Le 1er juin 2025, une tonne et demie de poissons morts étaient découverts dans l’Ill, à hauteur de Colmar. Appelé 24 heures plus tard, le SAMU de l’Environnement constate les dégâts et se met au travail : diagnostiquer et proposer pour déterminer les causes de la pollution responsable de la mort soudaine de milliers de poissons.
Initialement créé en 1994, par le docteur Fariborz Livardjani, dans le cadre du Centre antipoison de l’Hôpital Civil de Strasbourg, le Samu de l’Environnement est devenu une association en 2008, un an après le premier Grenelle de l’Environnement. On glisse des questions de santé environnementale à la problématique plus générale de l’environnement et des crises qu’il subit. « Notre objectif est de créer et d’animer un réseau de sentinelles de l’environnement afin de lancer des alertes sur telle ou telle crise, explique Étienne Faivre, coordinateur du Samu de l’Environnement de Strasbourg. Nous entendons également sensibiliser la population en démocratisant les sciences environnementales. »
Une cinquantaine de sentinelles
En Alsace, l’association compte aujourd’hui une cinquantaine de sentinelles. Il peut s’agir de particuliers, et surtout d’associations comme les associations de pêche. On dénombre dans la région près de 50 000 titulaires d’une carte de pêche, ce sont souvent les premiers à détecter une pollution sur une rivière. Les sentinelles sont formées et – pour certaines d’entre elles – équipées d’une mallette permettant d’effectuer les premières analyses. Dès lors qu’une pollution est détectée, le Samu de l’Environnement est alerté ; après analyse, il pourra livrer son diagnostic aux autorités compétentes, quand ce ne sont pas ces dernières qui préviennent l’association afin qu’elle réalise les analyses.
En 2025, le Samu de l’Environnement alsacien est intervenu sur une quinzaine de pollutions accidentelles. Exemple le plus marquant : la découverte de ces milliers de poissons morts dans l’Ill, le 1er juin, après un gros orage qui a fait déborder la station d’épuration. « Malheureusement nous avons été prévenus 24 heures après le constat de la pollution, regrette Étienne Faivre. Nous avons fait des prélèvements dans l’eau et sur les poissons morts et nous avons relevé deux anomalies : la présence d’un reste de médicament vétérinaire et des substances d’origine industrielle. » Quoi qu’il en soit la plainte contre X déposée par la Région Grand Est, gestionnaire de l’Ill, a été classée sans suite par le parquet de Colmar en janvier dernier.
L’appli Environeo
Afin de multiplier les alertes et d’impliquer le plus de monde possible aux questions environnementales et particulièrement aux pollutions accidentelles, le Samu de l’Environnement Alsace a lancé, en 2025, l’appli Environeo disponible sur le web et sur Google Play. Tout un chacun peut alerter sur un problème par une photo, une description de l’incident et une géolocalisation. Il peut s’agir de pollutions de rivières, du sol, ou de l’air, de dépôts sauvages de déchets… Quelques dizaines d’alertes ont déjà été réceptionnées par l’appli.
« Nous nous arrêtons le plus souvent à la phase diagnostic, insiste le coordinateur. Je précise d’ailleurs ce que signifie notre acronyme, Samu : c’est service d’analyse mobile en urgence. Ce qui ne nous empêche pas de faire des préconisations et, dans certains cas, de faire du suivi, ne serait-ce que pour éviter que l’accident ne se reproduise. » Car pour éviter que les pollutions ponctuelles ne surviennent, rien ne vaut une vigilance régulière sur les sites les plus fragiles. Ainsi, le Samu de l’Environnement a-t-il signé un partenariat avec l’Eurométropole de Strasbourg sur les deux réserves naturelles de la forêt d’Illkirch-Neuhof et de la forêt de la Robertsau. Dans ce cadre, l’association intervient auprès de nombreux publics, notamment dans les écoles, afin d’éduquer les générations futures, de les sensibiliser aux questions environnementales les plus sensibles et de les impliquer, par exemple, dans le suivi des cours d’eau. À leur façon, les écoliers deviennent ainsi des sentinelles de l’environnement.
Autant de sujets et de modes d’intervention, qui militent en faveur d’une nouvelle gouvernance et des moyens budgétaires supplémentaires. « Nous réfléchissons à passer du statut d’association à celui de coopérative d’intérêt collectif, qui pourrait nous permettre de fédérer les différents acteurs intervenant sur les crises environnementales, qu’ils soient associatifs, publics ou privés. Nous sommes parfaitement outillés pour travailler en réseau et coordonner les différents acteurs appelés à intervenir sur des crises environnementales. »
Avec l’aide de la Fondation de France
La Fondation de France est un des principaux contributeurs au budget du Samu de l’Environnement Alsace, aux côtés de la Fondation Carasso, et des collectivités territoriales alsaciennes. Par ailleurs, le Samu est en mesure d’assurer des prestations de service aux entreprises (formation, accompagnement QHSE eu RSE, veille de conformité règlementaire environnementale). Objectif : que ces prestations représentent le tiers du budget de l’association.