Un rempart contre la prison
Créé en 2005 et géré par le Groupe SOS Jeunesse, le CEF de Saverne accueille aujourd’hui douze garçons âgés de 13 à 16 ans. Si le terme « fermé » peut impressionner, la réalité du terrain est plus nuancée. « La fermeture est symbolique, juridique, parce qu’en fait on est en alternative à la détention », explique Frédéric Barthélémy, à la tête de la structure depuis mai 2024. Pour ces jeunes multirécidivistes ou auteurs d’actes graves, le centre représente souvent l’ultime chance de réinsertion.
L’objectif premier est de restaurer une hygiène de vie et un lien social. « Le premier enjeu quand un jeune arrive ici, c’est de retrouver un rythme de vie socialement acceptable. Pour la plupart, ils dorment le jour et vivent la nuit », souligne le directeur. Durant des séjours de six mois en moyenne, les adolescents sont soumis à un encadrement strict mais tourné vers l’avenir.
La pédagogie au coeur du dispositif
Contrairement à une idée reçue, le CEF ne vit pas en vase clos. La structure mise sur une « transversalité de la scolarité ». Au-delà des cours fondamentaux, l’apprentissage se niche dans des ateliers pratiques : menuiserie, arts plastiques ou cuisine. « L’idée c’est de les réconcilier avec les apprentissages scolaires », précise M. Barthélémy, qui a fait le choix de séparer distinctement l’équipe d’hébergement de l’équipe pédagogique de jour.
Outre l’aspect pédagogique, les jeunes sont suivis par une psychologue car ces jeunes, avant de devenir auteurs de faits graves sont pour la plupart des victimes et ont connu des parcours de vie difficiles.
L’ouverture sur l’extérieur est également un pilier de la méthode savernoise. En 2025, les jeunes ont notamment réalisé une fresque au tribunal et des « bancs de l’amitié » pour une école locale, prouvant leur capacité à s’investir pour la collectivité. Certains ont même relevé le défi sportif du GR20 en Corse.
Le spectre de la réforme UJPE
Pourtant, ce modèle est aujourd’hui remis en question par le ministre de la Justice. Le projet prévoit la transformation progressive des CEF en Unités Judiciaires à Priorité Éducative (UJPE). Si la réforme entend se recentrer sur la santé mentale et la scolarité, elle s’accompagne d’une menace concrète : la réduction des effectifs.
À Saverne, l’inquiétude est palpable. L’équipe actuelle de 26,5 équivalents temps plein (ETP) pourrait perdre 4 à 5 postes. « Forcément, notre taux d’encadrement sera réduit », déplore le directeur, qui craint un glissement vers un « modèle de foyer unique » inadapté à la complexité des profils accueillis. Frédéric Barthélémy regrette une vision globale qui ne tient pas compte des spécificités locales.
Questions à Monsieur Frédéric Barthélémy
Concrètement, si vous perdez 4 ou 5 postes, quelles activités ou quels types de surveillance devrez-vous supprimer en priorité ? Est-ce que cela remet en cause la sécurité ou l’individualisation de l’accompagnement ?
F. Barthélémy : Pour l’instant, la situation reste floue. Nous savons que nous allons perdre des postes, mais nous ignorons encore lesquels seront concernés. Ce qui est certain, c’est que nous passons de 26,5 ETP à 22 ETP, soit une réduction de 4,5 postes.
Cette baisse de moyens aura un double impact : sur le taux d’encadrement, mais aussi sur sa qualité. Concrètement, les jeunes seront davantage livrés à eux-mêmes, alors même qu’ils ont besoin d’un accompagnement soutenu dès leur arrivée. Avec une présence humaine réduite, nous ne serons plus en mesure d’assurer certains accompagnements.
Vous disiez, pendant la visite, que les CEF associatifs fonctionnent mieux que certaines structures publiques qui sont en difficulté. Qu’est-ce qui fait la différence ?
F. Barthélémy : La différence fondamentale tient à la souplesse dont nous disposons dans le secteur associatif. Dans les structures publiques, les affectations de personnel ont lieu chaque année en septembre, et il arrive que certains établissements doivent fermer faute d’effectifs suffisants. De notre côté, nous pouvons recruter en CDD ou recourir à l’intérim, ce qui nous permet de remplacer rapidement une personne absente. Les structures gérées par la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse) sont, elles, soumises à des contraintes plus lourdes et manquent de réactivité.
Le CEF de Saverne travaille avec plusieurs institutions locales comme le tribunal ou la médiathèque par exemple. Comment est perçu votre travail ? Concernant cette évolution, avez-vous une représentation au niveau national vous permettant de relayer vos inquiétudes aux instances gouvernementales ?
F. Barthélémy : Nous entretenons d’excellentes relations, tant avec les collectivités territoriales qu’avec les juridictions locales, notamment les tribunaux de Saverne et de Strasbourg. Notre collaboration sur de nombreux projets avec diverses instances locales a permis de faire reconnaître la qualité de notre travail.
Le Groupe SOS Jeunesse est une association d’envergure nationale qui regroupe 9 domaines d’activité et emploie près de 20 000 salariés. Gérant 9 Centres Éducatifs Fermés (CEF) en France et en Outre-mer, le groupe bénéficie d’une assise solide auprès de nos interlocuteurs institutionnels.
Il faut savoir qu’une circulaire du ministre de la justice est passée et qu’il y a déjà un cahier des charges pour ces nouveaux établissements. Ainsi au 1er septembre prochain, les CEF publics deviendront des UJPE. Le passage pour le secteur associatif se fera en 2027.
Ce décalage nous permettra de bénéficier d’un premier retour d’expérience. Si cette réforme vise à rationaliser les coûts, son cahier des charges ouvre néanmoins la voie à des moyens supplémentaires pour financer des projets éducatifs spécialisés. Nous nous inscrivons dans cette démarche constructive afin de poursuivre notre mission auprès de ces jeunes en grande difficulté.