Interview Paru aujourd'hui
Christophe Caillaud-Joos, Directeur Général de Strasbourg Events

« Strasbourg sait accueillir de gros congrès »

L’année 2025 fut une très bonne année pour Strasbourg Events, qui gère le Palais de la Musique et des Congrès (PMC) et le Parc des Expositions (PEX). Avec trois locomotives : les congrès, les grandes expositions culturelles et la Foire Européenne. Revue de détail.

© Nicolas Roses

Dans votre communication, vous dites que 2025 a été la meilleure année impaire de Strasbourg Events. Pourquoi impaire ?

Christophe Caillaud-Joos : Parce qu’une année sur deux, nous pro­duisons Egast, le grand salon be to be de la gastronomie, qui attire énormément de monde : 25 000 visiteurs et un peu plus de 2 M € de chiffre d’affaires. Or 2025 étant une année sans EGAST, comme toutes les années impaires, nous ne pouvons donc pas la comparer avec les années paires : c’est la meilleure année sans Egast.

Et du coup quel est le bilan de 2025 ?

C. C.-J. : Le fait principal à retenir, c’est le gros investissement que nous avons fait sur les congrès nationaux et internationaux. C’est une activité qui connaît un fort développement dans notre industrie. Les congressistes ont toujours besoin de se voir physiquement et d’échan­ger des informations entre pays. Les résultats sont là, puisque nous sommes de mieux en mieux reconnus comme destination de congrès international. C’est très profitable pour la ville dans son ensemble, dans la mesure où les congressistes dépensent beaucoup d’argent sur place. En septembre 2026, nous organiserons d’ailleurs un énorme congrès d’imagerie médicale, le MICCAI, qui devait initialement se tenir à Abu Dhabi, et qui, du fait de la guerre au Moyen-Orient, a dû trouver une autre destination. Nous sommes très fiers que les orga­nisateurs aient retenu Strasbourg : nous étions en concurrence avec Barcelone ou Vienne. Nous attendons 2 000 congressistes. Les congrès représentent près de 60 % de notre activité. Par ailleurs, nous avons beaucoup misé sur la culture, en organisant de grandes expositions populaires, comme Van Gogh, avec près de 100 000 visiteurs : cela a très bien fonctionné. Sur le même modèle, nous préparons avec notre partenaire belge, Tempora, une grande exposition sur le Titanic. Par ailleurs, ST-ART marche si bien que nous l’exportons à Rennes. Ces expositions culturelles sont pour nous la possibilité d’ouvrir les très belles salles du Palais de la Musique et des Congrès au grand public.

L’impact sur l’activité économique

On reproche à ST-ART de n’être qu’un salon régional.

C. C.-J. : J’ai remarqué que souvent les gens qui me disent ça ne sont jamais venus à ST-ART, ces dernières années. En 2025, nous avons ac­cueilli une soixantaine d’exposants venant de 8 ou 9 pays, qui ont vendu près de 600 oeuvres, et 13 000 visiteurs. À Strasbourg, contrairement à nos grands voisins suisses, vous pouvez vous acheter des oeuvres d’art contemporain à un prix relativement modique à partir de 400 € ou 500 €. Je préconise ce positionnement accessible et populaire.

Vous avez été distingués deux fois dans les classements internationaux. Quelle en est la signification ?

C. C.-J. : D’une part, le World MICE Awards nous a désigné, pour la troisième année de suite, comme étant le « Meilleur centre de congrès de France ». Et d’autre part, Strasbourg a également été lau­réate en mars 2026 du prix « Ville et Congrès de l’année - audience internationale » pour l’accueil du congrès SRS, référence mondiale en chirurgie robotique. Cela souligne notre savoir-faire dans l’activité des congrès. Nous savons accueillir de gros congrès. L’impact économique, notamment sur l’emploi, est très important. Cela ne veut pas dire que nous sommes parfaits : il y a encore beaucoup de points à améliorer.

Justement, que faut-il améliorer ?

C. C.-J. : Quand vous accueillez deux cent quarante évènements par an, le risque c’est l’habitude, alors que pour l’organisateur de l’évé­nement, c’est quasiment le moment de sa vie : il y travaille pendant des mois. L’habitude est notre pire conseiller. Nous faisons tout pour casser cette routine de l’accueil événementiel.

Vous dites que la Foire Européenne retrouve sa place parmi les meilleurs foires commerciales de France. Elle l’avait perdue ?

C. C.-J. : Nous avons fait un gros travail pour redonner ses lettres de noblesse à cette foire. Qu’elle soit commerçante, divertissante et curieuse. En 2025, la Foire Européenne a accueilli 141 000 visiteurs. Nous sommes revenus dans le top 10 des foires françaises.

C’est pas ringard la Foire Européenne ?

C. C.-J. : Non pas du tout. Si c’était ringard ni les 570 exposants, ni les 141 000 visiteurs ne viendraient. C’est à la fois populaire et pro­fessionnel.

Comment cette foire dite européenne s’ouvre-t-elle à nos voisins allemands ?

C. C.-J. : La foire d’Offenburg vient faire sa promotion à la Foire Européenne, et nous, nous faisons la même chose chez eux. Lors de la dernière édition, nous avons édité des guides ou des flyers en français et en allemand, afin que les visiteurs d’outre-Rhin ne soient pas perdus. Reste la problématique importante des exposants. Pour des raisons de réglementation douanière, si vous êtes exposant allemand, vous devez venir avec une fiche technique présentant les conditions générales de vente du produit que vous exposez rédigées en français. Cela ne paraît rien, mais les petites entreprises artisanales ou agroalimentaires ne sont pas équipées pour se payer ces frais de traduction. Malheureusement, la réglementation ne favorise pas l’accueil d’exposants allemands.

Quelles sont les perspectives pour 2026 et 2027 ?

C. C.-J. : Nous sommes confrontés, en 2026, à une conjoncture un peu plus compliquée. Les entreprises font moins d’événements. Nous nous attendons à une réduction des budgets événementiels après de très belles années, même, si nous avons en 2027 déjà de beaux rendez-vous.

© Bartosch Salmanski

Les réponses au rapport de la Chambre Régionale des Comptes sur le PEX

La Chambre Régionale des Comptes Grand Est a contrôlé, sur les exercices 2018 à 2024, la construction et la gestion du nouveau parc des expositions de Strasbourg (PEX). Ce contrôle a donné lieu à plusieurs observations.

Le surcoût de la construction de 86 à 120 M € ?

Christophe Caillaud-Joos : Nous étions en sortie de COVID. Le prix des matières premières a explosé. Il n’y a eu ni malfaçons ni malversations. Les commanditaires ont dû s’approvisionner en matériaux dont les prix avaient très fortement augmenté. Le rapport évoque également des demandes supplémentaires de l’exploitant : elles sont en réalité très faibles.

Le retard d’un an dans la livraison ?

C. C.-J. : Le PEX devait être livré à l’automne 2021. Je rappelle que nous étions en plein COVID. Il a été livré en septembre 2022.

La revente à perte des halls provisoires ?

C. C.-J. : Oui parce qu’il faut tenir compte de l’usure, qui fait perdre de la valeur au produit et des travaux en amont pour l’installation de ces halls, dont vous ne pouvez espérer plus de 50 % lors de la revente. Par exemple, la dalle en béton que vous construisez pour installer les halls, vous ne pouvez évidemment pas la revendre, donc c’est perdu.

Les tarifs de location trop bas proposés aux expositions culturelles ?

C. C.-J. : Quand vous louez à un évènement pour une journée, vous avez un prix à la journée. Mais quand vous louez pour 30 jours, vous ne multipliez pas ce prix par 30 jours, sinon vous ne vendez rien. En revanche, il est vrai que nous devons affiner notre grille tarifaire afin de mieux faire apparaître ces tarifs forfaitaires.

La redevance versée à l’EMS n’est pas suffisante ?

C. C.-J. : Nous nous inscrivons en faux contre cette affirmation. L’EMS et la Ville sont actionnaires à 51 % de la Société d’Économie Mixte. Elle partage avec les autres actionnaires les bénéfices de l’entreprise. Lors de la constitution de la société, il a été décidé que les loyers seraient peu élevés et que les actionnaires se rémunéreraient sur les bénéfices, qui sont conséquents.

Jean de MISCAULT