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Interview Paru hier
DGFIP : au chevet des entreprises du Bas-Rhin

Entretien avec Laure Collignon, Responsable de la Mission Accompagnement des Entreprises dans le Bas-Rhin

Depuis 2024, la Direction régionale des Finances publiques du Bas-Rhin déploie une cellule, entièrement dédiée à l’accompagnement des entreprises locales. Cette structure mise sur la détection précoce, le conseil personnalisé et la médiation pour offrir un second souffle aux structures en difficulté. Rencontre avec Laure Collignon, Responsable de la Mission Accompagnement des Entreprises dans le Bas-Rhin, qui nous livre le bilan de ses actions et ses conseils aux chefs d’entreprise.

Comment définiriez-vous la « Mission Accompagnement des Entreprises » ? Est-ce un rôle de détection, de conseil ou de médiation ?

Laure COLLIGNON : Notre directeur régional souhaitait mettre en place cette cellule d’accompagnement avec un interlocuteur unique pour les entreprises qui ont soit des questions sur le plan fiscal soit des difficultés économiques et financières.

Si cette cellule est spécifique au Bas-Rhin depuis 2024, il y a d’autres directions régionales qui ont depuis reproduit ce schéma. Il faut bien comprendre que le service d’accompagnement fiscal existe dans de nombreuses régions mais l’idée, ici, était d’avoir cette cellule dédiée qui ait une fonction spécifique au service des entreprises. Il s’agit également qu’elle soit bien identifiée auprès de tous les partenaires avec qui nous travaillons tout au long de l’année.

Nous sommes donc présents dans ces 3 domaines. Tout d’abord la détection qui est un des enjeux majeurs comme beaucoup de partenaires qui aident les entreprises en difficulté car, nous ne le dirons jamais assez, plus tôt les problèmes sont détectés, mieux nous pouvons essayer de les résoudre.

Nous avons également un rôle de conseil, à la fois pour orienter le dirigeant vers le bon partenaire mais aussi pour le conseiller en matière fiscale bien entendu. Cette notion d’ailleurs est plutôt novatrice car l’administration fiscale n’est pas forcément connue pour cela.

Enfin, nous pouvons être des médiateurs en cas de blocage avec un de nos services ou un autre créancier public. Nous faisons le lien et nous essayons de rétablir le dialogue. Cela ne veut pas dire que nous trouvons toujours la solution mais quand il est possible de recréer le lien, cela aide parfois à débloquer des situations.

La détection précoce est-elle votre priorité ? Quels sont les indicateurs ou les signaux faibles qui vous alertent sur les difficultés d’une entreprise avant même qu’elle ne vous sollicite ?

Laure COLLIGNON : Effectivement, la logique voudrait que les entre­prises en difficulté nous sollicitent d’elles-mêmes. Pour cela, encore faut-il qu’elles aient pris conscience de leur situation et qu’elles fassent la démarche de nous contacter.

Si certains dirigeants nous sollicitent spontanément, nous menons en parallèle un travail proactif de repérage des signaux faibles. Nous nous appuyons pour cela sur un outil prédictif national qui croise les données de la Banque de France, de l’URSSAF et de la DGFIP. Cet algorithme évalue les risques de défaillance à un horizon de 18 mois. Les indicateurs surveillés incluent notamment l’analyse des liasses fis­cales, l’évolution du résultat d’exploitation ou les découverts bancaires signalés. Ce recoupement d’informations nous permet d’anticiper et de prendre l’initiative du contact avec des entreprises qui n’ont pas toujours cette vision à moyen terme.

Ces situations sont ensuite examinées lors du CODEFI (Comité Dépar­temental d’Examen des Problèmes de Financement des entreprises), une instance trimestrielle co-présidée par le Secrétaire général de la préfecture et le Directeur Régional des Finances Publiques. Réunissant les autorités préfectorales et les différentes administrations concer­nées, ce comité partage les informations en toute confidentialité afin de déployer l’action d’accompagnement la plus adaptée.

Afin d’illustrer l’importance accordée à l’aide aux entreprises, le Comité départemental d’accompagnement et de soutien des entreprises en difficulté se réunit deux fois par an sous l’égide du préfet. Rassemblant les membres du CODEFI et l’ensemble des partenaires économiques, ce comité permet de faire le point sur l’activité du territoire. Les échanges y portent sur des données générales et macroéconomiques, plutôt que sur des situations particulières.

Comment rassurez-vous les dirigeants qui craignent que «se dévoiler» à l’administration fiscale ne déclenche un contrôle ?

Laure COLLIGNON : Il faut bien comprendre que notre démarche vise avant tout à accompagner les entreprises face à leurs difficultés économiques et financières. À ce titre, l’ensemble de nos échanges avec le dirigeant reste strictement confidentiel et s’effectue en totale étanchéité avec les services de contrôle.

Cela étant, le véritable défi pour ces entreprises réside moins dans la crainte d’un contrôle que dans la levée des freins psychologiques, qui empêchent parfois un dirigeant d’admettre ses difficultés et d’accepter de l’aide.

Comment sensibilisez-vous les dirigeants sur l’importance d’anticiper leurs difficultés fiscales avant que la situation ne devienne critique ?

Laure COLLIGNON : Cette démarche de sensibilisation s’inscrit dans le moyen et long terme, ce qui explique notre forte implication auprès des acteurs locaux. Notre partenaire privilégié est, bien entendu, l’Ordre des Experts-Comptables, dont les membres accompagnent le quotidien des entreprises.

Plus largement, nous mobilisons tout l’écosystème territorial : l’Ordre des avocats, les chambres consulaires, les réseaux patronaux, les fédé­rations professionnelles, les tribunaux et les collectivités. Concrètement, nous participons chaque année à une vingtaine d’événements (salons, conférences, forums) pour faire rayonner notre action.

En parlant d’action justement, quel est le rôle du Conseiller Départemental aux Entreprises en Difficulté (CDED) ? Comment se déroule concrètement le premier rendez-vous avec un dirigeant ?

Laure COLLIGNON : Bien qu’il s’agisse de sa dénomination la plus récente, ce rôle a été initié durant la crise sanitaire pour offrir aux entreprises un interlocuteur unique et de proximité, joignable en ligne directe dans chaque département. Face à l’utilité du dispositif, la mission a été pérennisée après la crise.

À l’instar de nos autres services, ces échanges sont strictement confi­dentiels et couvrent un large éventail de problématiques, bien au-delà de la simple fiscalité. Le conseiller propose des solutions adaptées et oriente l’entreprise vers nos différents partenaires.

Si une dette fiscale est prise en charge directement en interne, d’autres situations pourront donner lieu à une orientation vers des structures comme l’Apesa en cas de détresse psychologique ou la Médiation du crédit en cas de difficultés de financement.

Quelles sont les premières étapes de l’audit ou du diagnostic réalisé par vos services ?

Laure COLLIGNON : À proprement parler, il s’agit d’un diagnostic né d’un véritable échange avec l’entreprise. Basé sur les éléments transmis par le dirigeant, ce travail collaboratif permet de cerner précisément son secteur d’activité, sa taille et son fonctionnement, afin de mieux appréhender ses difficultés et ses besoins.

Nous analysons également les leviers déjà actionnés pour remédier à ces freins, notamment en matière de trésorerie, souvent critique. Notre mission d’accompagnement reste claire : soutenir l’activité et préserver l’emploi. Ensemble, nous essayons de déterminer les perspectives d’avenir et de rebond. Cette vision globale nous permet alors d’évaluer si les difficultés sont conjoncturelles ou structurelles, et d’adapter nos propositions en conséquence.

Quels sont les principaux dispositifs que vous pouvez activer pour une entreprise en difficulté et quel est le poids de la CCSF (Commission des Chefs de Services Financiers) dans votre processus ?

Laure COLLIGNON : Globalement, deux cas de figure se présentent. S’il s’agit d’une dette fiscale ou sociale d’un montant modéré, une solution peut être négociée directement avec le créancier. On propose alors un échéancier de 3 à 12 mois maximum, en contrepartie de garanties.

Si la situation est plus complexe, associant plusieurs types de dettes (fiscales et sociales) pour des montants plus conséquents, nous sollici­tons la CCSF (Commission des chefs de services financiers). Cela permet de regrouper l’ensemble des dettes publiques et de proposer un plan de remboursement pouvant aller jusqu’à 36 mois, avec d’éventuelles demandes de garanties. Pour les autres typologies de dettes, nous pouvons orienter le dirigeant vers des structures d’accompagnement comme le GPA (Groupement de prévention agréé) par exemple.

La CCSF joue donc un rôle important dans ce soutien aux entreprises. Toutefois, il faut souligner qu’un retard dans le versement des parts salariales ou du prélèvement à la source, ou encore un défaut de déclarations, constitue un motif de rejet par la commission.

Enfin, lorsque tous les voyants sont au rouge, nous invitons d’abord le dirigeant à faire le point avec son expert-comptable. Si la situation est compromise, nous lui conseillons de contacter les cellules de prévention des tribunaux. Sans s’engager immédiatement dans une procédure collective, cette démarche auprès des juges consulaires permet au chef d’entreprise de se préparer psychologiquement à une issue plus radicale. À ce sujet, nous avons d’ailleurs récemment reçu la compagnie des juges consulaires afin d’échanger et de mieux comprendre le rôle de chacun.

Existe-t-il des spécificités propres à la région Grand Est ou au département du Bas-Rhin en termes de typologie de difficultés rencontrées par les entreprises locales ?

Laure COLLIGNON : Bien que ces difficultés se retrouvent à l’échelle nationale, les tensions dans l’industrie et la construction s’avèrent ici particulièrement fortes. Le secteur des transports subit quant à lui les répercussions de la crise au Moyen-Orient. À ces facteurs s’ajoutent, spécifiquement pour notre région, les enjeux transfrontaliers. À l’in­verse, les dernières données de l’INSEE traduisent une conjoncture plus favorable pour l’hôtellerie-restauration, portée par le dynamisme touristique de notre territoire.

Quelles sont les principales barrières, psychologiques ou administratives, auxquelles vous faites face lorsque vous essayez d’aider une entreprise ?

Laure COLLIGNON : Pour moi, le premier frein est clairement psycho­logique. On le constate régulièrement : récemment, un atelier que nous devions animer pour une fédération professionnelle a été annulé, faute d’inscrits. Il est toujours difficile pour un dirigeant de reconnaître les fragilités de son entreprise, qui est souvent sa propre création. De plus, on sait que les difficultés professionnelles impactent directement la vie personnelle, ce qui freine d’autant plus la prise de conscience.

Le second frein est d’ordre organisationnel. Pour diagnostiquer une crise, il est indispensable de s’appuyer sur des outils de gestion fi­nancière, un pilotage de l’activité et un prévisionnel. Or, ce n’est pas toujours le cas. Débordé par son quotidien et le développement de son business, le chef d’entreprise passe à côté de ce pilotage, qui est pourtant la clé pour anticiper et y voir clair.

C’est là que l’expert-comptable joue un rôle pivot. Grâce à la relation de confiance qu’il entretient avec le dirigeant, il dispose de la légitimité nécessaire pour lui tenir un langage de vérité.

Pouvez-vous partager, sans citer de noms bien entendu, un exemple de «success story» où l’intervention de votre mission a permis de sauver une entreprise locale qui semblait dans une impasse ?

Laure COLLIGNON : Il s’agissait d’une PME dans le secteur de la re­cherche confrontée à de graves difficultés de trésorerie, combinant des dettes publiques et une créance bloquée. L’État lui devait en effet de l’argent, mais la procédure d’indemnisation était figée car l’entreprise ne fournissait pas les justificatifs adéquats. Face à cette accumulation de difficultés, la structure envisageait un dépôt de bilan.

Dans le cadre de notre mission d’accompagnement, nous sommes intervenus à plusieurs niveaux. Concernant la dette publique, nous avons mis en place un plan de règlement via la CCSF afin de redonner de l’oxygène à l’entreprise. À propos de la créance bloquée, nous avons contribué à renouer le dialogue avec le service instructeur pour déblo­quer le dossier. Si la démarche ne garantissait pas une issue positive, elle a ici permis d’obtenir un remboursement partiel mais rapide, ce qui était la priorité. Enfin, pour la trésorerie, la mise en relation avec la Médiation du crédit a permis un accompagnement bancaire.

Combien d’entreprises en 2025 ont pu bénéficier de votre aide ? Quel est le volume sur le 1er trimestre 2026 ?

Laure COLLIGNON : En 2025, 168 entreprises ont bénéficié d’un ac­compagnement. Depuis le début de l’année, nous avons reçu 35 sol­licitations (contre 325 en 2023, au plus fort de la crise énergétique).

Pour ce qui est de la CCSF, 31 entreprises ont bénéficié d’un plan de règlement, et 47 plans sont toujours en cours depuis fin 2025. De plus, 8 plans ont déjà été accordés au cours du premier trimestre 2026.

Comme vous le voyez, notre structure s’adapte en permanence : nous constatons actuellement une recrudescence des demandes liée à l’évolution du contexte géopolitique.

Quelles évolutions sont prévues ou à prévoir, selon vous, pour améliorer encore ce service aux entreprises ?

Laure COLLIGNON : Sur ce point, l’outil de détection que je vous ai mentionné évolue constamment, et notre direction fait partie de celles qui en expérimentent les nouveautés. Grâce à nos retours d’expérience, le système est perfectionné en continu afin d’accroître la fiabilité et la précocité de la détection des signaux faibles.

Un autre aspect qui nous tient particulièrement à coeur concerne la relation avec les partenaires économiques du territoire. L’objectif est de renforcer notre connaissance mutuelle et, surtout, de mieux faire valoir nos services pour gagner collectivement en efficacité.

Enfin, concernant l’administration elle-même, l’enjeu est de simplifier, fluidifier et accélérer les démarches des entreprises. C’est un sujet qui fait consensus, mais qui dépasse largement le cadre de notre seule mission.

En conclusion : Si vous aviez un seul message à transmettre aux chefs d’entreprise qui traversent actuellement une passe difficile, quel serait-il ?

Laure COLLIGNON : Comme je l’ai évoqué, il est essentiel que le chef d’entreprise anticipe et nous contacte dès qu’il en ressent le besoin. Plus les solutions sont mises en place tôt, plus elles sont simples et moins elles se révèlent contraignantes.

Votre entreprise rencontre des difficultés économiques et financières ?

La conseillère départementale aux entreprises en difficultés vous accompagne :

Élodie MARTIN

Tél : 06 22 93 61 92

codefi.ccsf67@dgfip.finances.gouv.fr

Pour des questions sur la fiscalité applicable à votre entreprise :

Laure COLLIGNON

Tél : 06 82 92 10 16

drfip67.accompagnement-fiscal@dgfip.finances.gouv.fr

La Rédaction