Le président du GICAN est Pierre Éric Pommellet. Lors des Rencontres de l’industrie navale 2026, il a tenu à rappeler d’entrée le « rôle central de l’industrie navale et maritime dans les grandes priorités nationales, à la croisée de la souveraineté, de la réindustrialisation et de la transition énergétique. » Et par temps troublés et malheureusement riches en conflits, le poids de l’activité navale se conjugue souvent avec force militaire. Le président Pommellet a insisté « sur la singularité de cette industrie des cycles longs, à contre-courant d’un monde où le temps s’accélère » et a salué « sa dynamique positive, portée par une amélioration significative des commandes civiles et militaires. »
Investir, innover, former…
Le président du GICAN nuance son propos en relevant que « la vitalité de cette filière n’occulte pas les tensions liées à la concurrence internationale intense, avec des pressions accrues et à des difficultés de financement. » Et pour faire face à ces défis et soutenir la dynamique engagée, le président a appelé à « faire de la réindustrialisation le fil conducteur de l’action collective pour les années à venir » tout en listant plusieurs priorités : l’investissement, la visibilité, l’innovation, la décarbonation et la montée en compétence. En conclusion Pierre Éric Pommellet a confirmé le soutien du GICAN à la prochaine stratégie maritime industrielle européenne tout en appelant à la mise en place de sa déclinaison à l’échelle nationale pour une stratégie française interministérielle permettant d’investir, d’innover, de former et de commander dans une vision de long terme.
Le Cahier maritime dans les territoires
Ces Rencontres de l’industrie navale ont également été marquées par la présentation de l’édition 2026 du Cahier maritime dans les territoires. Ce document annuel constitue un outil statistique unique pour mesurer le poids économique de l’industrie navale et maritime dans les territoires. Il s’affirme également comme un outil stratégique de référence pour éclairer les choix industriels et les politiques publiques, à travers une grille de lecture analytique des grandes transformations en cours.
Avec plus de 58 200 emplois directs, près de 38 000 emplois induits, un chiffre d’affaires cumulé de 15,9 milliards d’euros et plus de 770 entreprises recensées, majoritairement des PME et des TPE, l’industrie navale française se positionne comme la troisième puissance européenne et la neuvième au niveau mondial en tonnage. Elle se distingue par un fort dynamisme à l’export, qui représente 51% du chiffre d’affaires total de la filière, un chiffre qui atteint 83% pour le maritime civil.
Son poids dans le Grand Est
Ce cahier présente en outre une cartographie complète de la construction et des activités navales en France et pour chaque territoire. Et le Grand Est y figure, même si par sa géographie continentale, notre région ne peut rivaliser avec les régions maritimes pleinement et naturellement orientées vers cette filière. Les littoraux concentrent de fait la majorité de l’activité mais l’empreinte économique du secteur est présente dans toutes les régions. Malgré tout, l’activité navale pèse 209 millions d’euros de chiffre d’affaires, générés par quelque 22 établissements qui emploient 757 salariés. Et ces établissements possèdent une expertise de pointe sur les équipements et matériaux notamment comme ArcelorMittal et ses aciers spéciaux et Lebronze Alloys à Suippes dans la Marne, pour les machines de soudage avec Welding Alloys France (Porte du Ried dans le Haut-Rhin) et pour les pièces métalliques de précision avec Forgeavia depuis 1871 en Haute-Marne. On citera également Socomec (réseaux électriques) à Benfeld (Bas-Rhin), Cryostar (équipements cryogéniques) à Hésingue (Haut-Rhin).
À l’échelle nationale, la filière est en pleine croissance. Elle repose bien sûr pour une bonne part sur le secteur de la défense qui représente 66% du chiffre d’affaires. En ce qui concerne les emplois, les 58 200 emplois directs sont en augmentation de 3,5% par rapport à 2023. Et l’industrie navale devrait en compter 72 000 à l’horizon 2030. Quelque 15 000 postes ont été créés lors de la dernière décennie, 13 000 postes supplémentaires sont attendus d’ici 2030.
« Une année maritime… »
Pierre Éric Pommellet enfonce le clou. « La réindustrialisation maritime doit être un projet collectif, assumé et structurant au niveau national comme au niveau européen. C’est à cette condition que nous pourrons transformer la dynamique actuelle en commandes en succès industriel durable, au bénéfice de nos territoires, de nos emplois, de nos compétences et de notre souveraineté. L’année qui s’ouvre sera pleinement maritime. Elle sera marquée par des événements majeurs pour la filière : Euromaritime qui a mis en lumière l’ensemble de l’écosystème maritime et naval, ses innovations, ses territoires et ses compétences et qui s’est tenu à Marseille en février. Et Euronaval 2026 à Paris, vitrine internationale de l’excellence industrielle mondiale dans le domaine de la défense du 3 au 6 novembre. ».
Un ancrage territorial équilibré
Le Cahier des territoires du GICAN met également en lumière l’ancrage territorial équilibré, qui dépasse les seules façades maritimes. Cinq régions concentrent l’essentiel de l’activité et près de 84 % du chiffre d’affaires : Pays de Loire, Bretagne, PACA, Île de France et Normandie.
Pays de Loire concentre 12 435 emplois pour 4 milliards d’euros (25 %) de chiffre d’affaires avec bien sûr les Chantiers de l’Atlantique et Naval Group et OCEA (navire en aluminium).
La région Provence Alpes Côte d’Azur avec 2,8 milliards d’euros (18 %) de chiffre d’affaires est très présente avec des sites comme Marseille, Toulon et La Ciotat pour le grand Yachting.
La Bretagne concentre 12 000 emplois dans cette filière avec 25 chantiers de construction et de sites dédiés à la recherche avec un chiffre d’affaires qui pèse 17 % du total de la filière.
La Normandie draine 1,4 milliard d’euros (9 %) de chiffre d’affaires.
L’Île de France abrite les sièges sociaux des principales entreprises du secteur. Le chiffre d’affaires de la filière s’élève à 2,3 milliards d’euros (14,5 %).
Le Grand Est pèse pour son chiffre d’affaires 1,3 % de l’activité.
Il faut savoir que cette filière est forte de 57 % de grandes entreprises, 9 % de TPE et PME, 34 % d’entreprises de taille intermédiaire.
Voir aussi www.gican.asso.fr