Une conjoncture régionale en plein décrochage national
L’industrie du Grand Est traverse une zone de fortes turbulences. Les chiffres révèlent un net décrochage par rapport à la dynamique hexagonale : en cinq ans, la région a perdu 7 600 emplois industriels salariés (soit une baisse de 2.5 %), alors que l’emploi industriel progressait de +2.8 % à l’échelle nationale. Le recul marqué de 11 % de l’intérim industriel sur un an confirme ce coup de frein brutal.
Sur le terrain, les remontées des différentes branches convergent vers un même constat d’une activité sous haute tension. En Champagne- Ardenne, la métallurgie subit une baisse d’activité depuis sept trimestres consécutifs, plombée par l’explosion des prix des matières premières suite aux droits de douane américains. Dans la plasturgie régionale, 71 % des entreprises restent en dessous de leurs objectifs initiaux. Quant au secteur du médicament, ils notent que la France supporte déjà une fiscalité sectorielle parmi les plus lourdes d’Europe, représentant 60 % du résultat d’exploitation des entreprises.
La fiscalité locale : la ligne rouge absolue des dirigeants
C’est dans ce contexte précaire que la Région a adopté son « Pacte Industrie ». Si France Industrie Grand Est se félicite qu’environ les deux tiers de ses propositions initiales aient été intégrés dans l’esprit du texte, le collectif pose une condition à son accompagnement : la stabilité fiscale totale.
Le collectif refuse catégoriquement l’introduction de toute nouvelle taxe directe ou indirecte, ciblant explicitement l’écotaxe poids lourds, le versement mobilité régional ou le versement transport des agglomérations. Pour les chefs de file du mouvement, ces prélèvements viendraient pénaliser lourdement les entreprises dépendantes des flux de marchandises et créeraient un handicap compétitif majeur. Les industriels pointent du doigt une contradiction politique majeure : comment feindre de vouloir réindustrialiser le territoire tout en multipliant les taxes locales qui affaiblissent sa compétitivité face aux concurrents européens et asiatiques ?
Apprentissage : « Une baisse budgétaire qui s’apparente à une faute industrielle »
L’autre grand motif de colère concerne le financement de la formation professionnelle, pilier historique du renouvellement des compétences sectorielles. Alors que l’industrie du Grand Est estime avoir besoin de 44 000 recrutements annuels d’ici 2030, le modèle économique des Centres de Formation d’Apprentis (CFA) subit un violent coup de rabot.
Au niveau national, un déséquilibre structurel persiste : les entreprises industrielles assument chaque année près de 21 milliards d’euros pour l’apprentissage et les compétences, mais l’État n’en reverse qu’une infime partie aux branches techniques via l’OPCO2i, créant un déficit annuel d’un milliard d’euros. Pire encore, les dotations régionales de l’État aux CFA ont littéralement fondu, s’effondrant de 268 millions d’euros en 2025 à seulement 33 millions d’euros en 2026, soit une baisse brutale de 88 % décidée sans aucune concertation. France Industrie Grand Est soutient fermement la Région pour exiger le gel de cette mesure, qualifiée de véritable « faute industrielle » qui menace la viabilité même des formations techniques.
Des avancées concrètes et un collectif qui gagne en influence
Malgré ces points de friction importants, le Pacte Industrie intègre des leviers opérationnels salués par le tissu productif. C’est notamment le cas pour l’apprentissage sur les métiers en tension, les dispositifs d’accompagnement à la décarbonation (le Grand Est étant la 3e région la plus énergivore de France), ainsi que la création d’un outil de financement inspiré du FIIGE pour mobiliser l’épargne territoriale vers les PME. Les industriels pressent toutefois la Région d’accélérer sur la mise en œuvre d’un dispositif de mobilité inter-entreprises afin de préserver les compétences locales avant que les vagues de licenciements ne se concrétisent.
Afin de peser davantage face aux pouvoirs publics, le collectif intersectoriel, qui représente déjà plus de 290 000 emplois dans la région, annonce son élargissement. La Fédération des Industries Ferroviaires Grand Est ainsi que France Gaz Est rejoignent officiellement la structure. Une union sacrée indispensable pour porter d’une seule voix les exigences de souveraineté, de décarbonation et de compétitivité dont l’économie régionale a besoin .
France Industrie est l’organisation professionnelle représentative de l’Industrie en France, créée par le Cercle de l’Industrie et le Groupe des Fédérations Industrielles. Elle rassemble 26 Fédérations sectorielles de l’industrie et les Présidents de 45 grandes entreprises privées et publiques, intervenant dans tous les secteurs industriels.
Dans le Grand Est, le Comité Région Industrie Grand Est est né à l’été 2019. Mené par Hervé Bauduin, chef de file France Industrie Grand Est, ce comité rassemble déjà, mais il va encore s’élargir, l’essentiel des représentants de l’industrie dans notre région. Cela signifie qu’il pèse dans le Grand-Est, plus de 290.000 emplois directs et plus d’un million d’emplois indirects.
Le Comité Région industrie Grand Est, c’est 15 fédérations et grands groupes de l’industrie qui se réunissent régulièrement sur les sujets stratégiques pour l’industrie : L’Ameublement Français, EDF, France Chimie Grand Est, Opco2i, Papest, Polyvia Grand Est, le Syndicat Textile de l’Est, l’Union des industries Textile de Champagne-Ardenne, l’UNICEM, France Hydrogène, la French Fab, la French Tech East, l’UIMM Alsace, l’UIMM Champagne-Ardenne et l’UIMM Lorraine.