- Les Affiches d’Alsace et de Lorraine : Pouvez-vous nous parler de vous ? De votre parcours ?
- Nicolas Péhau : « Je suis né en Nouvelle-Calédonie. Un peu par le hasard de la vie. Je pense que le côté insularité m’a beaucoup marqué. D’ailleurs, je possède une petite maison sur l’île de Groix, au large de Lorient, où je vais me réfugier chaque été. C’est une des îles les plus sauvages. Du reste j’ai été affecté à La Réunion entre 2021 et 2026 d’où je m’occupais aussi de Mayotte, un archipel qui était un sujet passionnant. J’ai beaucoup de regrets parce que je n’ai pas fait tout ce je voulais. Mayotte a été une très belle leçon. »
- Quelle leçon ?
- N.P. : « À mon départ de Mayotte, le journal de l’île avait repris une de mes expressions qui résumait mon sentiment : C’est dur de faire bouger les lignes. Je crois beaucoup à l’engagement. C’est le rôle d’un manager, il faut emporter la conviction des équipes. Il faut avoir une empreinte, une personnalité, et qu’en face vos partenaires jouent le même rôle. Or les politiques publiques sont aujourd’hui très partagées, avec la décentralisation, il y a une multiplicité de décideurs. Dès lors se pose la question, comment on va dans la même direction. Notre rôle modeste, à sa place, c’est parfois de dire, là vous n’allez pas dans la même direction. »
« Je crois à la magistrature d’influence »
- C’est un avis ?
- N.P. : « Cela peut être un avis. Il y a une autre notion que j’aime beaucoup : je crois à la magistrature d’influence. Je l’ai évoqué dans mon discours de départ à La Réunion. On produit des rapports de contrôle des comptes de la gestion, des rapports d’évaluation, c’est nouveau, mais les avis budgétaires, le préfet les suit ou ne les suit pas, et s’il ne les suit pas il doit motiver sa décision. On a cette ligne éditoriale. Il y a un second bloc : notre positionnement avec les autres acteurs. Les transmissions pénales, les déférés à la chambre du contentieux à la Cour des comptes, pour des affaires qui touchent à des infractions financières, une faute de gestion par exemple. C’est notre travail de les transmettre. Après, il y a le temps judiciaire qui est différent du nôtre. Différent de celui des médias. Je peux citer l’exemple du syndicat des eaux à Mayotte. L’eau est un sujet sensible dans l’archipel. Le signalement de la chambre des comptes remontait à 2018/2019, alors que le jugement n’a eu lieu qu’en 2026. Forcément le public a du mal à comprendre. Alors il y a ce premier bloc, caché que vous ne voyez pas forcément, l’autre petit bloc, c’est le fait que le code nous permet d’envoyer des communications administratives : j’aime beaucoup cet axe-là. Ce document n’est pas public. »
- Pourquoi ?
- N.P. : « Prenons le cas d’un contrôle d’une commune, d’un syndicat. Vous constatez un problème de régularité. On ne va pas aller au pénal, mais on demande de le régulariser. Ou bien plus typiquement sur le numérique. Si on trouve une faille dans un système numérique, on ne va pas le dire publiquement. On va écrire au préfet pour évoquer cette faille numérique. C’est un premier axe d’intervention, mais on n’en fait pas état publiquement. Pour terminer avec cette magistrature d’influence, ce sont les auditions avec les commissions de l’Assemblée nationale ou du Sénat, les rapports d’inspection. Pour Mayotte, par exemple, j’étais systématiquement auditionné par les instances qui portaient sur Mayotte, avant ou après Chido (ndlr : passage du cyclone Chido en décembre 2024), parce qu’ils voulaient avoir le point de vue de l’argent public. Quand vous êtes en audition, vous pouvez dire des choses. C’est différent d’un écrit. Toute cette magistrature d’influence, je compte bien la développer ici dans le Grand Est. Il faut tout de même le rappeler : dans notre société de la fonction publique, il faut mettre les gens devant leurs responsabilités. Si une chambre des comptes, qui est une juridiction, écrit à un préfet ou à un recteur, pour signaler un problème, ce dernier ne pourra pas dire après qu’il ne le savait pas. Alors qu’un rapport… il y en a tellement qu’on publie. Ce n’est pas évident. S’il y a un sujet sensible, il faut que moi je prenne mes responsabilités pour le signaler. »
« La révolution copernicienne du premier président »
- Est-ce que vous pensez que la Cour des comptes est une juridiction que nos concitoyens connaissent ? Qui leur est familière ? Est-ce qu’ils savent à quoi elle sert ?
- N.P. : « Non… Il y a plusieurs explications. La première : nous sommes sur des sujets très techniques. Un rapport d’analyse financière comme la dette publique, ou la filière nucléaire, c’est très technique. C’est compliqué. La deuxième, nous avons une question récurrente : on écrit pour qui ? En réalité on doit écrire pour tout le monde. Résultat, on est dans une difficulté éditoriale. Si j’écris trop simplement pour le grand public, le DGS va nous dire que ça ne l’intéresse pas, qu’il lui faut une analyse des écritures comptables. On a eu un premier président, Pierre Moscovici, qui a opéré une révolution copernicienne. Il a changé notre mode d’approche. La chambre fait une évaluation de la politique territoriale. C’est grâce à lui. Avant on ne le pouvait pas. Le rapport thématique est nouveau : c’était l’apanage de la Cour des comptes. Depuis 2022, les chambres ont le droit de faire des rapports thématiques. »
« Une certaine ouverture, une écoute »
- Il associe également les citoyens ?
- N.P. : « La plateforme de participation citoyenne est un axe nouveau. On en est à la cinquième campagne. La région la plus dynamique a été l’Occitanie, alors que ça n’a pas été un grand succès dans le Grand Est où il n’y a pas eu beaucoup de propositions. Mais j’ai un engagement moral, je ne peux pas ignorer une demande citoyenne, je dois la labelliser. Tous ces axes de réforme, mon prédécesseur les a mis en oeuvre. Je vais continuer à les amplifier. »
- Est-ce que ça rapproche la Cour des comptes des citoyens ?
- N.P. : « Nous devons opérer sur ces plateformes de participation une certaine ouverture, une écoute mais aussi une forme de sélectivité. On peut le faire à condition de s’expliquer. On a reçu une dizaine de lettres de maires nouvellement élus. Ils nous demandent un audit de la chambre sur les comptes, sur les recrutements. J’ai décidé d’appeler chaque maire au téléphone pour donner une explication, un écrit ce n’est pas suffisant. Il ne faut pas rester à distance. Il faut que la chambre aille sur le terrain. »
« Le monde bouge, change… on doit changer aussi »
- La Cour des comptes communique aujourd’hui davantage qu’à une certaine époque ?
- N.P. : « Cela dépend des personnalités. Il y a un rapport annuel qui tombe sur lequel elle communique. Pierre Moscovici a été nommé au moment du Covid et après les Gilets jaunes, il y a eu le grand débat national. À la Cour des comptes, on s’est réuni dans la grande chambre et nous avons épluché ce qui remontait de la base, de ces débats. On a essayé de comprendre pourquoi les gens râlent sur les questions d’argent public. On a décortiqué ces remontées. Cela nous a obligés à nous remettre en question. J’ai la conviction qu’aujourd’hui, les institutions publiques si elles veulent survivre doivent se remettre en question. Le monde bouge, change… on doit changer aussi. »
- Vous pouvez donner l’alerte ?
- N.P. : « J’en suis convaincu. Pour différentes raisons. D’abord parce qu’on est indépendant. On peut dire des choses librement. On est dans une société où il y a des contre-vérités, des manipulations, une accélération de l’information avec les réseaux sociaux. Les institutions indépendantes, qui sont en surplomb, possèdent une légitimité technique, et qui ont le courage de dire les choses, vont être gagnantes. Cela suppose que l’on soit incontestable sur nos procédures et nos valeurs. Nous ne sommes pas des élus qui ont la légitimité dans une démocratie. Nous avons une légitimité technique, elle sera acceptée si ce que nous disons est irréfutable. Pour l’être, il faut l’indépendance, la collégialité et la contradiction. »
- Bon nombre regrette que le rapport de la Cour des comptes ne donne pas lieu à des suites ?
- N.P. : « Il y a effectivement des rapports qui suscitent beaucoup de réactions mais pour autant ne donnent lieu à aucune suite. De fait, mais après le rapport ? Il y a la magistrature d’influence, ces fameuses communications, ces transmissions pénales, il faut avoir le courage de le faire. À La Réunion à Mayotte, nous étions la troisième chambre de France en transmissions pénales, après Paris et la chambre régionale de Lyon. »
- Êtes-vous assez nombreux à la CRC du Grand Est ?
- N.P. : « On est bien. Après c’est la qualité. Je demande de l’engagement pour avoir des résultats, pour être utile. Il nous faut du sens. »
- Vous parlez d’indépendance mais vous êtes nommés par l’État ?
- N.P. : « On est nommés par la première présidente de la Cour des comptes qui elle-même est nommée par le président de la République. Pour le Grand Est, nous étions 12 candidats. Il y eu un filtrage fait par le secrétaire général de la Cour des comptes qui est un magistrat, qui prête serment, avec le chef de la mission d’inspection permanente, qui contrôle les chambres. Les deux ont fait un premier tri et à la fin nous étions plus que trois, et la première présidente a décidé. Elle a dû justifier son choix devant un conseil supérieur où figurent des syndicats. »
« Je vais labourer le territoire »
- Qu’est-ce qui vous a attiré dans le Grand Est ?
- N. P. : « Pour être franc, je suis un homme de la mer, j’ai même créé un cours à Sciences Po sur la mer, c’est une passion. Je viens de la Cour des comptes, je suis porté sur l’État. J’ai voulu faire cette expérience à La Réunion, m’intéresser à l’argent public local. On y a traité peu de sujets maritimes. J’ai apprécié ce métier de présidence, de m’intéresser au territoire de plus près. Cela m’a tellement plu que je me suis porté à nouveau candidat, pour prendre une grande chambre. Le Grand Est, que je ne connaissais pas. J’ai fait mon service militaire à Colmar, je connais un peu la ligne bleue des Vosges. J’ai des souvenirs mémorables de Bitche, sinon, la famille de mon épouse est des Ardennes. Ici pour comprendre le territoire, il faut que je laboure le territoire. Bien sûr j’irai à la rencontre du préfet, des grands élus. Mais je compte voir d’autres acteurs. »
- Vous voulez aller vers les citoyens ?
- N.P. : « J’ai une approche intuitive. On est dans une société où il y a une crise de confiance. On se méfie de la parole publique. Derrière un être humain il y a trois figures : le citoyen, le contribuable, l’usager. Elles sont en difficulté derrière l’autre figure, le consommateur, qui domine. Si je prends le citoyen, il y a une désaffection : voyez les urnes. Si je fais des rapports sur la fiscalité, les politiques publiques, est-ce que je vais atteindre le citoyen ? Pas sûr. En revanche si je m’intéresse à l’usager : il paie son parking, il paie sa facture d’eau, sa facture d’électricité. Et il râle quand ça augmente, ne comprend pas. C’est sur ce terrain-là qu’on doit aller. On va décortiquer la facture et vous dire si c’est le juste prix. Là-dessus, on peut être entendu. »
- Quels sont les sujets qui dominent dans le Grand Est ?
- N.P. : « J’évoquerai d’abord, les enjeux de la frontière. On est sur l’un des territoires qui a le plus d’enjeux frontaliers. Mon prédécesseur a eu l’intelligence stratégique de se lancer avec nos collègues de Lyon, de Dijon, de Marseille sur une grande enquête en cours autour de l’impact des frontières et le travail ; mobilité, logement… Nous, avec le Luxembourg on est les premiers servis. La réalité est aussi géographique. Un magistrat doit être géographe. La deuxième chose, c’est la diagonale du vide. J’ai été inspiré par le livre de Jean-François Gravier « Paris et le désert français ». Comment on va être utile pour les communes rurales ardennaises ? Symboliquement, je vais appeler tous les maires. Je pense que l’on doit se renouveler dans notre façon de contrôler et de s’exprimer par rapport à ces territoires du vide. »
« Un projet de chambre avec des objectifs »
- Vous avez parlé dans votre discours d’un projet de chambre ?
- N.P. : « Je vais voir les principaux acteurs, en septembre je rassemble toutes les équipes, je présente mon diagnostic, l’état des lieux. Je propose à la première présidente, Amélie de Montchalin, une lettre de mission sur cinq ans avec des objectifs et des indicateurs chiffrés, sur lesquels je devrais tous les ans rendre compte. Avec mes équipes, on s’engage sur cette feuille de route. On va construire le projet de chambre, en trois ou quatre mois, à partir de groupes de travail en interne, en associant des gens de l’extérieur, pour aboutir à un document qui résume les actions à mener de 2027 à la fin de mon mandat. Ce sont des mandats de 5 ans. »
- Vous avez également évoqué dans votre discours d’intronisation, la fabrique de confiance. Vous pouvez nous l’expliquer ?
- N.P. : « La confiance, on en a tous besoin. La fabrique, cela renvoie à un processus, ça prend du temps, on peut se tromper. Il y a du travail. Les gens autour de moi seront au travail. »
- Mais aujourd’hui il y a un déficit de confiance ? Vous voulez la restaurer ?
- N.P. : « La restaurer dans ma modeste part. Je suis enthousiaste, pas naïf. Raymond Aron avait dit : « Il faut qu’on ait le pessimisme de l’intelligence, l’optimisme de la volonté. » Ma juridiction ne va pas rester comme ça, en surplomb. On rentre dans l’arène. J’aimerais bien un jour que le président de la Région m’invite devant la conférence territoriale de l’action publique, qui est une obligation créée par la loi Notre de 2015, que le préfet m’invite en CAR, comité d’action régionale, qu’il prenne un thème : Il prend l’eau ou la scolarité. J’ai des rapports sur le sujet. Je viens et j’explique, je passe des messages. Comme nous l’avons fait ici pour l’aéroport régional. (À lire dans un prochain article). »
- Est-ce que la chambre régionale des comptes doit être crainte ?
- N.P. : « Je n’aime pas trop le terme. Je pense en revanche qu’on peut aller un peu plus loin dans les rapports, dans l’investigation. Je n’attends pas de mes équipes qu’elles soient des shérifs de l’argent public. Un contrôle, au début, c’est une collaboration. On a une portée utile qui permet de corriger une irrégularité en cours de contrôle. Le terme « craint » ne convient pas. Mais ma main ne tremblera pas si je dois transmettre à des autorités, dans une logique de sanction. Soit au juge, il y a cinq cours d’appel dans le ressort judiciaire. Transmettre à des autorités nationales, par exemple celle de la concurrence. Ou de déférer à la chambre du contentieux à la cour des comptes. C’est encore une réforme de Pierre Moscovici. On a une chambre du contentieux, compétente sur dix infractions financières. Par exemple la non-production des comptes, ce qui peut arriver dans le secteur associatif. »
- Vous êtes des magistrats financiers ?
- N.P. : « Oui nous sommes des magistrats, nous sommes indépendants. Je suis responsable de la programmation, c’est mon plus grand pouvoir. »
- Votre rôle est d’améliorer la qualité de la dépense publique ?
- N.P. : « On ne veille pas seulement sur la qualité de la dépense publique, mais aussi sur l’augmentation des recettes. On contrôle le service de l’eau ou de l’électricité et on constate que le service est mal organisé, qu’il n’est pas vigilant sur le recouvrement. C’est un enjeu. Si la politique publique manque de lisibilité, elle perd son sens. Comment voulez-vous alors que l’usager adhère à la politique publique ? Notre rôle est de renouer le lien pour redonner du sens. De fait, si on s’intéresse à la restauration scolaire, au transport scolaire, à l’eau, à l’électricité, il faut que mes équipes soient au contact des usagers. Dans le même temps, je veux que ma collégialité soit diversifiée. Il me faut idéalement une conseillère du tribunal administratif, un magistrat judiciaire, un directeur d’hôpital, un ancien DGS de collectivité. Ils sont en détachement chez nous. Je suis justement en phase de recrutement d’un directeur d’hôpital. Mon objectif est d’augmenter la légitimité technique de la chambre. »
La cérémonie d’installation
Pour revenir sur la cérémonie d’intronisation du nouveau président de la chambre régionale des comptes Grand Est qui s’est déroulée le 21 mai dernier à Metz, nous avons relevé quelques extraits des discours de haute volée des principaux intervenants.
• Amélie de Montchalin, première présidente : « Les chambres régionales des comptes accompagnent les gestionnaires publics, éclairent les assemblées locales et informent les citoyens. Elles contribuent à faire vivre concrètement le principe selon lequel l’usage des deniers publics doit pouvoir être justifié, expliqué et amélioré. (…) La région Grand Est se caractérise par sa forte identité transfrontalière et sa vocation européenne. La CRC Grand Est en a fait une richesse institutionnelle. Elle a noué des partenariats avec les cours des comptes allemandes de Sarre, du Bade-Wurtemberg et de la Rhénanie-Palatinat. Je souhaite saluer l’action de Christophe Strassel. Je sais pouvoir compter, monsieur le président sur vos qualités humaines, votre expérience et votre sens du service public pour poursuivre et amplifier la dynamique engagée. »
• Philippe Buzzi, vice-président de la CRC Grand Est : « L’arrivée d’un nouveau président est toujours une étape marquante. Si les équipes continuent de contrôler, d’évaluer, de rendre des avis budgétaires, ce changement implique aussi une nouvelle orientation. Un président apporte avec lui ses méthodes, ses manies, comme vous aimez à la dire et surtout ses valeurs. Votre trajectoire, cher Nicolas, allie rigueur académique et exercice des responsabilités publiques, le tout assumé avec humanisme. C’est à vous qu’il appartient désormais de donner un cap à la CRC Grand Est pour les années à venir. Je sais que vous aurez à coeur d’en défendre les principes fondamentaux : l’indépendance, la contradiction et la collégialité consubstantiels à son action. Je sais, monsieur le président, que vous êtes attentif aux transformations de la société et aux attentes envers les pouvoirs publics. Vous avez à coeur de consolider ces évolutions et de développer au sein de notre collectif, la confiance et le devoir de délicatesse, désormais intégré à notre charte de déontologie, dans les relations professionnelles, avec les contrôlés et les justiciables, comme vous l’avez fait avec talent dans l’Océan Indien. »
• Paul Parent, procureur financier dirigeant le ministère public (CRC Grand Est) a évoqué dans son discours le siège de la CRC à Metz et brossé un portrait de la région Grand Est. « Le président Christophe Strassel a oeuvré très tôt pour que la salle d’audience héberge le portrait de François Barbé-Marbois. Les raisons de ce portrait, ici, valent quelques explications. Né à Metz, ambassadeur aux États-Unis sous l’Ancien régime, maire de Metz en 1795, François Barbé-Marbois fut ministre du Trésor public, c’est-à-dire ministre du budget de 1801 à 1806, puis à la création de la Cour des comptes en 1807, premier président de la nouvelle juridiction, fonctions qu’il a occupées pendant 27 ans. Il n’est ainsi pas nouveau, madame la première présidente, d’occuper successivement les fonctions de ministre des Comptes publics, de premier président de la Cour des comptes et d’imprimer sa marque par un long mandat. La juridiction a rejoint Metz en 2016 à la faveur de la création de la nouvelle région Grand Est. Elle était ainsi la seule chambre à déménager vers un nouveau site. » Il cite encore un homme politique qui symbolise le Grand Est, Robert Schuman, né au Luxembourg, devenu avocat à Metz, puis ministre des Finances, des Affaires étrangères puis de la Justice avant de se consacrer à la construction européenne.
• Nicolas Péhau, président de la CRC Grand Est : « Fort de cinq années de présidence sur des territoires singulièrement différents, j’ai retenu que les institutions publiques devaient évoluer sans pour autant renoncer à leurs valeurs. Elles doivent évoluer dans un contexte de méfiance ou de défiance. Une chambre régionale doit justifier de son utilité, en étant au plus près des territoires et des usagers (…) Le lien social le plus fort et le plus fécond dans une société est ce qui repose sur la confiance. Il faut des fabriques de confiance capables d’éclairer le débat public, encore faut-il être en mesure d’entendre le bon sens commun, les interrogations légitimes de celles et ceux qui sont des citoyens, des usagers ou des contribuables. Sachons déceler les fractures qui fragilisent le contrat social. Trouvons les meilleures solutions qui permettent d’y répondre. Portons-les sur l’espace public avec force de conviction. C’est ainsi que nous servons la République (…) »
Le Grand Est : 10% du bloc communal fragile
Paul Parent a ensuite évoqué le Grand Est. Le ressort de la chambre régionale des comptes comprend une région, 8 conseils départementaux, une collectivité à statut particulier, la Collectivité européenne d’Alsace, 5100 communes, 150 intercommunalités, 165 hôpitaux publics. L’ensemble de ces organismes représentent 33,6 milliards d’euros de dépenses. Les contrôles de la chambre régionale des comptes indiquent que la situation financière des communes et intercommunalités du Grand Est est aujourd’hui globalement préservée. Environ 10% du bloc communal présente une situation plus fragile résultant souvent de choix de gestion. Concrètement le bloc communal a perçu 10,4 milliards de recettes de fonctionnement et avait fin 2025 une trésorerie disponible d’environ 4 milliards d’euros offrant de réelles marges de manoeuvre. Si les communes et intercommunalités consacraient l’ensemble de leur épargne annuelle au remboursement de leur dette, celle-ci serait remboursée en 4 ans.
Vieillissement de la population
La situation financière des départements et de la CEA (Collectivité européenne d’Alsace) retient l’attention. En charge des politiques nationales de solidarité, le vieillissement de la population conduit à une augmentation dynamique de leurs dépenses qui ont atteint 5,4 milliards d’euros en 2025. Le niveau de leurs recettes est plus volatil, notamment en matière de droits de mutation à titre onéreux. La reprise du marché immobilier en 2025 est à court terme rassurante pour les départements. Leur capacité de désendettement s’étage dans le Grand Est, de 2 à 9 ans et leur trésorerie globale, fin 2025, était de 0,7 milliard d’euros.
Quant à la situation financière des établissements publics de santé du Grand Est, elle a été fragilisée par le Ségur de la santé et l’inflation contribuant à un découplage entre charges et recettes. Les hôpitaux de la région se distinguent par un taux de vétusté de leurs bâtiments et leurs équipements moindre que les moyennes nationales. Leurs indicateurs d’endettement sont inférieurs aux seuils d’alerte et les indicateurs de trésorerie sont également plus favorables que les moyennes nationales.
L’activité de la chambre
Rapportés aux effectifs de la chambre, 33,6 milliards de budget à contrôler représente 1,4 milliard d’euros par équipe de contrôle ou encore + 250 M€ par an dans le cadre d’une programmation pluriannuelle de 5 ans. Ces montants mettent en évidence les moyens raisonnables dont dispose la chambre face à un large portefeuille de contrôles.
Enfin le ministère public a recensé 190 signalements et demandes de contrôle reçus à la chambre en 2025 « ce qui témoigne des attentes en matière de transparence de la gestion publique de la part des usagers, de citoyens ou d’élus. »