Comment l’Urssaf est-elle organisée en Alsace ?
Mathieu Fulleringer : Vous me permettrez de commencer par dire qui je suis. Je suis un élu. J’ai été élu à la présidence du conseil d’administration de l’Urssaf d’Alsace, qui compte 21 élus : ce sont des représentants du monde patronal et syndical et des personnalités qualifiées. Je suis moi-même issu de la CPME. Notre première mission est de collecter des contributions et des cotisations qui financent la protection sociale : chômage, maladie, vieillesse. En 2025, l’Urssaf d’Alsace a collecté un peu plus de 15 milliards d’euros auprès des cotisants qui sont les entrepreneurs individuels et les entreprises. J’insiste sur un point : j’ai été élu à l’unanimité des membres du conseil d’administration aussi bien par les voix de la CGT que par les voix du Medef. Cette unanimité exprime une vision commune : notre engagement pour le financement de la protection sociale. Notre sujet, c’est d’être efficient dans la collecte pour pouvoir alimenter la protection sociale. C’est ça notre job.
François Coullet : Pour bien préciser, l’Urssaf est un organisme privé chargé de mission de service public. Le conseil d’administration est paritaire. Les fonds que nous collectons en Alsace remontent à la caisse nationale des Urssaf et alimentent le financement de la protection sociale à l’échelle nationale. Je me permets aussi de préciser le montant de 15,13 milliards d’euros que nous avons collectés en 2025 : il est bien supérieur à ce que représenteraient les cotisations des seules entreprises alsaciennes, car nous collectons aussi les cotisations de très grands groupes nationaux.
Léger tassement de l’emploi salarié
Quelle est la situation de l’emploi en ce printemps 2026 ?
M. F. : En 2025, l’emploi salarié a baissé de - 0,7% dans le Haut-Rhin et de - 0,1% dans le Bas-Rhin. C’est donc un léger tassement de l’emploi salarié. Nous sommes bien dans un retournement de conjoncture. C’est une préoccupation pour nous, puisque ces emploi salariés constituent l’assiette des cotisations. Dans le même temps, de plus en plus de cotisants nous font part des difficultés qu’ils rencontrent pour payer leurs cotisations.
La conjoncture économique se dégrade. Comment se passe le recouvrement ?
F. C. : Les procédures collectives, les redressements judiciaires, voire malheureusement les assignations augmentent. Nous sommes amenés à accorder plus de plans d’étalement qu’auparavant.
Quelle est le montant de la fraude aux Urssaf ?
F. C. : Nous mettons beaucoup de moyens pour traquer le travail dissimulé. Qu’il s’agisse de travail dissimulé en tout ou partie. L’intelligence artificielle nous aide d’ailleurs beaucoup à détecter les fraudeurs. Ce qui explique que le montant des redressements augmente régulièrement, ainsi, du coup, que ceux du recouvrement. Car quand nous avons constaté la fraude, cela donne lieu à recouvrement, même si cela est très compliqué du fait de réseaux internationaux organisés dans la fraude. Une loi récente renforce encore nos moyens : c’est le dispositif de la solidarité financière. Un donneur d’ordre est aujourd’hui tenu pour responsable de la fraude de ses sous-traitants. C’est-à-dire qu’il doit s’assurer que ses sous-traitants ne pratiquent pas de travail dissimulé, en fournissant à l’Urssaf une attestation de vigilance.
M. F. : Pour un cotisant, le principe, c’est le déclaratif. C’est une relation de confiance. En contrepartie, l’Urssaf vérifie si les règles ont été appliquées sans erreur. Je précise d’ailleurs qu’il existe des voies de recours contre les contrôles qu’un cotisant estimerait infondés. Quand on parle de fraude, on parle de tricherie organisée et volontaire. Contre laquelle tous les partenaires sociaux sont fermement engagés : autant les représentants patronaux que les représentants des salariés, qui cotisent tous à la solidarité sociale. La fraude rompt le contrat social. Il faut être sans pitié pour la fraude.
F. C. : À l’échelle nationale, le montant total de la fraude aux Urssaf redressé, c’est un peu plus d’1,5 milliard d’euros sur 485,2 milliards de recouvrement. Par définition, ce qui reste dissimulé ne peut pas être redressé. En Alsace, en 2025, nous avons effectué 3 750 contrôles et actions de prévention ; les redressements on atteint 28 M €, dont 12,8 M € au titre du travail dissimulé. À mettre en face des 15 milliards d’euros collectés.
Le cercle vertueux de la communication
L’Urssaf consacre de plus en plus de moyens pour accompagner les cotisants dans une bonne compréhension de leurs obligations, notamment auprès des travailleurs indépendants ou des petites entreprises.
« L’information commence déjà auprès des porteurs de projets, c’est-à-dire avant même qu’ils soient immatriculés, donc en amont de la création, précise Marielle Prochocki, responsable de la communication et des partenariats à l’Urssaf Alsace. Nous passons pour cela par les réseaux associatifs ou France Travail, qui accompagnent les créateurs d’entreprise. Mieux les créateurs d’entreprise sont informés en amont, moins ils rencontreront de problématiques par la suite. Nous sommes également en contact très suivi avec des professions spécialisées comme les experts-comptables. Ce travail que nous réalisons toute l’année n’est pas forcément très visible, mais il a beaucoup d’effets. Nous intervenons même auprès des lycées ou des BTS pour sensibiliser les lycéens et les étudiants au fonctionnement de la protection sociale. C’est vraiment un cercle vertueux. »
Et le niveau de satisfaction client augmente. Avec un résultat très tangible : l’engorgement téléphonique aux standards est à la baisse.
Faits et chiffres
2 établissements à Schiltigheim et Mulhouse.
371 collaborateurs.
L’emploi en Alsace (décembre 2025) : 381 470 salariés dans le Bas- Rhin, 203 630 dans le Haut-Rhin.