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Bureaux du Cœur

Ces entreprises qui logent des sans-abris dans leurs bureaux

Implantés à Strasbourg depuis 2024, les Bureaux du Cœur proposent à des entreprises d’héberger des sans-abris quand leurs bureaux sont inoccupés, la nuit ou le weekend. Explications.

Le constat est d’une simplicité désarmante. En France, on compte 330 000 personnes sans logement pérenne. Dans le même temps, les bureaux des entreprises ne sont occupés que 30 % du temps ; la nuit, le weekend, les jours fériés, ils sont vides, ou presque. C’est la confrontation de ces deux chiffres, qui, en 2020, a donné à Pierre- Yves Loaëc, chef d’entreprise nantais, membre du Centre des Jeunes Dirigeants (CJD), l’idée de créer les Bureaux du Cœur. Objectif : permettre à des personnes sans-abris d’accéder à un logement tem­poraire dans les bureaux des entreprises quand ils sont inoccupés.

L’idée paraît simple, presqu’évidente. Encore faut-il trouver des en­treprises prêtes à franchir le pas et pouvoir apporter des réponses précises à leurs légitimes questions, voire à leurs inquiétudes. C’est tout le travail des Bureaux du Cœur. Cristina Boghiu, co-déléguée de l’antenne de Strasbourg créée en 2024, explique : « Ce dispositif ne fonctionne que grâce aux conditions très précises que nous mettons en place, afin que toutes les parties respectent le cadre sur lequel elles se sont préalablement entendues. »

Il y a d’un côté les personnes accueillies, « les invités sont des per­sonnes en situation de précarité, qui, pour une raison ou une autre, se retrouvent à la rue. Elles sont seules, autonomes, sans pathologie médicale lourde. Elles travaillent, font des études ou suivent un parcours d’insertion professionnelle. Elles sont régularisées ou en cours de régularisation. Et surtout, elles sont accompagnées par une structure sociale. »

La durée de l’hébergement ne peut excéder six mois (grand maximum, neuf mois). « En fait, nous proposons une sorte de tremplin à la per­sonne invitée, précise la jeune co-déléguée. L’idée est bien qu’ensuite, elle trouve une solution pérenne. » Cela passe bien sûr par la volonté de la personne elle-même, mais aussi par son accompagnement par la structure sociale. De l’autre côté, il y a l’entreprise qui accueille. Elle doit bien sûr disposer d’un local apte à héberger une personne, meublé d’un lit ou d’un canapé-lit, d’un placard, de toilettes, éventuellement d’une douche et d’un coin cuisine.

Une crainte légitime mais pas insurmontable

D’un point de vue pratique, une convention quadripartite est signée entre les Bureaux du Cœur, l’association accompagnatrice, la structure qui accueille et la personne accueillie. Sont notamment précisés les conditions d’accès, les horaires, les équipements disponibles… En outre, tous les mois, les Bureaux du Cœur réunissent les signataires afin de vérifier que toutes les règles sont bien respectées, « mais aussi s’assurer que tout se passe bien de tous les côtés, et notamment que l’invité est réellement engagé dans ses démarches d’insertion, insiste Cristina Boghiu. Cela permet de créer un dialogue et d’anticiper d’éventuels problèmes. On peut aussi imaginer de créer des moments conviviaux avec les salariés de l’entreprise, qui sont aussi concernés au premier chef par cet accueil. »

À Strasbourg, actuellement, deux à trois personnes sont régulièrement accueillies par autant d’entreprises. Des discussions sont en cours avec cinq autres entreprises, qui pourraient entrer dans le dispositif. Il peut s’agir de grandes entreprises, mais aussi de PME ou d’entreprises de l’économie sociale et solidaire. « On ressent bien sûr une crainte de la part des entreprises que nous rencontrons, résume Cristina Boghiu. Elle est légitime mais n’est pas insurmontable. C’est avant tout une question de confiance. Cela demande du temps. »

 

Avec la Fondation de France

« Au niveau national, les Bureaux du Coeur bénéficient d’un important soutien financier et stratégique apporté par la Fondation de France, raconte la co-déléguée des Bureaux du Coeur à Strasbourg. Ici, en Alsace, la Fondation de France nous met en contact avec des struc­tures, qui pourraient être intéressées, des médias pour faire parler de notre projet, elle nous invite à leurs évènements. Elle nous aide à nous faire connaître. »

Jean de MISCAULT