Interview Paru le 13 janvier 2026
Émilie Gravier, directrice régionale de l’Ademe Grand Est

« Un territoire dynamique pour la transition écologique »

Dans une interview aux Affiches d’Alsace et de Lorraine, Émilie Gravier, nouvelle directrice de l’Ademe Grand Est (Agence de la transition écologique) détaille les grandes lignes de sa mission, principalement dédiée à l’accompagnement des territoires et des entreprises dans leurs démarches de transition écologique.

Émilie Gravier, directrice de l’Ademe Grand Est

 - Les Affiches d’Alsace et de Lorraine : Comment l’Ademe est implantée dans le Grand Est ?

- Émilie Gravier : « On a trois sites, Strasbourg, Metz et Châlons-en- Champagne. Le siège officiel est bien à Metz. Je succède à ce poste à Jérôme Betton qui est parti dans une mission d’expertise en Ukraine. »

- Votre feuille de route est entièrement dédiée à la transition écologique ?

- E.G. : « Ce n’est pas tout à fait nouveau. C’est même dans la conti­nuité de ce que faisait Jérôme Betton. On poursuit notre politique en la matière, toujours au plus près des territoires. Nous avons la volonté d’adapter nos actions à comment accompagner les acteurs aux réalités du territoire, qu’ils soient ruraux, urbains. »

« Des tensions sur la ressource forestière »

- Vous avez signé un contrat de chaleur renouvelable patrimonial dans la Meuse (voir plus loin). C’est ce type d’actions que vous comptez mener ?

- E.G. : « Tout à fait. Nous menons beaucoup d’actions sur la décar­bonation des réseaux de chaleur urbains. On accompagne des collec­tivités dans ce type de projet, on peut financer le réseau de chaleur lui-même, les kilomètres de tuyaux, mais aussi la production d’énergie décarbonée. Cela peut-être de la récupération de chaleur fatale, qui peut provenir d’un industriel par exemple, de la géothermie, de la biomasse. En raison de la tension sur la ressource en biomasse dans la région, on a un certain nombre de critères d’analyse des projets. On a recours à la biomasse en dernier recours, s’il n’y a pas d’autres sources d’énergie disponible. »

- Il y a des problèmes de tension sur la biomasse dans le Grand Est ?

- E.G. : « Précisément. La biomasse dans la transition écologique est très sollicitée. Elle doit servir de puits de carbone et renforcer son action dans ce sens. Elle est intéressante en termes d’énergie, car elle permet de se substituer dans certains cas aux énergies fossiles. La difficulté est qu’il faut augmenter ses usages dans la transition écologique. Dans le Grand Est, il y a surtout des tensions sur la ressource forestière. On est très attentif à utiliser la ressource bois à sa juste valeur afin de conserver la valeur puits de carbone pour la forêt. »

Des projets de méthanisation

- En revanche pour la méthanisation ça fonctionne bien dans le monde agricole ?

- E.G. : « Sur la méthanisation, on a toujours un flot de projets en cours, au moins une dizaine de projets par an. De différentes tailles : des petits projets très locaux, d’autres plus importants. On finance plutôt de la production de biogaz en injection directe dans le réseau. »

- Est-ce qu’on peut revenir sur votre parcours. Avez-vous une belle expérience internationale ?

- E.G. : « J’ai en effet travaillé en dernier au Port de Strasbourg. J’ai été directrice générale adjointe chargée de la transition écologique du territoire portuaire. Il s’agissait d’emmener tout ce territoire avec ses 400 entreprises et 8000 emplois dans une démarche collective de transition écologique, et pas seulement l’établissement public. On avait la chance d’avoir un territoire très dynamique et très allant sur cette thématique. On avait une démarche baptisée CLES, Coopération locale et environnementale en synergie, qui associait des industriels, des entreprises de services, pour créer une espèce d’écosystème où les déchets de l’un devient la matière première de l’autre, où il y a des coopérations, partages des ressources. Un réseau de chaleur a du reste été créé sur le port pour récupérer l’énergie fatale d’un industriel et chauffer les quartiers voisins. »

Les énergies renouvelables : 34% de la consommation

- Le Grand Est est bien engagé en matière de tran­sition écologique, d’énergies renouvelables. Dans quels secteurs doit-il encore s’améliorer ?

- E.G. : « J’ai quelques chiffres de 2024 : les énergies renouvelables ont couvert 34% de la consommation d’énergie du Grand Est. On est plutôt bon. Mais il faut continuer l’effort. Il y a une culture du travail en partenariat dans la région, on parvient à mettre beaucoup d’acteurs autour de la table pour créer des actions plus fortes. »

- De quels moyens dispose l’Ademe Grand Est alors qu’on est en période de contraintes budgétaires ?

- E.G. : « On a en portefeuille des projets finançables en  2026. Il y a beaucoup de porteurs de projets, on n’aura certainement pas les moyens de répondre à tout, ce n’est pas illogique. On fera des choix. Mais c’est plutôt sain d’avoir un territoire assez dynamique pour avoir autant de projets en cours. »

« Des financements et de l’expertise »

- Vous financez quels types de projets en priorité ?

- E.G. : « On a tous les sujets d’énergie renouvelable, ceux d’écono­mie circulaire, et les sujets de décarbonation industrielle qui sont prioritaires. Mais l’Ademe ce ne sont pas que des financements. C’est aussi beaucoup d’expertise. Depuis un mois que je suis en fonction, je constate qu’on est très apprécié pour cette expertise. On vient avec des méthodologies, quand des collectivités veulent définir leur stratégie de transition afin de mieux orienter leur action. »

- Est-ce que les collectivités vous sollicitent ou est-ce l’Ademe qui va vers elles ?

- E.G. : « En principe, le porteur de projet vient vers nous. Mais il importe également que les collectivités et les entreprises aient connaissance de nos méthodologies, de ce que l’on propose pour les accompagner. On a des relais qui effectuent ce travail : la CCI auprès des entreprises, la BPI, la Banque publique d’investissement qui ont une force de frappe pour toucher un grand nombre d’entreprises. Nous sommes à l’Ademe, une cinquantaine en Grand Est, on ne peut pas aller prospecter les entreprises une par une. »

- L’Ademe, c’est quel budget en Grand Est ?

- E.G. : « Nous sommes effectivement 50 personnes, un effectif stable. Il y a des budgets qu’on gère localement, mais sur le territoire, il y a aussi des budgets qui sont gérés au niveau national, mais qui vont toucher des entreprises ou des collectivités du Grand Est. »

- Vous intervenez beaucoup sur le terrain des déchets ?

- E.G. : « En la matière on finance un observatoire régional des déchets*. Sur les ordures ménagères résiduelles on en est à peu près à 200 kg par habitant du Grand Est produits annuellement. Les actions mises en œuvre visent à réduire l’enfouissement et l’incinération. Ce sont les collectivités qui sont le plus souvent à la manœuvre. »

Voir aussi www.ademe.fr

* Les observatoires régionaux des déchets ont pour mission de contribuer à la pré­vention et à l’amélioration de la gestion des déchets et de leurs impacts, par l’étude et la diffusion d’informations et de données. Ils appuient notamment l’élaboration et la mise en oeuvre de PRPGD (Plan régionaux de prévention et de gestion des dé­chets). Ils constituent un appui opérationnel des Régions et de l’Ademe pour la mise en place des stratégies de prévention et de gestion des déchets et des ressources. Dans le Grand Est, il s’agit de l’Observatoire des déchets et de l’économie circulaire porté par la Région Grand Est.

Partenariat  : La Meuse et l’Ademe signent un Contrat de chaleur renouvelable patrimonial

Le conseil départemental de la Meuse, l’Ademe et la préfecture de la Meuse ont officialisé cet automne la signature d’un Contrat de chaleur renouvelable patrimonial (CCRP). Il permet de doter neuf bâtiments publics de chaufferies biomasse modernes.

La Meuse se positionne comme un département pilote en la matière. En signant avec l’Ademe et la préfecture un Contrat de chaleur renou­velable patrimonial, financé à hauteur de 711 496,80 € par l’Ademe et de 2,8 M€ par le conseil départemental, quelques neufs bâtiments publics départementaux vont bénéficier de l’installation de chaufferies biomasse modernes. En s’inscrivant dans les ambitions nationales et régionales de déploiement des énergies renouvelables, notamment le plan France Nation Verte, sa déclinaison Grand Est Région verte et le programme Climaxion, la Meuse est en pointe et s’engage résolument dans la construction d’un avenir énergétique durable.

Un signal fort

Ce contrat envoie un signal fort : la transition énergétique peut être conduite avec succès même dans des territoires à dominante rurale. Le Département démontre ainsi qu’il est possible d’intégrer des énergies renouvelables à toutes les échelles, en s’appuyant sur une approche collective et pragmatique. L’Ademe est naturellement un acteur fort, qui favorise l’engagement des collectivités dans la transition écologique. « L’Ademe est fière d’accompagner le Département de la Meuse dans cette démarche ambitieuse. Il s’agit d’un dispositif rare dans la région Grand Est, regroupant en une seule convention plusieurs opérations au bénéfice d’un même porteur de projet. Ce contrat illustre concrè­tement notre volonté de soutenir les collectivités en territoire rural, dans leur transition énergétique et écologique » affirme Gwénaël Guyonvarch, directeur régional par intérim de l’Ademe.

Sur 9 sites du département

Avec un échéancier s’étalant jusqu’en 2033, le contrat prévoit l’installation de chaudières biomasse de 20 à 250 kW sur 9 sites du département de la Meuse :

- Trois collèges : le collège de Vaucouleurs, celui de Vaubecourt et de Gondrecourt-le-Château ;

- Le musée Poincaré de Sampigny ;

- La gendarmerie de Souilly ;

- Le centre d’exploitation de Commercy ;

- Trois centres d’exploitation routiers : Vigneulles-lès-Hattonchâtel, Chaumont-sur-Aire, Varennes-en-Argonne.

L’installation de ces chaudières, pour une production globale de 1511 MWh/an d’énergie renouvelable, permettra d’éviter chaque année 510 tonnes d’émission de CO2, grâce à l’abandon progressif du fioul. L’approvisionnement sera assuré par près de 489 tonnes de granulés bois labellisés DIN+, garantissant à la fois performance énergétique et valorisation durable de la ressource locale. Les premières chaufferies sont entrées en service en octobre 2025, les autres étant déployées entre 2026 et 2029.

La Meuse à l’avant-garde

Pour Jérôme Dumont, président du conseil départemental de la Meuse : « avec ce premier contrat de chaleur renouvelable, la Meuse se positionne à l’avant-garde de la transition énergétique. En choisissant d’investir dans la biomasse locale, nous réduisons nos émissions, gagnons en autonomie énergétique et créons de la valeur sur notre territoire. C’est un choix d’avenir, pour nos habitants, pour notre planète. »

Jean-Philippe Vautrin, le vice-président du conseil départemental voit dans la « signature de ce contrat la démonstration qu’un département rural peut être à la pointe de l’innovation énergétique. Valoriser la biomasse locale nous permet de réduire nos émissions et d’améliorer la performance énergétique de nos bâtiments. Au-delà de la moderni­sation de notre patrimoine, ce projet représente également un levier économique pour la filière bois-énergie locale et une réduction des coûts de fonctionnement liés au fioul. »

Enfin le préfet de la Meuse, Xavier Delarue estime que « la signature de ce contrat témoigne de l’engagement fort de l’État, de l’Ademe et du Conseil départemental en faveur de la transition énergétique. C’est un projet exemplaire, au service des habitants de la Meuse et de l’avenir du territoire. »

L’engagement du Département

Cette signature n’est pas anodine et encore moins surprenante. Le Département de la Meuse, depuis trois ans, a adopté son premier Plan de transition, avec pour objectif de réduire de 40% ses émissions de carbone d’ici 2030 par rapport à 2019. Il agit concrètement sur son patrimoine bâti en remplaçant progressivement les chaudières fioul, en modernisant ses bâtiments et en s’appuyant sur des partenariats locaux pour réduire les consommations.

Le Département innove aussi en matière de mobilité durable avec l’expérimentation réussie du carburant HVO pour ses poids lourds, permettant d’éviter plusieurs centaines de tonnes de CO2 par an. Enfin il accompagne les changements du quotidien en soutenant les mobilités durables, l’alimentation bas carbone et une gestion plus responsable des ressources.

De gauche à droite : Gwénaël Guyonvarch, directeur régional par intérim de l’Ademe, Jean-Philippe Vautrin vice-président du conseil départemental de la Meuse, Xavier Delarue préfet de la Meuse.

Bernard KRATZ