Pour commencer voudriez-vous nous parler un peu de vous et de votre parcours ?
Nicolas Tocquer : J’ai pris la direction de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg le 1er janvier 2026. Mon parcours de conservateur a débuté à Brest, où j’ai d’abord géré les collections patrimoniales avant de me voir confier un défi d’envergure : la construction de la grande médiathèque des Capucins. Ce projet, situé au cœur d’une ancienne friche industrielle de construction navale, m’a permis de piloter non seulement la médiathèque, mais aussi l’ensemble de la stratégie culturelle du site.
Par la suite, j’ai rejoint le monde universitaire pour diriger les bibliothèques de l’université de Bretagne occidentale. En parallèle, l’obtention d’un doctorat en aménagement de l’espace et urbanisme m’a ouvert les portes de la direction de l’INSPÉ (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation), un établissement que j’ai géré pendant cinq ans.
À l’issue de ce mandat, j’ai souhaité revenir vers mon cœur de métier. Comme mon fils fait ses études ici, cette opportunité de venir à Strasbourg a été comme une évidence. Mon profil repose aujourd’hui sur trois piliers majeurs : une expertise en conservation patrimoniale, une spécialisation en urbanisme et une expérience dans le pilotage d’établissements publics.
Comment définiriez-vous l’identité de la Bnu aujourd’hui ?
Nicolas Tocquer : Il serait un peu présomptueux de ma part de prétendre définir l’identité d’une bibliothèque dont les origines remontent à 1870 et ce en quelques mois de présence. Mais pour moi, la Bnu est tout d’abord un établissement patrimonial puisqu’elle conserve, dans ses murs, des collections majeures anciennes et contemporaines.
Elle est ensuite une bibliothèque européenne. Sa dimension européenne est extrêmement forte et c’est elle que je souhaite développer durant mon mandat de cinq ans.
Enfin, la Bnu représente un lien fort entre les sciences et la société. C’est comme cela que je la perçois aujourd’hui.
Quel est le volume des ouvrages présents à la Bnu ?
Nicolas Tocquer : Alors ça, c’est une question piège parce qu’en réalité personne ne le sait exactement et ça dépend de quoi on parle puisque la Bibliothèque conserve des ouvrages, bien entendu, mais elle conserve aussi des manuscrits, des fragments de manuscrits. Elle conserve aussi des tablettes cunéiformes, des ostraca c’est à dire des objets qui ont servi de support d’écriture, des fragments de poterie etc… Enfin, ses collections comprennent aussi des œuvres d’art, des estampes, des photographies ou des affiches. En général, on parle de 3,5 à 4 millions de documents, cela représente 77 à 80 kilomètres linéaires. La Bnu est ainsi un établissement de conservation patrimonial de premier plan à la fois en France et en Europe.
Pouvez-vous nous parler du nouveau projet d’établissement 2024-2028 ? Quels sont les grands axes de ce projet ?
Nicolas Tocquer : Ce projet d’établissement a été enclenché avant mon arrivée et il est vrai que celui-ci est dense. Mais je peux vous parler des différents axes sur lesquels nous travaillons avec les équipes. Il faut souligner que la Bnu est un opérateur de l’état dont le ministère de tutelle n’est autre que le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, donc notre public cible c’est le milieu académique c’est à dire les étudiants, les enseignants, les chercheurs de l’université de Strasbourg bien entendu mais plus largement l’ensemble de la communauté scientifique nationale. Comme je le disais plus tôt, elle fait le lien entre les sciences et la société. Elle est un lieu de savoir qui doit pouvoir éclairer le débat public, un lieu de ressources, d’analyse et de réflexion. Elle a donc vocation de rendre accessible à tous ce patrimoine documentaire. Justement dans ce domaine, elle a un devoir d’innovation qui met au cœur de son projet les nouvelles technologies en particulier les technologies liées aux outils d’intelligence artificielle. Ces technologies devant servir à la fois pour des tâches internes de traitement des collections ou des tâches de valorisation et de mise à disposition des collections auprès du public.
Un autre axe de ce projet consiste à développer le travail en réseau car une bibliothèque travaille forcément en lien avec d’autres bibliothèques que ce soit pour décrire les collections, échanger des données, échanger sur le traitement des collections ou sur la politique documentaire. Ce réseau se construit à la fois au niveau national mais aussi à l’échelle européenne voire internationale.
Ainsi, j’étais la semaine dernière à Prague pour la 34ème conférence annuelle d’EBLIDA qui est le bureau européen des bibliothèques et qui œuvre auprès des institutions européennes pour porter la voix des 70 000 bibliothèques européennes que représente cette association mais aussi des 100 millions d’usagers européens qui fréquentent ces bibliothèques. Comme je l’ai dit auparavant, la Bnu a une dimension européenne indéniable. Cette dimension réseau est importante pour les activités de recherche en sciences humaines et sociales puisqu’elles sont au cœur de nos collections.
Un autre axe et non des moindres est la recherche de ressources propres. Il nous faut à la fois développer nos ressources tout en travaillant, comme tout établissement public, sur une rationalisation de nos moyens et une recherche d’économie.
En quoi consiste le projet d’un Musée « d’Orient » ?
Nicolas Tocquer : Ce qu’il faut savoir est que ce projet est un peu un serpent de mer. Il remonte d’ailleurs aux années 60. Ce projet est porté par l’existence à Strasbourg de collections uniques ou quasiment uniques d’un ensemble de documents (tablettes, papyrus, etc…) provenant d’une aire géographique qui va du Proche-Orient jusqu’à l’Indus. Ces éléments provenant de fouilles archéologiques faites au 19ème et 20ème siècle sont conservés à la fois à la Bnu, à l’Université de Strasbourg ou dans les musées strasbourgeois. Dans ces années 60, l’idée a émergé de rassembler ces collections pour les mettre à disposition du public. À mes yeux, il est important d’insister sur le travail de fond qu’il faut accomplir pour décrire et faire l’inventaire de ces collections en lien bien entendu avec d’autres acteurs. Pour l’heure, il m’apparaît surtout important de mieux connaitre ces collections. Elles ont vocation à être présentées au public dans un espace muséal, mais ce chantier ne peut être engagé dans l’immédiat.»
La Bnu est un pilier documentaire central du réseau Eucor – Le Campus européen. Avez-vous des projets pour renforcer son intégration au sein de cet espace ?
Nicolas Tocquer : Tout d’abord, le réseau Eucor regroupe des universités et donc la Bnu n’est pas à proprement parler, membre de ce réseau. Elle l’est en tant que support de ces établissements. Il n’est pas exclu de développer des dynamiques avec les autres bibliothèques universitaires mais à ce stade, il paraît plus important de mieux faire connaître aux usagers des universités l’offre documentaire proposée sur le territoire couvert par Eucor. La Bnu a également un rôle à jouer en tant qu’incubateur de projets en sciences humaines et sociales. Nombre de nos conservateurs sont titulaires de doctorat. Il y a donc des compétences scientifiques fortes chez nous que nous devons mettre en valeur et exploiter dans le cadre de ce réseau Eucor.
À l’heure de l’intelligence artificielle et de la numérisation massive, quel rôle joue l’espace physique de la bibliothèque ? Quel est le taux d’occupation des salles de travail ? Avez-vous la volonté de le développer ou au contraire de privilégier la consultation des ouvrages par internet ?
Nicolas Tocquer : En fait, il faut développer les deux approches. Jamais la Bnu n’a été aussi fréquentée, nous sommes sur des chiffres qui dépassent les 700 000 entrées annuelles, on est en moyenne à plus de 2 000 entrées par jour. La Bnu, telle qu’elle a été pensée et repensée dans le cadre du chantier mené par Nicolas Michelin il y a 12 ans, est une réussite, c’est un lieu inspirant, c’est un lieu de sociabilité. On parle maintenant souvent de tiers lieu qui est devenu un terme un peu galvaudé mais le concept de « Third place », concept que l’on doit à Ray Oldenburg, désignait le café comme lieu de sociabilisation qui n’est ni le domicile ni le lieu de travail. Robert Putnam qui a repris ce concept à son compte, a associé le troisième lieu à la bibliothèque publique, la bibliothèque publique nord-américaine.
Comme nous le constatons, la Bnu est ce lieu où nombre d’étudiants se retrouvent, échangent, certains y passent même des journées entières. C’est pour cela que nous devons être attentifs aux conditions d’accès, aux horaires, au confort des usagers. Toutes ces choses qui rendent le lieu agréable, attractif, confortable, et donc intellectuellement inspirant. Ainsi la bibliothèque comme lieu physique a encore de belles années devant elle et s’agissant du volet numérique, l’un n’empêche pas l’autre.
Il existe une bibliothèque numérique qui s’appelle Numistral, interfacée avec Gallica et qui a pour objectif de numériser et de porter à la connaissance du public les collections patrimoniales de la Bnu. Nous travaillons sur la dématérialisation des collections, sur la numérisation du patrimoine, et sur des outils qui nous permettent d’y accéder facilement, notamment grâce à des outils d’intelligence artificielle.
Utilisez-vous ou est-il prévu de développer un outil d’intelligence artificielle pour organiser les fonds documentaires ? ou pour la recherche en ligne ?
Nicolas Tocquer : Il faut noter tout d’abord que le mot intelligence artificielle est apparu dans le langage courant il y a très peu de temps en réalité, mais au fond, l’intelligence artificielle existe depuis un certain nombre d’années, depuis au moins les années 50 en tant que discipline scientifique. D’ailleurs, le prochain numéro de la revue de la Bnu portera sur l’intelligence artificielle, sur les intelligences artificielles. Ce terme désigne plutôt pour le grand public les outils d’intelligence artificielle générative permettant d’interagir en langage naturel avec un outil informatique. À la Bnu, ces outils d’intelligence artificielle existent depuis quelque temps, mais il y a une accélération du phénomène et dans tous les cas des perspectives intéressantes en matière de production automatique de métadonnées, c’est-à-dire de descriptions de collections. Par exemple, l’intelligence artificielle à travers des trains de numérisation, des outils de reconnaissance optique de caractère et des outils d’indexation automatique peut permettre d’accéder à des contenus à travers l’utilisation du langage naturel. C’est à la fois un enjeu technologique mais aussi humain car cela signifie qu’il faudra former les agents, les bibliothécaires et les conservateurs à ces nouveaux outils.
Avec des millions de documents, la gestion des collections est un défi logistique permanent. Comment optimisez-vous la conservation tout en garantissant l’accès immédiat aux chercheurs ?
Nicolas Tocquer : En effet, la conservation est un défi gigantesque. Ce qu’il faut savoir, c’est que le chantier Bnu Nouvelle de 2010-14 a déjà permis de rationaliser et d’optimiser les espaces. L’aménagement des magasins de conservation a permis et facilité l’accroissement des collections. Mais nous arriverons dans un avenir prochain à saturation de nos magasins, et donc la question du stockage se posera inévitablement. Cela passe tout d’abord par la rationalisation des magasins actuels. Des travaux seront également à prévoir puisque la Bnu c’est le bâtiment place de la République, mais il y a aussi les bâtiments rue Joffre et rue Fischart. Pour l’heure le projet de transformation du bâtiment rue Joffre n’a pas abouti et le projet de silo de conservation mutualisé est actuellement à l’étude. Mais il faudra inévitablement se poser la question de l’optimisation de la conservation des documents qui, ne l’oublions pas, sont conservés à des fins de consultation.
La Bnu a un statut d’établissement public unique en France (Établissement Public à caractère Administratif sous tutelle du Ministère de l’Enseignement Supérieur). Comment gérez-vous cet équilibre entre les subventions de l’État et la nécessité de générer des recettes propres ?
Nicolas Tocquer : Près de 90% des recettes de la Bnu viennent, en effet, de l’État et donc de son ministère de tutelle, à travers notamment la subvention pour charge de services publics. Nous avons engagé des discussions avec notre tutelle, qui nous soutient beaucoup, pour renforcer ses apports et bénéficier d’une subvention pour charge d’investissement. On parlait des problématiques liées à la réfection des bâtiments. Pour l’instant, cette subvention pour charge d’investissement que touchent les universités n’est pas prévue pour la Bnu. Nous espérons que cela pourra se faire dans les prochaines années, d’où la mise en place d’un schéma pluriannuel de stratégie immobilière qui permettra de décrire les chantiers à prévoir et les investissements à réaliser. Mais les finances de l’État étant ce qu’elles sont, il nous faut nous ouvrir plus largement et développer les ressources propres.
Nous avons donc un travail à mener sur la tarification des événements, sur la location de certains espaces comme notre auditorium de 140 places ou notre salle d’exposition. La location d’espaces est un premier levier. Nous avons également un espace de restauration pour lequel nous recherchons un concessionnaire qui pourrait y trouver une activité rentable pour lui et profitable en termes de ressources complémentaires pour nous. Mais soyons clair, l’objectif final n’est pas la rentabilité en tant que telle. L’objectif est d’offrir le meilleur service public pour nos usagers. Ces ressources complémentaires doivent permettre d’envisager des projets d’investissement, des projets d’acquisition, des projets de restauration ou aussi des projets de recherche.
Un autre élément important est que nous souhaitons monter en puissance sur notre capacité à répondre à des appels à projet et notamment nous positionner sur des projets européens. Pour vous citer un exemple, le projet ReligiS portant sur le lien entre religion et société, projet porté par l’UNISTRA auquel nous sommes associés en tant que partenaire. Autre exemple, la Bnu s’est associée très récemment à un ensemble d’acteurs universitaires européens sous le pilotage de l’université de Karlsruhe, autour des bibliothèques comme lieux de formation. Tous ces projets ont un fort impact sociétal et permettent de développer des ressources propres, de tester de nouveaux outils et d’améliorer le service rendu aux usagers.
On peut penser que le coût des abonnements aux bases de données scientifiques est important. Comment la Bnu fait-elle face à l’importance de ces coûts ? Avez-vous des leviers pour négocier ces abonnements ? Une mutualisation ou une négociation collective (avec d’autres bibliothèques du Rhin supérieur) est-elle possible ?
Nicolas Tocquer : Il faut savoir qu’un certain nombre d’éditeurs académiques ont fait main basse sur la production scientifique mondiale depuis une cinquantaine d’années. Ensuite l’accès à ces articles scientifiques est refacturé aux universités qui les ont elles-mêmes produits… il est bien entendu que ce modèle est questionné depuis plusieurs années. La Bnu s’inscrit dans un mouvement « d’Open Access » mais ces questions stratégiques sont traitées à l’échelle nationale. Nous participons également à un groupement comme Couperin qui est une association qui mène des négociations pour l’accès aux bases de données avec ses éditeurs académiques.
Dans un contexte budgétaire contraint, comment priorisez-vous les investissements lourds (rénovation, numérisation, infrastructures informatiques) par rapport aux coûts de fonctionnement courants ?
Nicolas Tocquer : Comme je l’ai dit auparavant, nos marges de manœuvre en matière d’investissement sont très faibles. Notre ministère de tutelle est attentif et nous soutient quand il faut intervenir de manière urgente mais c’est justement ça qu’il va falloir éviter à l’avenir. Il faut que nous puissions anticiper et prévoir les investissements à faire d’où cette stratégie pluriannuelle d’investissement. Même si le nouveau bâtiment a été livré il y a une douzaine d’années, mais douze ans, c’est à la fois court et long. De nouveaux investissements vont être à prévoir et, pour moi, la sécurité des biens et des personnes est la priorité. En ce moment même un diagnostic est en train d’être mené sur les 3 bâtiments afin de définir les chantiers prioritaires. Comme nous l’avons déjà évoqué, la question de la conservation des documents est un autre enjeu et il est vrai qu’il est difficile de mobiliser des investisseurs privés sur ces questions.
La Bnu est un lieu d’expositions. Comment choisissez-vous les thématiques pour qu’elles parlent à la fois aux « érudits » et au grand public ?
Nicolas Tocquer : Les expositions sont choisies plusieurs années en amont car une exposition nécessite beaucoup de temps. Le visiteur ne s’en rend pas forcément compte, mais une exposition requiert de choisir des oeuvres, d’identifier des contributeurs pour produire des articles scientifiques. Dans ce cadre, cela suppose des accords avec des partenaires, des musées ou d’autres bibliothèques. Il y a ensuite tous les aspects logistiques pour convoyer les oeuvres, les assurer, bref, énormément de tâches techniques, administratives et scientifiques qui imposent une grande anticipation.
Les thématiques choisies tiennent compte, bien entendu, des commémorations nationales, comme par exemple l’exposition Malraux ou l’exposition Cassin ou des spécificités de nos collections. Mais le choix peut être dicté par l’envie de traiter une thématique, comme la bande dessinée, par exemple, par des opportunités ou des suggestions de partenaires. Enfin, ce choix peut s’inscrire dans un événement spécifique comme Arsmondo.
Quel est le «trésor» méconnu de la bibliothèque que vous aimeriez davantage mettre en lumière auprès des Strasbourgeois ?
Nicolas Tocquer : Au fond, le trésor c’est la Bnu dans son intégralité et ce n’est pas de la langue de bois. C’est une bibliothèque dont l’histoire est extrêmement émouvante. La bibliothèque a été reconstruite de ses cendres. En effet, après sa destruction en 1870, les fonds ont été reconstitués après un appel aux dons lancé dans le monde entier. De très nombreux pays ont répondu à cet appel si bien que nos collections sont issues de nombreux pays européens et au-delà. Pour moi, le trésor de la Bnu, c’est cet ensemble qui est à la fois hétéroclite et cohérent, puisqu’il reflète l’histoire intellectuelle, politique, culturelle, sociale de l’Europe et même du monde.
Ce qui m’a le plus marqué, je crois, depuis mon arrivée, c’est la venue régulière de représentations diplomatiques. Ce sont les liens très étroits que nous entretenons avec tous les consulats, les ambassades et les représentations permanentes auprès du Conseil de l’Europe. Par exemple, l’exposition René Cassin, qui se tient en ce moment, a donné lieu à un partenariat très fort avec la Fondation René Cassin et avec la Cour européenne des droits de l’homme.
Ainsi, pour moi, le trésor, c’est également le rôle que la Bnu joue en tant qu’instrument au service de la diplomatie européenne. Et dans un monde qui est profondément bouleversé et ou la liberté de paroles des journalistes, des scientifiques est remise en question et quand l’accès à l’information est en danger, la Bnu est un trésor car elle joue ce rôle de phare dans une période relativement sombre pour nos démocraties.
Pouvez-vous nous parler des actions de mécénat mises en place par la Bnu ? C’est la Fondation de l’Université et des Hôpitaux universitaires de Strasbourg qui collecte les dons pour la Bnu, pourquoi ce n’est pas la Bnu elle-même ?
Nicolas Tocquer : Tout d’abord, je considère que la frontière entre service public et secteur privé est poreuse. Souvent, on oppose les deux. Mais pour moi, le secteur privé, bien souvent, contribue à l’accomplissement du service public. C’est une position peut-être un peu étrange de la part d’un fonctionnaire, mais je crois qu’un chef d’entreprise, lorsqu’il accueille dans ses équipes des personnes, par exemple, en situation de handicap fait œuvre de responsabilité sociale et sociétale. Et donc, il contribue à l’insertion, à l’intégration, à l’inclusion.
Ainsi, cela m’amène à dire aux entreprises, quelles que soient leur taille, qu’elles ont leur place dans notre structure et que des partenariats sont toujours possibles. Cette politique de mécénat vient de cela et dans la continuité de mon prédécesseur, je souhaite poursuivre cette politique active. La Fondation de l’université et des hôpitaux de Strasbourg a pour mission d’accompagner les établissements publics que sont l’université d’un côté, les hôpitaux de l’autre, ainsi que des partenaires comme la Bnu. Pour nous, c’est très précieux parce que c’est un outil qui donne de la visibilité à la Bnu, et qui complète ce que l’établissement a pu faire et peut faire en matière de mécénat.
Un exemple est l’opération de restauration d’un manuscrit persan du 15ème siècle en partenariat avec la Fondation AG2R La Mondiale pour la vitalité artistique, complété par la Fondation Université de Strasbourg. Ce soutien peut être également un mécénat de compétence comme le Groupe Schmidt qui nous aide à repenser certains espaces du bâtiment de la place de la République.
Nous essayons donc de sensibiliser les entreprises sur l’intérêt qu’elles ont à nous soutenir. Cet intérêt est évidemment financier par les crédits d’impôt mais le point de départ du mécénat est aussi la fierté éprouvée par certaines entreprises quand elles s’impliquent dans une opération comme la restauration d’un manuscrit ou la participation à une exposition.
Avez-vous des mécènes récurrents ou plutôt des mécènes ponctuels selon les projets à soutenir ? Cherchez-vous à séduire de grands donateurs européens, au-delà du mécénat purement local ?
Nicolas Tocquer : Le mécénat est plutôt ponctuel car basé sur des projets. On peut avoir du mécénat récurrent mais ce n’est pas le modèle le plus courant. Il s’agit surtout de projets identifiés et qui vont attirer le regard des mécènes. Notre objectif est de travailler avec l’équipe de direction à des projets phares permettant à des mécènes de s’y reconnaître, de s’identifier, de se projeter et d’y trouver du sens. Même si notre activité s’inscrit dans le droit français, rien ne nous empêche d’élargir le spectre à l’Europe. Nous travaillons avec la Fondation qui nous permet de nous faire connaitre localement mais nous avons la volonté de développer avec elle un réseau d’entreprises et de particuliers...
Un dernier mot pour conclure ?
Nicolas Tocquer : Comme je l’ai dit en introduction, Strasbourg a la grande chance de disposer d’une telle bibliothèque qui est un lien entre la France et l’Allemagne. N’oublions pas qu’elle fut une bibliothèque impériale avant de devenir une bibliothèque nationale. Pour moi, faire de la bibliothèque nationale une bibliothèque européenne c’est porter haut les couleurs de l’Europe. C’est peut-être un peu incantatoire, je le sais, mais unis dans la diversité c’est la devise de l’Union Européenne et ça pourrait aussi être la devise de la Bibliothèque Nationale et Universitaire.