Lors d’un accueil presse destiné à mettre en avant la marque « Je vois la Vis en Vosges » et plus particulièrement les femmes cheffes d’entreprise, les journalistes venus de Paris et de la Lorraine ont pu visiter une entreprise à la fois ancienne et bien ancrée dans son temps, la Maison du Jacquard Français, à Gérardmer. Reçus par la directrice Béatrice Brandt (voir encadré), ils ont pu visiter les vastes ateliers et voir fonctionner les métiers à tisser, aux rythmes si rapides et aux résultats si précis, mettant en œuvre une technique particulière, le jacquard. C’est d’ailleurs celui-ci qui a fait la renommée de la maison, d’anciens dirigeants ayant choisi d’en prendre le nom.
L’aventure commence au mitan du XIXème siècle. En 1861, Benjamin Baer s‘installe à Gérardmer, au cœur des Vosges, berceau de l‘industrie textile. Il est alors « fabricant de toiles », c‘est-à-dire marchand-revendeur de pièces tissées par des paysans travaillant à domicile. À sa mort en 1888, son associé, Nathan Lévy reprend l‘activité et lui donne son nom, créant ainsi une nouvelle société avec son frère Elie, « Nathan Lévy et Compagnie ». En 1902 les deux frères décident de construire leur propre atelier de tissage mécanique. Celui-ci s’adapte rapidement à la vocation locale pour le textile : fibres naturelles, utilisation des ressources en eaux vosgiennes, savoir-faire artisanal ancré dans les pratiques professionnelles de la vallée.
Ourdisseurs et noueurs
Sous l‘impulsion de la nouvelle génération de dirigeants, l‘entreprise en plein essor intègre un atelier de blanchiment en 1928. Malgré la destruction de l’usine pendant la Seconde Guerre mondiale, la manufacture est reconstruite et redémarre. Elle produit alors une gamme complète de linge blanc en coton, lin et métis. En 1968, le groupe ELIS (Europe Linge Service), propriétaire de vastes blanchisseries industrielles, rachète la manufacture et l‘équipe de 65 métiers à tisser Jacquard dernière génération. L’entreprise prend alors un tournant décisif en adoptant le nom qu’on lui connaît aujourd’hui : Le Jacquard Français, LJF. La marque s’impose alors comme une référence du linge de maison et du textile haut de gamme, avec toujours un attachement à une fabrication française complète dans son atelier historique vosgien.
Un des tournants créatifs importants de LJF survient à la fin des années 1970 avec la collaboration de la styliste Primrose Bordier. Celle-ci fait évoluer l’univers traditionnel du linge damassé jusque-là souvent cantonné au blanc ou aux teintes neutres. Elle introduit des palettes colorées qui deviennent rapidement la signature du Jacquard Français et inspirent de nouvelles tendances en matière de décoration et du textile d’intérieur.
Aujourd’hui, le site emploie environ 120 personnes, dont une large part travaille directement à l’atelier de tissage de Gérardmer, perpétuant des gestes artisanaux et techniques transmis de génération en génération. Parmi ces métiers anciens figurent les ourdisseurs, les noueurs, les tisserands et les finisseurs, chacun jouant un rôle précis dans le processus de création et de fabrication : de la mise en place des fils à la maîtrise des tensons en passant par le contrôle qualité de chaque tissu.
Fidèle à son territoire
Les collections du Jacquard Français couvrent une grande diversité de linge de maison : nappes, serviettes, chemins de table, mais aussi linge de cuisine, de bain ou encore pièces décoratives. Tous ces articles sont conçus pour associer fonctionnalité et longévité, grâce à une sélection des fibres – souvent naturelles comme le coton peigné ou le lin de haute qualité – et à des traitements de finition qui garantissent la tenue des couleurs et la résistance des tissus.
Au-delà de l’atelier et des collections, LJF est également un acteur en termes de création : chaque année, ses équipes imaginent de nouvelles collections inspirées des saisons, des tendances et des voyages. La maison collabore aussi ponctuellement avec des artistes et des designers, comme lors d’installations présentées au cours de salons professionnels. Comme le souligne le dossier de présentation de la collection 2025-2026, « l’entreprise incarne ainsi une double identité : celle d’un héritage centenaire, fondé sur une tradition textile robuste, et celle d’une création vivante, ouverte sur le monde et attentive aux évolutions du design contemporain. Fidèle à son territoire vosgien mais présente à l’international, la Maison du Jacquard Français reste un symbole fort du « made in France », un ambassadeur de l’art de vivre et du savoir-faire artisanal français. »
Repères
45 boulevard Kelsch à Gérardmer
Directrice : Béatrice Brandt
www.le-jacquard-francais.fr
Exporte dans plus de 70 pays
115 collaborateurs dont 70 à Gérardmer.
Un magasin à Paris, 28 rue Bonaparte, inauguré à l’été 2025
Faire coexister tradition et innovation
À la tête du Jacquard Français depuis 2017, Béatrice Brandt est une dirigeante engagée et investie dans la direction de la manufacture. Diplômée en économie et gestion, elle a débuté sa carrière chez Agfa-Geavert, puis a travaillé chez Vileda et Elis, développant des compétences en marketing. Depuis son arrivée dans la maison vosgienne, elle a su faire coexister tradition et innovation pour accroitre la notoriété de la marque, tout en renforçant ses engagements sociétaux et environnementaux. Elle a rejoint en 2024 le conseil d’administration des Entreprises du Patrimoine Vivant, échelon Grand Est.
Labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant
La technique du jacquard consiste en une intégration des motifs denses et complexes directement dans la trame des tissus, visibles aussi bien à l’endroit qu’à l’envers. À la différence des tissus imprimés, le jacquard nécessite une maîtrise technique élevée et un équipement spécialisé. Dans les murs de la fabrique vosgienne, ce sont une cinquantaine de métiers à tisser jacquard qui opèrent avec précision pour donner vie à des motifs uniques. Reconnaissant l’exception de son savoir-faire, l’État français a attribué en 2010 à la manufacture le label « Entreprise du Patrimoine Vivant ». Cette distinction officielle « met en lumière les entreprises françaises aux compétences artisanales et industrielles rares et d’excellence. Ce label témoigne de l’attachement profond de l’entreprise à des pratiques traditionnelles tout en les enrichissant de créations contemporaines et innovantes. »