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Artisanat du bâtiment

CAPEB Moselle : « Nos entreprises sont toujours là ! »

La CAPEB Moselle a choisi un thème inédit pour animer son assemblée générale annuelle à Metz fin juin. « Rien ne va plus… Les jeux sont faits ? » Un thème inspiré de l’actualité économique en ces temps incertains où l’on demande au chef d’entreprise des qualités que l’on retrouve dans les casinos. En attendant, les entreprises résistent.

Emilien Gangemi pendant son discours à l’assemblée générale de la CAPEB Moselle.

Pour Emilien Gangemi, président de la CAPEB Moselle, on demande aujourd’hui aux chefs d’entreprises des qualités qui vont « du goût du risque, d’un certain sang-froid, d’une bonne capacité d’anticipation et parfois un peu de chance. » Pour autant nos patrons de l’artisanat du bâtiment ne sont pas prêts à jouer l’avenir de leur entreprise à la roulette des salles de jeux. Néanmoins, le président de la CAPEB Moselle a fait un rappel éloquent en détaillant l’enchaînement des événements de ces derniers mois : crise sanitaire mondiale, pénurie de matériaux, explosion des coûts, crise énergétique, inflation durable « et réglementations qui évoluent parfois plus vite que nos logiciels n’ont le temps de se mettre à jour. » Et « pourtant, malgré tout cela, nous sommes toujours là ! Nos entreprises sont toujours là. » Ce qui force le respect.

Le président Gangemi relativise…

Cela dit, Emilien Gangemi ne pratique pas la démagogie. Il se veut honnête : « Nous n’allons pas dire que tout va mal, ce qui serait faux. Nous n’allons pas davantage vous dire que tout va bien, ce qui serait tout aussi faux ! » De fait, selon lui « la réalité est beaucoup plus complexe. » Il énumère cette complexité à travers la réalité ob­servée sur le terrain. « Certaines entreprises disposent encore d’une activité soutenue, de carnets de commandes confortables. Certaines continuent à recruter, investir, se développer. Dans le même temps, d’autres entreprises voient les demandes de devis ralentir, décident de reporter leurs investissements et voient l’incertitude les gagner. » Un point devient inquiétant : les défaillances d’entreprises atteignent des niveaux particulièrement préoccupants. Et c’est le cas aussi en Moselle. Derrière chaque défaillance, il y a une entreprise qui dispa­raît, des emplois, des savoir-faire, des familles, des années de travail, parfois plusieurs générations d’efforts.

« La crise de trop ! »

Sans vouloir céder au pessimisme, Emilien Gangemi pose la question évidente : « Ne sommes-nous pas en train de vivre la crise de trop ? » Une crise que bon nombre d’entreprises n’auront plus la capacité d’absorber ? D’autres problématiques surgissent : lorsque le travail est là, rapporte-t-il encore autant qu’il devrait rapporter ? La valeur créée revient-elle réellement à ceux qui prennent des risques ? De fait, dans le même temps « nous demandons toujours plus à nos en­treprises. » Dans le détail : plus de qualifications, plus de digitalisation, de transition énergétique, de tri de déchets, de former davantage et d’investir encore plus ! Et les entreprises répondent présent ! Même si chaque nouvelle contrainte vient rogner un peu plus la valeur de leur travail. Il observe à bon escient « que les règles changent plus vite : un jour une aide existe, le lendemain elle disparaît, avant de réapparaître sous une autre forme. Difficile dans ces conditions de bâtir sereinement une stratégie d’entreprise. »

« Nous demandons de la visibilité… »

Le président mosellan reste mesuré. « Nous ne demandons pas de traitement de faveur. Nous demandons simplement que notre travail conserve sa juste valeur. Nous demandons de la visibilité, de la sta­bilité, des règles compréhensibles. » En clair, que ceux qui prennent des décisions à Paris « tiennent davantage compte de la réalité des chantiers. » Et surtout il aimerait que « l’on cesse de considérer les TPE et PME du bâtiment comme une variable d’ajustement perma­nente. » Il achève sa démonstration en soulevant un sujet essentiel : quel modèle d’entreprise voulons-nous pour demain ? Et il donne sa version : « nous défendons l’entreprise artisanale de proximité ! » Une entreprise qui emploie 1, 2, 15 ou 50 salariés, qui réalise des bénéfices sur son activité bâtiment, qui forme des apprentis, qui sponsorise le club de football du village, qui crée de l’emploi non délocalisable, qui fait vivre nos territoires. « Derrière chaque entreprise locale, il n’y a pas de fonds d’investissement. Il n’y a pas un actionnaire anonyme. Il y a un homme ou une femme qui prend des risques avec son propre patrimoine. Qui se lève tôt, qui embauche, qui forme, qui assume les difficultés ! »

Un modèle d’entreprise trop souvent oublié dans les grandes décisions publiques. « Lorsque l’on fragilise l’entreprise de proximité, ce n’est pas seulement une entreprise que l’on fragilise. C’est tout un territoire. La CAPEB continuera à porter cette voix. Une voix pragmatique, res­ponsable, une voix issue du terrain. » Cette assemblée générale aura permis aux artisans du bâtiment de faire passer un message aux élus et parlementaires de la nation : celui de la réalité du terrain.

Et en Moselle, les entrepreneurs de la CAPEB se veulent optimistes : « Nous sommes prêts à avancer. Bâtir c’est notre métier. Créer les conditions pour que ce métier ait un avenir c’est aussi le vôtre ! »

La CAPEB Moselle réunit plus de 9000 entreprises qui emploient près de 15 000 salariés.

Conjoncture

Coupes budgétaires : la CAPEB alerte le gouvernement

La CAPEB s’alarme des mesures budgétaires engagées par le gouverne­ment pour 2026 et 2027 et demande de réviser ses orientations. Pour la CAPEB, les coupes budgétaires arbitrées ou envisagées impacteront directement les entreprises artisanales du bâtiment.

La CAPEB s’inquiète de la liste de mesures budgétaires qui s’accu­mule de jour en jour : la hausse du SMIC avec gel des allègements de cotisations, coupes des budgets de soutiens à l’apprentissage, à la rénovation énergétique, à l’entretien et la rénovation du patrimoine, au logement social ultramarin. « Ces mesures fragilisent simultané­ment l’activité, l’emploi, l’apprentissage et pénaliseraient en premier lieu l’artisanat du bâtiment, et plus largement la croissance du pays » indique le communiqué du syndicat patronal.

Ces nombreuses mesures budgétaires actées ou envisagées pour 2026 et 2027 suscitent de très vives inquiétudes des chefs d’entreprises ar­tisanales, qui ne cessent d’alerter sur les difficultés qu’ils rencontrent dans le contexte économique actuel particulièrement défavorable.

1° Le gel des allègements de cotisations, décidé simultanément à une hausse significative du SMIC, augmentera brutalement le coût du travail pour les entreprises déjà fortement contraintes par la hausse du coût du carburant, des matériaux et le ralentissement de l’activité. Cette mesure fragilisera directement l’emploi local du secteur, qui a déjà subi la suppression de plus de 30 000 emplois en deux ans.

2° Le rabot de 300 M€ d’euros de crédits MaPrimeRénov’, dédiés aux rénovations énergétiques par gestes pour 2026, participera à la contraction de l’activité et privera de nombreux ménages d’un accès simple et efficace à l’amélioration énergétique de leur logement. Par ailleurs, l’arrêt total des mono-gestes, envisagé en septembre prochain, marquerait un coup dur inacceptable. Les mono-gestes constituent la voie d’accès privilégiée des Français dans un parcours de rénovation globale par étapes, permettant des gains immédiats de confort et de pouvoir d’achat.

3° La coupe drastique de 88% des crédits alloués aux régions pour l’apprentissage, avec un passage de 268 M€ en 2025 à seulement 33 M€ en 2026, met en danger la capacité des centres de formation d’apprentis (CFA) à investir dans les équipements indispensables à la qualité de la formation des jeunes et à maintenir des sections de formation en zones rurales. C’est un très mauvais signal pour le dé­veloppement de l’apprentissage, en net recul de 7% dans l’artisanat du bâtiment à la rentrée 2025-2026.

4° La coupe majeure envisagée de plus de 100 M€ de crédits de la Ligne Budgétaire Unique (LBU) en 2026, destinée à financer le logement social Outre-mer, aura pour conséquence de contracter fortement le marché déjà éprouvé de la construction et de la rénovation dans les territoires ultramarins, avec un impact sur les carnets de commandes et la trésorerie des entreprises. Les inquiétudes sont fortes localement au regard de l’importance de ce marché pour le secteur et des réduc­tions importantes de budget, jusqu’à 60% à La Réunion.

5° Les coupes de crédits dédiés au Fonds vert et à la restauration du patrimoine bâti, notamment en soutien des collectivités locales dans leurs travaux de rénovation énergétique et de préservation du patrimoine, participeront également à tarir l’activité locale, pourtant non délocalisable, au détriment des entreprises locales.

Cumulées, ces mesures fragilisent sensiblement l’ensemble de l’ar­tisanat du bâtiment, qui représente pourtant un pilier essentiel de l’économie française avec plus de 500 000 entreprises, assurant près de la moitié du chiffre d’affaires du bâtiment, employant la moitié des salariés du secteur et formant la majorité des apprentis.

Organisation patronale responsable, la CAPEB est parfaitement consciente des enjeux budgétaires actuels de l’État. C’est pourquoi elle n’a cessé d’appeler à la concentration des moyens dédiés à l’ap­prentissage pour les entreprises jusqu’à 509 salariés, qui en ont le plus besoin, afin de réaliser des économies substantielles de l’ordre d’un milliard d’euros. Par ailleurs, un encadrement plus strict du statut de la micro-entreprise et un abaissement de la franchise en base de TVA dans le bâtiment pourraient générer de très importantes économies budgétaires.

« Ces arbitrages budgétaires, pris sans considération des réalités du terrain, risquent d’asphyxier durablement les TPE du bâtiment. Nous ne sommes pas dans une logique de rejet des efforts budgétaires, mais dans une exigence de cohérence et de survie économique pour des entreprises déjà sous forte pression » affirme Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB.

La CAPEB appelle donc le gouvernement à reconsidérer ses orientations budgétaires afin de ne pas aggraver la santé économique des TPE du bâtiment, l’activité du secteur et, par conséquent, la croissance et l’emploi qu’il génère.

Rabot de MaPrimeRénov’ : « Un choix incompréhensible ! »

La CAPEB dénonce le nouveau coup de rabot de MaPrimeRénov’ et la suppression annoncée au 1er septembre prochain de la quasi-totalité des aides aux travaux de rénovation énergétique par gestes, comme elle le craignait dès le 11 juin dernier. Cette décision constitue un nouveau coup dur pour les ménages et les entreprises artisanales du bâtiment, et une incompréhension totale au regard de l’épisode caniculaire historique auquel sont confrontés les Français témoignant de l’urgence de soutenir la rénovation énergétique des logements.

En réservant désormais l’essentiel des financements publics aux rénovations énergétiques globales des logements, le gouvernement prive les Français d’un parcours de rénovation par gestes et par étapes pourtant adapté à leur capacité d’investissement. Pour la CAPEB, si la rénovation d’ampleur demeure l’objectif à atteindre, elle ne peut devenir l’unique voie d’accès aux aides : un parcours progressif, lisible et accessible demeure indispensable pour embarquer le plus grand nombre.

« Le pire ennemi de la rénovation, ce n’est pas le mono geste. C’est l’absence de travaux. Si l’on demande aux Français de tout faire d’un coup, beaucoup renoncent tout simplement à rénover leur logement. Il faut leur permettre d’entrer dans la rénovation par un premier geste utile, puis de poursuivre dans le temps » déclare Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB.

À l’évidence, la CAPEB demande au gouvernement de tenir compte de la réalité économique des ménages.

Bernard KRATZ