Grand Est Paru hier
Pacte pour les Ruralités

Plus de 5 000 projets pour faire vivre les campagnes

Adopté le 5 avril 2024, le Pacte pour les Ruralités de la Région Grand Est a pour objectif de répondre aux défis auxquels sont confrontés les territoires ruraux, accès aux services, santé, mobilité, emploi, transition écologique, agriculture, jeunesse ou encore maintien du lien social. Deux ans après son lancement, plus de 90 % des mesures sont déployées ou en passe de l’être. Plus de 500 millions d’euros ont déjà été engagés pour accompagner plus de 5000 projets.

Certains dispositifs ciblent directement les petites communes. « Coup de pouce rural » permet de financer de petits travaux et l’acquisition d’équipements améliorant concrètement le quotidien. © D. PERONNE

Dans le Grand Est, la ruralité n’est pas un territoire à la marge. Elle représente 89 % de la superficie régionale et constitue un espace de vie pour des milliers d’habitants, mais aussi un réservoir d’activités économiques, agricoles, touristiques et associatives. Avec son Pacte pour les Ruralités, adopté en avril 2024, la Région veut accompagner ces territoires dans leurs transformations et leur permettre de ré­pondre aux nouvelles attentes de leurs habitants. Le dispositif est né d’une vaste concertation associant élus locaux, chefs d’entreprise, agriculteurs, responsables associatifs et acteurs de la vie quotidienne. De ces échanges sont ressorties quatre grandes ambitions : préserver et renforcer la qualité de vie, développer l’attractivité économique, conforter la transition écologique et mieux connecter les territoires. Au total, une centaine de mesures opérationnelles ont été définies. La Région a prévu de mobiliser 800 millions d’euros pour les ruralités. Deux ans après l’adoption du Pacte, plus de 500 millions d’euros ont déjà été engagés, en associant les financements régionaux et les fonds européens gérés par la collectivité. Plus de 5 600 projets ont ainsi bénéficié d’un accompagnement.

L’amélioration du quotidien constitue l’un des principaux axes du Pacte. Près de 3 000 projets destinés à améliorer le cadre et les conditions de vie ont déjà été accompagnés, pour un montant de 118 millions d’euros. Équipements communaux, services publics locaux, initiatives associatives ou culturelles : les interventions cherchent à maintenir dans les villages les services indispensables à la vie quotidienne. La question de la santé occupe également une place importante. La Région expérimente notamment le salariat de médecins dans les zones les plus fragiles. Six centres de santé pluridisciplinaires doivent ainsi être créés, avec un objectif de 15 000 actes médicaux annuels par structure. Des solutions de santé mobile, notamment à travers des bus de prévention dédiés à la santé des femmes, complètent ce dispositif. Le vieillissement de la population constitue un autre enjeu des territoires ruraux. Cinq projets-pilotes de béguinages(1) ruraux doivent contribuer à améliorer les conditions de vie des seniors et à proposer de nouvelles formes d’habitat adaptées. Parallèlement, près de 500 projets sont consacrés à la transition écologique, afin d’aider les communes à mieux gérer leurs ressources naturelles et leur consommation d’énergie.

Soutenir l’économie et l’emploi local

Faire vivre les villages passe aussi par le maintien et la création d’emplois. Plus de 2 000 entrepreneurs, artisans, commerçants et industriels ont déjà été accompagnés par la Région, pour un montant de 57 millions d’euros. Au total, 700 projets d’entreprises rurales ont été soutenus. L’agriculture, secteur essentiel de l’identité et de l’économie des campagnes, fait l’objet d’une attention particulière. Le programme « Ambition Éleveurs » s’appuie déjà sur un réseau de 60 fermes de démonstration et 2,5 millions d’euros ont été engagés pour moderniser les exploitations. La Région affiche également l’objectif d’installer 500 jeunes agriculteurs chaque année, afin de préparer le renouvellement des générations.

La mobilité représente un autre enjeu majeur pour les habitants des communes rurales, souvent dépendants de la voiture pour accéder à l’emploi, aux services ou aux établissements scolaires. La Région consacre ainsi 304 millions d’euros au maintien des dessertes ferro­viaires fines et à la modernisation des lignes secondaires. La réouverture programmée de la ligne Nancy-Mirecourt-Vittel-Contrexéville illustre cette volonté de renforcer les liaisons entre les territoires.

L’avenir des campagnes passe également par leur capacité à retenir et attirer les jeunes. Depuis la rentrée 2023, la Région propose notamment la nuitée à l’internat à 1 euro par mois dans les lycées publics. Plus de 15 000 internes en bénéficient chaque année, contribuant également à améliorer le taux d’occupation des internats des établissements situés en zone rurale. L’engagement des jeunes est ainsi encouragé à travers le service civique en ruralité. Près de 250 volontaires ont ef­fectué une mission de six à douze mois en 2024-2025 et 285 nouvelles missions sont proposées pour l’année en cours. Le sport constitue lui aussi un outil d’attractivité et de lien social. Le dispositif « Campagnes sportives » a permis de moderniser 103 équipements et d’introduire 50 nouvelles pratiques dans les territoires ruraux. Plus de 110 000 m² d’installations ont ainsi été rénovés.

D’autres dispositifs ciblent directement les petites communes. « Coup de pouce rural » permet de financer de petits travaux et l’acquisition d’équipements améliorant concrètement le quotidien. En un peu plus d’un an, 1 131 projets ont été financés, concernant déjà 28 % des communes de moins de 1 500 habitants. « Élan Ruralité » a, de son côté, accompagné 401 associations locales dans l’organisation d’événements et d’activités favorisant le lien social. Le dispositif est reconduit en 2026.

Une action prioritairement tournée vers les petites communes

Deux ans après son lancement, le Pacte pour les Ruralités affiche donc un premier bilan marqué par l’ampleur des projets accompagnés. 90 % des mesures sont désormais déployées ou en voie de l’être. 62 % des aides régionales bénéficient à des communes de moins de 1 500 habitants et 51 % des financements concernent les zones les moins densément peuplées. De la restauration d’une cloche d’église à la création d’une maison d’assistantes maternelles, d’une piste cyclable à une centrale solaire, d’un commerce de proximité à un campus connecté, les projets témoignent de la diversité des besoins des territoires ruraux. À travers ces interventions, la Région entend faire de la ruralité non pas un territoire à préserver à l’identique, mais un espace capable d’évoluer, d’innover et de construire son avenir.

Le Pacte pour les Ruralités se veut ainsi un levier pour accélérer les projets locaux, sécuriser les services essentiels et renforcer l’attrac­tivité des villages. L’enjeu, au-delà des investissements réalisés, est de permettre aux habitants de continuer à vivre, travailler, étudier, se soigner et construire des projets dans des territoires ruraux qui restent pleinement acteurs de l’avenir du Grand Est.

(1) Un béguinage est un ensemble de petits logements individuels, regroupés autour d’un espace commun, cour ou jardin, et d’une salle partagée. Il a été conçu à l’origine au Moyen Âge pour des communautés de femmes religieuses laïques. Il est devenu aujourd’hui une forme d’habitat inclusif pour les seniors.

 

Des réalisations très concrètes dans les villages

Derrière les chiffres, le Pacte se traduit par des projets très différents selon les territoires. Dans l’Aube, à Géraudot, une friche située au bord du lac d’Orient, abandonnée depuis plus de quinze ans, doit accueillir une résidence de tourisme de 24 appartements, avec piscine intérieure et espaces événementiels. À Troissy, dans la Marne, deux bâtiments communaux vacants, une ancienne poste et une longère, sont transformés pour accueillir un restaurant-commerce et un point colis. Près de 160 000 € d’aides régionales accompagnent notamment la rénovation énergétique et le maintien de services de proximité. Dans la Meuse, à Trémont-sur-Saulx, une ancienne habitation a été transformée en maison d’assistantes maternelles. Le nouvel équipe­ment peut accueillir trois professionnelles et jusqu’à douze enfants. La rénovation, soutenue par la Région, a privilégié les matériaux biosourcés et permis une forte réduction des consommations énergé­tiques. En Meurthe-et-Moselle, le patrimoine de proximité bénéficie également du dispositif « Coup de pouce rural ». À Pettonville, près de 8 000 € ont été mobilisés pour restaurer à l’identique la cloche de l’église Saint-Urbain. Une intervention modeste par son ampleur financière, mais symbolique pour la vie du village. En Moselle, la Communauté d’agglomération Sarreguemines Confluences poursuit le développement de son réseau cyclable. Deux nouvelles liaisons sécu­risées relient Neufgrange à Siltzheim, sur deux kilomètres, et Holving à Richeling. D’anciens chemins ruraux et agricoles ont été requalifiés en pistes dédiées aux cyclistes. La Région a apporté 285 000 € à ces réalisations destinées à faciliter les déplacements quotidiens vers les zones d’emploi, d’études et de services.

Dans le Bas-Rhin, à Hochfelden, la clinique Rumipassion, spécialisée dans les soins aux animaux de ferme, a pu renforcer ses équipements et ses locaux grâce au soutien régional. Suivant près de 400 élevages et employant dix vétérinaires, elle joue un rôle essentiel auprès des exploitations agricoles du secteur. Sur trois ans, 40 000 € d’aides régionales ont accompagné ses investissements. Dans le Haut-Rhin, à Katzenthal, un site désaffecté est reconverti en centrale solaire au sol. Plus de 4 000 panneaux doivent produire l’équivalent de 5 % de la consommation résidentielle de la Communauté de communes de la Vallée de Kaysersberg. Soutenu à hauteur de 50 000 € par la Région via Grand Est Énergies, le projet prévoit une exploitation sur trente ans et un suivi écologique pendant dix ans.

Enfin, dans les Vosges, le campus connecté de Saint-Dié-des-Vosges permet à des étudiants et à des adultes en reprise d’études de suivre une formation universitaire sans quitter leur territoire. L’espace, gratuit et soutenu par 170 000 € de la Région, propose des postes de travail, un accompagnement et un accès aux cours à distance des universi­tés. Une manière de réduire les contraintes liées aux transports et au logement, tout en favorisant le maintien des compétences et des jeunes dans leur bassin de vie.

Dominique PÉRONNE