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Les portraits du Rebond

Cyrille Schanentgen, le truc de l’informatique

Comment rebondir après l’échec d’une start-up numérique sur laquelle on a tant misé ? Comment surmonter le deuil de son entreprise pour reconstruire un nouveau projet professionnel ? Réponses avec Cyrille Schanentgen qui, par ailleurs, n’a jamais dévié de sa passion originelle : l’informatique.

Cyrille Schanentgen

« Il y a un peu plus de 40 ans, j’avais une douzaine d’années, on m’a mis devant un ordinateur à Noël et je me suis tout de suite dit que l’informatique allait être mon truc. Je trouvais ça magique, je développais des petits jeux, grâce à des livres que j’allais acheter dans les rayons informatique des librairies. Nous étions alors au tout début de l’informatique grand public. » Et, depuis, l’informatique n’a plus quitté Cyrille Schanentgen. Et réciproquement. BTS d’informa­tique à Metz, premier poste en 1990, comme consultant d’une SS2I luxembourgeoise pour d’importants clients bancaires du Grand-Duché, et le natif d’Audun-le-Roman, à la frontière du Luxembourg, revient à Metz où il passe à la gestion de projet, chargé de recrutement, business développeur grands comptes pour finir directeur d’agence d’une SS2I.

L’IA avant les autres

Après différentes expériences en gestion de patrimoine et de nouveau à Luxembourg dans le secteur du numérique, en 2015, Cyrille Schanentgen retourne à la fac pour faire un master en reprise d’entreprise à Nancy : « En 2014, j’avais créé mon propre cabinet de recrutement orienté autant vers l’informatique que vers l’entreprise. En réalité, j’étais de plus en plus tenté par l’entrepreneuriat, via la reprise d’entreprise. »

Et puis, en 2018, l’informaticien renifle l’intelligence artificielle. Avant beaucoup de monde. Il raconte : « En 2019, je me suis dit que l’IA était la brique logicielle, qui pourrait aider mon métier de recruteur, en rapprochant automatiquement des CV et des offres d’emploi. » Il fait réaliser un proof of concept par un ingénieur en intelligence artificielle. En 2020, il obtient des financements et un soutien de la BPI, trouve un incubateur et lance son projet. Propriétaire d’un algorithme de jobmatching, pour rapprocher les CV et les offres d’emploi, la start-up s’appelle HRBS : Human Ressource For Business Solutions. « Comme nous sommes sur des technologies novatrices, la mise au point prend du temps. Alors bien sûr, je gagne quelques clients, mais cela ne suffit pas à payer les charges de l’entreprise, notamment pour financer la puissance de calcul. Et l’aventure s’arrête à l’automne 2024. »

« Un projet, ça peut rater »

Redressement puis liquidation judiciaire, il ne s’appesantit pas sur sa situation et, en février 2025, prend contact avec l’antenne messine de 60 000 Rebonds. « Je suis accueilli, accompagné par un coach et par un parrain, je participe aux réunions mensuelles durant lesquelles je rencontre d’autres dirigeants comme moi, et je remonte la pente. » Les accompagnateurs de l’association mettent le doigt sur une mauvaise expérience professionnelle dans les années 2010 : un licenciement brutal et injustifié, qu’il a enfoui en lui-même et qui l’empêche d’avan­cer autant que la perte récente de sa jeune société. « Et à partir de ce moment-là, tout se remet en ordre. La lumière est réapparue. Je reprends vigueur. » Et en février 2026, il postule à une offre d’emploi chez Heliaq, qui le recrute au début du mois d’avril sur le poste de directeur régional Grand Est. Heliaq est une entreprise de services numériques ; elle emploie huit-cent personnes en France et propose à ses clients, principalement des grandes collectivités territoriales, des infrastructures informatiques. Il manage une trentaine de personnes entre Strasbourg et Reims.

Et finalement, qu’est ce qui l’a sauvé ? « C’est que j’ai toujours pensé que mon projet était un projet et pas mon bébé. Un projet, ça peut rater. Mais je ne suis pas tombé dans l’affect. C’est peut-être ce qui m’a sauvé. » Tout en restant fidèle à l’informatique.

Jean de MISCAULT