« Ce nouveau baromètre ISM-MAAF apporte un éclairage inédit sur le rayonnement territorial de l’artisanat. Partout, des communes rurales aux grandes métropoles, les artisans sont plus nombreux et confortent leur rôle de service de proximité essentiel à la population. Soutenir ces savoir-faire du quotidien, c’est préserver le lien social et l’attractivité de nos communes » assure Anne-Sophie Prissé, directrice markéting et communication de la MAAF. Elle résume la dynamique qu’enregistre l’artisanat. Le fait remarquable du baromètre est cette progression dans l’ensemble des départements, y compris les Vosges ou en Haute-Marne, qui enregistre pourtant la plus forte baisse démographique de la région.
Au 1er janvier 2024, la France compte 1 521 000 entreprises artisanales actives. La dynamique est soutenue dans l’ensemble des territoires, des communes rurales aux métropoles, avec des hausses comprises entre +23% et +25%. À noter que les entreprises artisanales représentent 29% du total des entreprises actives dans la région. Celle-ci se classe au 4e rang national, derrière la Bourgogne-Franche-Comté qui occupe la première place.
Le tissu entrepreneurial
Ce tissu des entreprises artisanales se décompose de la manière suivante :
- 16% dans l’artisanat de fabrication
- 7% dans l’artisanat d’alimentation
- 38% dans l’artisanat des services
- 39% dans l’artisanat du BTP.
Parmi les départements du Grand Est présentant la plus forte densité d’entreprises artisanales, on retrouve les Vosges (88) avec 25 entreprises pour 1000 habitants, devant le Bas-Rhin (67) avec 20 entreprises. La majorité des autres départements se situent entre 19 entreprises pour 1000 habitants (Aube, Meurthe-et-Moselle, Meuse, Moselle, Haut-Rhin), tandis que les Ardennes et la Haute-Marne affichent les taux les plus faibles avec 17 entreprises pour 1000 habitants.
Entre 2019 et 2023, le nombre d’entreprises artisanales progresse partout avec des taux supérieurs à 25% dans le Haut-Rhin (+27,5%), la Moselle (+26%), la Meurthe-et-Moselle (+25,5%) et le Bas-Rhin (+25%). Les Vosges enregistrent une hausse de 23% suivie de la Meuse (+21%) et de la Marne (+21%). L’Aube (+18%), la Haute-Marne (+17%) et les Ardennes (+16,7%). Fait remarquable, cette croissance bénéficie aussi à des départements dont la population est en recul : Aube (-2,5%), la Meuse (-2%), les Vosges (-2%), les Ardennes (-1,7%), la Marne (-1%) et la Meurthe-et-Moselle (-0,2%).
Et dans les communes
Le baromètre met l’accent sur les communes avec la plus forte évolution, du nombre d’entreprises artisanales entre 2019 et 2023 : Pfastatt (68) avec +55,6%, Ostwald (67) +46,8%, Lingolsheim (67) avec +43,7%, Woippy (57) +40,7% et Guebwiller (68) + 38,3%.
Dans la majorité des communes, c’est l’artisanat des services du quotidien qui progresse comme les travaux de maçonnerie, menuiserie et plomberie, mais aussi la réparation automobile, la boulangerie ou encore la coiffure.
Les métiers du bâtiment en pointe
L’artisanat du bâtiment reste prédominant. Quelque 46% des communes comptent désormais au moins une entreprise de plomberie, couverture ou chauffage, contre 42% en 2019. Viennent ensuite les menuisiers, charpentiers et serruriers (44% en 2024 contre 41% en 2019) ainsi que les maçons et entreprises générales du bâtiment (43% contre 41%).
L’artisanat des services consolide aussi son ancrage : la réparation automobile passe de 39% à 44% des communes équipées, se plaçant au même niveau que la menuiserie. Suivent les salons de coiffure (37%), les services de taxi-VTC qui restent stables à 16% et les fleuristes-jardineries (14%).
Les métiers des instituts de beauté et ongleries sont les activités qui se répandent le plus, enregistrant une forte progression en passant de 24% des communes équipées en 2019 à 35% en 2024, soit +11 points.
En revanche, les métiers de l’alimentation montrent une dynamique plus timide ou en léger repli. Le nombre de communes disposant d’une boulangerie-pâtisserie baisse légèrement, passant de 29% en 2019 à 28% en 2024, tandis que la boucherie-charcuterie reste stable avec 12% des communes couvertes.
L’emploi artisanal en demi-teinte
Le paysage est plus contrasté concernant l’emploi artisanal. Les salariés représentent 10% des emplois salariés du secteur marchand dans le Grand Est. Le poids de l’emploi salarié artisanal est relativement homogène à l’échelle du Grand Est, oscillant entre 9% dans la Marne, la Meurthe-et-Moselle, la Moselle et le Bas-Rhin et 14% dans les Vosges. L’emploi salarié artisanal se répartit entre 140 230 emplois dans les TPE de moins de 20 salariés fin 2024. Il a progressé de 2% entre 2019 et 2024, suivant une évolution inférieure à la moyenne nationale (5%). On observe les plus importantes hausses de l’emploi artisanal dans la Meuse (4 340 emplois +5%) et l’Aube (7 700 emplois +5%), suivies du Bas-Rhin (32 800 +4%) et des Vosges (11 490 emplois +4,5%). La dynamique est plus modérée en Meurthe-et-Moselle (15 280 emplois +3%) et dans la Marne (13 720 emplois +3%). Il est quasi stable dans les Ardennes (7 230 emplois +0,6%) et le Haut-Rhin (19 780 emplois +0,5%). Enfin, il recule légèrement en Moselle (23 400 emplois -0,3%) et plus nettement dans la Haute-Marne (4 510 emplois -3%).
« Un amortisseur économique »
Pour Catherine Elie, directrice des études ISM (Institut supérieur des métiers) « la géographie de l’artisanat bat en brèche bien des idées reçues. Le nombre d’artisans progresse partout, y compris dans des départements qui perdent des habitants, où l’artisanat joue un rôle d’amortisseur économique et de maintien des services à la population. Pour autant, tous les signaux ne sont pas au vert. Le maillage des métiers de bouche s’étiole légèrement, avec des boulangeries-pâtisseries en recul dans les communes, et des boucheries-charcuterie globalement stables. Derrière la vitalité entrepreneuriale, c’est donc la question de la consolidation de ce tissu de très petites entreprises dans les territoires qui se pose. »
En clair l’artisanat joue bien son rôle d’amortisseur économique, mais de façon inégale selon les métiers. Ceux de l’alimentation semblent malheureusement un peu à la traîne, alors qu’ils représentent un symbole de vitalité et de préservation du lien social.