrairement à des batteries qui utilisent du lithium avec des problématiques d’extraction, avec des provenances d’origine étrangère, forcément les batteries viennent de très loin, dans une production d’électricité locale. Certes, c’est de l’énergie renouvelable, mais c’est de l’hydroélectricité, c’est du stockage. Il s’agira dans ce cas d’une batterie naturelle. Auparavant sur le site, il s’agissait déjà d’une station de pompage turbinage. Elle a connu quelques avaries et EDF ne se voyait pas la reconstruire. On est là sur une reconsidération des enjeux et prise en compte de l’opportunité de relancer ce projet. »

- Cela ne posera pas de problème de ressource en eau, de capacité ?

- B.S. : « Je ne pense pas. On peut avoir des aléas climatiques, de sécheresse, mais à l’échelle de ces deux lacs, il n’y a pas de remise en question sur cette question. »

- Comment fonctionne une STEP ?

- B.S. : « On a des pompes qui fonctionnent en mode pompage pour pousser l’eau vers le lac du haut. Puis en mode turbinage pour pro­duire de l’électricité. »

- Vialis développe des énergies renouvelables ?

- B.S. : « Vialis est une société d’économie mixte. Historiquement, elle a démarré en 1850 avec des formes plus anciennes de production : du gaz manufacturé pour faire de l’éclairage, puis de l’électricité pour faire fonctionner le tramway de Colmar. On a assuré la distribution de l’eau potable, assuré la gestion des transports en commun jusque dans les années quatre-vingt-dix. Aujourd’hui on s’est recentré dans le domaine de l’énergie, et on est aussi actif dans le domaine des télécommunications. On est fournisseur de solutions en la matière. On est un opérateur multi-activités. Nous avons du reste réalisé deux parcs photovoltaïques. »

 

Le Lac Noir dans les Vosges.

Quelques rappels…

Historique : La construction de cette centrale s’est faite entre 1928 et 1934 sous la direction de l’ingénieur René Koechlin. Le 4 janvier 1934, un grave accident a eu lieu lors de la première tentative de mise en service, au lac Noir, suite à l’éclatement d’une conduite forcée, 9 ouvriers sont décédés noyés. Il y a eu deux rescapés et des dégâts matériels considérables. La reconstruction s’est faite de 1934 à 1938. La centrale a fonctionné de 1938 jusqu’en 2002. Elle a été mise à l’arrêt en juillet 2002 à la suite d’un incident technique, la rupture d’une bride entraînant l’inondation de l’usine. En 2009, reprise de l’exploitation de la concession au bénéfice d’EDF. La centrale est démolie en 2014. Aucun projet de relance n’a abouti depuis. Le titre de concession a fait l’objet d’une résiliation amiable dans le cadre d’un protocole de résiliation signé le 28 décembre 2020 par le préfet du Haut-Rhin et le directeur d’EDF Hydro-Est. Depuis 2021, l’État a engagé des réflexions pour lancer une nouvelle procédure d’octroi de concession via une procédure concurrentielle.

Vialis : Forte de plus d’un siècle d’histoire (180 ans en 2025) c’est une société anonyme d’économie mixte (SAEM) créée en 2004 pour poursuivre et développer les activités de la Régie municipale de Colmar. Avec l’appui de 280 collaborateurs basés à Colmar et à Neuf-Brisach, Vialis intervient dans plusieurs domaines : énergie (électricité et gaz) en tant que producteur et gestionnaire de réseaux de distribution et fournisseur, opérateur de télécoms (TV, Internet, téléphonie fixe et mobile) et aux services des collectivités (éclairage et signalisation). Voir www.societe.vialis.net

Alpiq : Présent dans toute l’Europe et leader en suisse, le groupe Alpiq intervient sur l’ensemble de la chaîne de valeurs : production, commercialisation et optimisation énergétique. 75% de sa production d’électricité (5 GW en Europe) est décarbonée, principalement grâce à l’hydraulique. Voir www.alpiq.com

Benoît Schnell, directeur général de Vialis.

Bernard KRATZ