Un manque à gagner colossal et une priorité d’État
En ouverture, Monsieur le Préfet Amaury de Saint-Quentin a rappelé avec fermeté que la lutte contre le travail dissimulé demeure une « priorité constante dans l’action de l’État ». Ce phénomène ne se contente pas de fragiliser les droits des salariés, il prive cruellement la collectivité de ressources indispensables : « À titre d’exemple, le manque à gagner pour les finances publiques s’élève à 9 milliards d’euros par an, correspondant aux cotisations sociales non perçues au niveau national ».
S’inscrivant dans le Plan national 2023-2027, la dynamique régionale s’appuie sur un bilan de contrôle déjà substantiel. Rien qu’en 2025, l’inspection du travail a diligenté près de 21 000 interventions dans le Grand Est, dont 5 580 dans le seul secteur de la construction, plus de 400 dans le secteur du commerce et de la réparation automobile et une centaine dans le secteur de la coiffure. Ces actions ont conduit à 66 procédures devant les tribunaux judiciaires et à de nombreuses fermetures administratives. Pour le représentant de l’État, ces nouvelles conventions constituent un levier supérieur de prévention et de signalement, permettant un meilleur ciblage des contrôles menés. Il a également souligné le travail accompli avec la DREETS Grand Est et salué l’arrivée de sa nouvelle directrice Madame Delphine Jolie, ainsi qu’avec l’Urssaf, représentée par son directeur régional adjoint, Cédric Richert.
Artisanat, services et coiffure : préserver le savoir-faire et la qualification
Pour les métiers de l’artisanat et des services, l’exercice illégal de l’activité est une menace directe pour la viabilité des entreprises. Rosa Saraiva, présidente de l’UNEC (Union nationale des entreprises de coiffure) Grand Est, a exposé les dérives spécifiques à sa branche, citant notamment « les nouvelles formes d’emploi comme les locations de fauteuils avec un lien de subordination qui cachent souvent un emploi de salarié ». Elle a insisté sur l’impératif de qualification et de respect des règles : « Aujourd’hui, les coiffeurs sont étouffés par l’exercice d’une concurrence déloyale et par des charges toujours plus écrasantes. […] Cette signature scellera notre engagement envers toutes les formes de fraude. »
Un constat partagé par Christian Messmer, président de MOBILIANS Région Grand Est, représentant les services de l’automobile et de la mobilité soit 12 600 entreprises régionales. Rappelant que sa filière investit massivement dans l’avenir avec plus de 7 100 jeunes en formation et dans la transition écologique, il a insisté sur le fait que « La lutte contre le travail illégal n’est pas uniquement une obligation réglementaire, c’est un enjeu de loyauté, de sécurité et d’avenir pour toute une filière. »
Du côté des chambres consulaires, Dominique Klein (secrétaire général de la CMA Grand Est) et Serge Schalk (vice-président de la CMA Alsace) ont réaffirmé la mobilisation complète de leurs services pour sensibiliser les porteurs de projet et les apprentis. « On ne s’improvise pas artisan en général », a rappelé Serge Schalk, mettant en avant la formation qualifiante comme la réponse la plus durable face au travail illégal.
BTP et Travaux Publics : l’exigence d’une action territorialisée
Les secteurs du bâtiment et des travaux publics, particulièrement exposés, saluent d’une seule voix ce front commun. Thierry Ledrich, président de la Fédération des Travaux Publics (FTP) Grand Est, qui porte la voix de 700 entreprises et 25 000 collaborateurs, a exprimé une vive préoccupation quant à la rentabilité des investissements de formation consentis par les entreprises vertueuses, alors même que les aides d’État à l’apprentissage reculent. Pour lui, la solution réside dans « une coopération réelle entre les différentes instances s’appuyant notamment sur les comités anti-fraude, les fameux CODAF, afin de pouvoir mener des actions au plus proche du terrain ».
Philippe Gayet, président de la FFB (Fédération Française du Bâtiment) Grand Est représentant 5 550 entreprises adhérentes et 53 000 salariés, a quant à lui insisté sur la nécessité absolue de décliner ces engagements au niveau local. « Nos territoires départementaux […] nous ont unanimement dit qu’il était nécessaire de décliner cette action au plus près du terrain. Nos fédérations départementales doivent être associées localement au travail des services compétents de l’État », a-t-il souligné, pointant du doigt les « pratiques inqualifiables » qui lestent l’économie sectorielle.
Enfin, Maurice Karotsch, président de la CAPEB Grand Est, a rappelé la philosophie profonde de cette alliance : « La réussite d’une entreprise doit reposer avant tout sur son savoir-faire, jamais sur ses capacités à contourner la loi. […] Il ne s’agit pas seulement de sanctionner ceux qui trichent, il s’agit aussi de soutenir celles et ceux qui jouent le jeu. » Dans une région transfrontalière caractérisée par une forte mobilité de la main-d’oeuvre, la création annoncée d’un comité de liaison permettra de faire vivre cette convention dans la durée et d’adapter les réponses à la réalité du terrain.