À quoi sert l’association A.R.B.R.E.S., que vous présidez ?
Georges Feterman : Nous avons créé l’association A.R.B.R.E.S. (Arbres Remarquables : Bilan, Recherche, Études et Sauvegarde) en 1994. L’objectif est d’inventorier, faire connaitre et protéger les arbres remarquables de France. C’est notre premier président, Robert Bourdu, qui a inventé la notion d’arbre remarquable.
Justement, c’est quoi un arbre remarquable ?
G. F. : C’est un arbre très vieux, très gros ou très grand. Ces arbres ont souvent une histoire ou une légende, ils ont quelque fois un lien avec l’histoire de France. Et surtout, ce sont des arbres coups de cœur. L’arbre qu’on découvre au détour d’un sentier ou d’une rue et qui s’impose à nous, alors qu’on n’a pas fait attention aux autres. Après une forte tempête, on va vérifier s’il est toujours là.
Du coup, les arbres qui ne sont pas remarquables sont jaloux…
G. F. : Évidemment les autres arbres nous intéressent et jouent un rôle tout aussi important dans notre monde, quant à la biodiversité et au réchauffement climatique. C’est pourquoi nous nous associons à de nombreuses initiatives et démarches de protection des arbres.
Vous avez créé deux labels : « Arbre remarquable de France » et « Ensemble arboré remarquable ». De quoi s’agit-il ?
G. F. : En fait, nous avons réalisé que ces arbres sont remarquables parce que les hommes en ont décidé ainsi. Que ce soit dans les villes, les villages, les propriétés privées, au milieu d’une ferme, ce sont les hommes qui les protègent de génération en génération. Cela relève toujours d’une décision humaine : c’est l’arbre que les anciens ont décidé de ne pas couper, de garder pour les générations à venir. Et leurs descendants ont fait de même. Je pense par exemple aux arbres de Sully, plantés pendant le règne de Henri IV. Quant aux « ensembles arborés remarquables », il peut s’agir de parcs, de parcs de château, d’alignements de bords de routes.
Combien d’arbres et d’espaces avez-vous labellisés ?
G. F. : Nous avons labellisé 900 arbres et 300 ensembles arborés.
La labellisation entraine-t-elle des conséquences, par exemple d’ordre juridique ?
G. F. : Non pas du tout. En revanche, le simple fait d’organiser un évènement lors de la remise du label est un moment très fort : cela marque durablement la population locale. C’est extrêmement protecteur. C’est plus efficace que n’importe quel texte de règlementation ou d’interdiction. Aucun des arbres que nous avons labellisés n’a jamais été abattu par les hommes, sauf bien sûr, s’ils meurent de leur belle mort. Et même, dans ce cas, leur souvenir est-il souvent prolongé, par exemple, par la plantation d’un nouvel arbre au même endroit, ou par la sculpture de son tronc.
Nécessité absolue de protéger les arbres
Vous êtes à l’origine de la Déclaration des Droits de l’Arbre, en 2019. Que dit cette Déclaration ?
G. F. : La Déclaration correspond à la nécessité absolue de protéger les arbres en général, au-delà des seuls arbres remarquables. Le texte reprend l’esprit de la Déclaration des Droits de l’Homme. Aujourd’hui tout le monde est conscient des problème climatiques et de biodiversité et du rôle que jouent les arbres. Or les textes qui légifèrent sur les arbres remontent pour l’essentiel au code civil napoléonien pour lequel l’arbre est un objet au service des hommes et qui appartient à un propriétaire qui en fait ce qu’il veut. Cela ne correspond plus ni aux réalités, ni aux perceptions, ni à la nécessité de protéger les arbres. Notre déclaration repose sur deux idées principales : l’arbre est un être vivant et nous devons le respecter en tant que tel. Il convient de respecter son réseau racinaire, de l’élaguer avec précaution, de lui laisser suffisamment de place. Et finalement, le mieux, c’est qu’il n’y ait pas d’entretien, que l’arbre soit en totale liberté. C’est la meilleure façon de le protéger longtemps.
Que dites-vous aux conseils municipaux qui viennent d’être élus ?
G. F. : Nous proposons aux communes d’adhérer à la Déclaration par un vote en conseil municipal, non pas comme un élément contraignant mais comme un engagement philosophique. Dans le Grand Est, Nancy, Strasbourg… ont adhéré, ainsi que de nombreuses communes mosellanes. Le mot clé, c’est la fierté.
Vous espériez que cette Déclaration des Droits de l’Arbre débouche sur un texte de loi. Où en est-on ?
G. F. : Avec le CAUE (Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement) de Seine-et-Marne, nous avons revisité tous les textes de loi qui parlent des arbres. Certains relèvent du code de l’environnement, d’autres du code civil… Et pour chacun des articles, nous faisons des propositions d’améliorations raisonnables, que nous avons présentées à des parlementaires, dans l’espoir que le Parlement puisse toiletter ces textes en les adaptant au contexte et aux préoccupations du moment. Nous traitons principalement des arbres hors forêt, qu’ils soient urbains, ruraux, d’alignement…
Récemment, le Parc de Sceaux, dans les Hauts-de-Seine, a été obligé de restreindre l’accès aux cerisiers en fleur, devant l’afflux massif de visiteurs qui menacent le système racinaire du fait du piétinement. Finalement le risque n’est-il pas que l’arbre « remarquable » devienne « instagrammable », ce qui pourrait bien le menacer du fait de la surfréquentation ?
G. F. : Nous connaissons bien ces cerisiers du Parc des Sceaux, qui devraient être labellisés « arbres remarquables de France » à l’automne prochain. Ceci étant dit, sur les 1 200 arbres que nous avons labellisés en un peu plus de vingt ans, la surfréquentation ne concerne que trois ou quatre d’entre eux. D’un autre côté, si les cerisiers du Parc du Sceaux sont encore là, c’est bien parce qu’ils sont devenus célèbres et que donc des femmes et des hommes travaillent dur pour les entretenir et les protéger et pour que d’autres puissent venir les admirer. Le succès des arbres est le meilleur gage de leur pérennité.
Arbres remarquables entre Alsace et Lorraine
67 arbres remarquables sont labellisés en Alsace et en Lorraine. 11 en Meurthe-et-Moselle, notamment le cèdre d’Amance ; 5 dans la Meuse, notamment le chêne de la Côte Oyé, à Bonzée ; 13 en Moselle ; notamment l’orme éternel de Bettange ; 23 dans le Bas- Rhin, dont un très beau platane de la Petite France, à Strasbourg ; 6 dans le Haut-Rhin, dont les séquoias géants du Parc de la Forge de Wintzenheim ; 9 dans les Vosges, dont le hêtre tortillard, fau de Verzy, de Bains-les-Bains.
Comment un arbre devient-il « remarquable »
Les dossiers de candidature (description et photos) sont envoyés à l’association A.R.B.R.E.S. Un des membres du comité de labellisation ou un représentant local de l’association se déplace pour voir l’arbre. Le comité de labellisation délibère à la majorité.
Dans le cas où le label est attribué, une convention est signée entre le propriétaire et l’association. Le propriétaire s’engage à protéger, entretenir et mettre en valeur l’arbre. Il met en place un panneau de présentation de l’arbre signalant sa distinction. La remise du label fait l’objet d’une manifestation publique et médiatisée devant l’heureux et valeureux lauréat.
La labellisation facilite l’inscription des arbres au PLU ou dans un EBC (Espace boisé classé).
« Une audience nationale :
Dans sa chronique « Carnets de campagne », Dorothée BARBA, journaliste à France INTER, a donné la parole jeudi 26 mars 2026 à 12h30 à Benoît HARTENSTEIN, notaire, membre d’un groupe pluridisciplinaire, porté par le CAUE 77 et l’association ARBRES.
La prise en considération juridique des arbres urbains poursuit son chemin ! »