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Interview Paru aujourd'hui
Création d’entreprise Circ à Saint-Avold

Guillaume Thomé : « On sent beaucoup d’intérêt pour notre projet sur le territoire »

Dans une interview aux Affiches d’Alsace et de Lorraine, Guillaume Thomé, directeur général de Circ France, fait le point sur l’avancée du dossier de création de l’entreprise de recyclage de textile à Saint-Avold en Moselle. Entre-temps, ce projet a eu les honneurs du sommet Choose France à Versailles où Circ a annoncé le dépôt de sa demande d’autorisation environnementale.

Guillaume Thomé directeur général de Circ France.

- Les Affiches d’Alsace et de Lorraine : Est-ce que votre projet avance concrètement ?

- Guillaume Thomé : « Nous avons fait cette conférence de presse un an après l’annonce de notre projet. C’était important de faire le point sur ce dernier, sur les progrès réalisés depuis un an. De fait, il y a eu entre-temps beaucoup de travail peu visible sur les études. Là nous avons adapté le projet aux réalités du terrain des anciennes cokeries de Carling où il sortira de terre. Nous avons intégré un certain nombre de contraintes. L’exemple le plus parlant : il y a un an lors de l’annonce de ce projet très innovant, nous évoquions le rejet d’un million de m3 d’eau par an. Il se trouve que la rivière locale est très fatiguée par plus de 100 ans d’opérations industrielles. On a dû reprendre notre conception et arriver sur une usine qui ne va pas rejeter d’eau dans l’environnement. Nous travaillerons sans rejet, en boucle fermée. Nous construirons une usine de traitement de l’eau dans l’usine. On est convaincu que la solution que nous apportons est acceptable. C’était un élément majeur. Cela nous permet d’avancer très vite sur le dépôt de la demande d’autorisation environnementale. »

« La concertation publique est un bel exercice »

- Les conditions d’une telle implantation ne sont-elles pas trop contraignantes ?

- G.Th. : « Bon, le citoyen estimera de son côté que c’est bien. L’entre­preneur pour sa part trépigne un petit peu. En toute honnêteté, il y a des phases qui sont importantes mais qui pourraient être facilement raccourcies suivant le territoire dans lequel on est. La concertation publique, un bel exercice, malgré tous les efforts de pédagogie que l’on fait, n’a pas drainé beaucoup de public. C’est un processus qui a pris 9 mois. Dans un territoire comme celui de Saint-Avold qui est réconcilié avec son héritage industriel, je pense qu’il y a moyen d’accélérer ça. »

- Et le site de l’ancienne cokerie est-il aux normes ?

- G.Th : « La partie sur laquelle on va s’implanter, l’EPFL Grand Est qui a géré le dossier a fait en sorte que toute poche de pollution concen­trée entre 0 et 5 m de profondeur a été retirée. Du coup le terrain est rendu à un usage industriel, sur les 15 hectares dont nous faisons l’acquisition. En tout 22 hectares ont été traités ainsi. Il en reste une trentaine où la dépollution doit encore être traitée. »

Une instruction des permis de 9 mois

- Vous avez désormais un calendrier clair de ce projet ?

- G.Th. : « On a un calendrier. On est en ligne avec celui que nous avons élaboré en clôture de la concertation en novembre 2025. Demande d’autorisation environnementale puis permis de construire sans doute dans les jours qui suivront. On espère avoir fin septembre ou début octobre au plus tard le feu vert de la DREAL (ndlr : Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) qui nous dira si le dossier est bien complet. C’est à partir de ce moment-là que l’encadrement de la durée de l’instruction peut démarrer. Il y a 9 mois pour l’instruction des deux permis. Cela nous renvoie l’obtention du permis à juin l’année prochaine. À partir de là, la décision finale d’investissement pourra être validée. Nous avons prévu 18 mois de construction et 6 mois de déverminage comme on dit dans l’industrie. La première pierre est programmée pour l’été 2027, et le démarrage, au deuxième trimestre 2029. »

« Il nous faut l’engagement des marques »

- En attendant vous devez réunir les fonds ? Il s’agit tout de même de 450 M€ ?

- G.Th. : « On travaille actuellement pour optimiser ce chiffre. On espère peut-être atteindre les 400 M€, mais ça reste beaucoup de sous. Malgré la baisse de l’intérêt pour tout ce qui est environne­ment et durabilité, depuis deux ans, qui est assez nette. Nous étions récemment à Vivatech où on ne parlait que IA et Défense. Cela dit, la partie circularité textile reste très présente. Avec le vêtement que l’on porte au quotidien, le simple fait de s’habiller, la question de sa durabilité de la qualité ne disparaît pas comme ça. L’actualité des ravages que font les marques de textile rappelle qu’il y a vraiment quelque chose à faire. »

- Vous vous appuyez sur des investisseurs privés ?

- G.Th. : « Aujourd’hui on a tous les investisseurs privés dont on peut avoir besoin, les banques sont intéressées. Pour avoir le soutien des banques, il nous faut l’engagement des marques. On a besoin de contrats auprès des marques. Là on est dans un choc culturel entre les marques qui ont l’habitude de ne pas s’engager et dont l’horizon est la prochaine collection, dans les trois mois. Et nous on leur demande un engagement de dix ans ! C’est un bras de fer intéressant qui prend un peu plus de temps que prévu. Mais on avance bien. Notre argument c’est la carotte et un bâton. La carotte c’est l’aide que pourra apporter l’éco-organisme, une fois que son cahier des charges sera refondu, pour introduire cette nouvelle filière de recyclage. Le bâton, c’est la législation européenne, dans laquelle il y aura l’obligation d’incorporer de la matière recyclée. Les marques devraient hésiter un peu moins. »

« Circ n’est pas tout seul »

- Reste la question du timing ?

- G.Th. : « Tout ce travail préparatoire doit attendre la fin du travail administratif pour permettre de lancer le processus de levée de fonds complémentaire. Si l’horloge commence à démarrer à partir du mois d’octobre on pourra avec plus de certitude engager les investisseurs. »

- Vous êtes confiant quand même ?

- G.Th. : « Oui. C’est pour ça qu’on se lève le matin. Je pense que le sujet de la circularité du textile ne va pas disparaître. Cela va donner des débouchés à tout l’écosystème de la collecte du tri de vêtements. C’est un sujet environnemental, c’est un sujet déchets. Ce qui me donne de la confiance : Circ n’est pas tout seul, notamment en France. Ce sont souvent des projets complémentaires, avec des technologies différentes. »

- Les pouvoirs publics vous ont rassurés ?

- G.Th. : « Les pouvoirs publics prennent une part de responsa­bilité notamment dans la refonte du cahier des charges de l’éco-organisme. Maintenant les marques ont très peur de l’impact du coût de l’éco-contribution comme pour tout changement. On y verra plus clair en octobre. Et puis les gens que l’on voit ici, croient à ce projet. On sent beaucoup d’intérêt dans le territoire. »

CIRC lance sa première collection de denim avec H&M à base de fibres textiles recyclées

Moins d’un an après l’annonce de leur partenariat, Circ, H&M et Lenzing franchissent une nouvelle étape avec la commercialisation des premiers jeans homme réalisés en Tencel ™ Circ avec la technologie REFIBRA ™.

Cette collection démontre qu’il est désormais possible d’intégrer des matières issues du recyclage textile dans les chaînes d’appro­visionnement des grandes marques, ouvrant la voie à un passage à l’échelle de la mode circulaire. Alors que Circ développe sa première usine industrielle européenne à Saint-Avold, cette commercialisation confirme les débouchés industriels et commerciaux de sa technologie brevetée de recyclage textile-à-textile.

Collection disponible en Europe

Avec ce partenariat récent Circ, seul recycleur textile capable de traiter les mélanges polycoton pour les réutiliser dans de nouvelles fibres textiles, H&M et Lenzing franchissent une nouvelle étape en lançant la première collection de denim homme H&M réalisée en TENCEL™/ Circ® avec la technologie REFIBRA™. Composée de deux modèles, cette collection est désormais disponible en Europe, en Amérique du Nord et au Moyen-Orient. Elle marque la première commercialisation de cette collaboration annoncée en 2025.

Une chaîne de valeur textile circulaire

Cela constitue une avancée spectaculaire. Cette collection illustre une chaîne de valeur textile circulaire intégrée, depuis le recyclage des déchets textiles jusqu’à la commercialisation des vêtements. Grâce à sa technologie brevetée de recyclage textile-à-textile, Circ transforme des textiles usagés contenant des mélanges de coton et de polyester en deux nouvelles matières premières : une pâte cellulosique et des monomères de polyester. La pâte cellulosique Circ est ensuite inté­grée par Lenzing dans son procédé de fabrication des fibres Lyocell TENCEL™/Circ® avec la technologie REFIBRA™, avant d’être utilisée par AGI Denim pour confectionner les vêtements commercialisés par H&M. Chaque vêtement contient des fibres Lyocell produites avec 30% de pâte Circ issue de déchets textiles recyclés. Une démonstration qu’il est désormais possible d’intégrer des matières recyclées issues du textile dans les chaînes d’approvisionnement existantes des grandes marques.

Une étape vers l’industrialisation du recyclage textile

Cette commercialisation est le fruit d’une collaboration inédite. Circ, acteur de nouvelle génération du recyclage textile, Lenzing, producteur historique de fibres cellulosiques, AGI Denim et H&M, ont développé une approche collaborative à l’échelle de l’ensemble de la chaîne de valeur. Cela constitue une voie concrète pour accélérer le dévelop­pement d’une industrie textile circulaire.

En outre, cela prouve la capacité des infrastructures industrielles exis­tantes à intégrer des matières premières issues du recyclage textile, sans créer de chaînes d’approvisionnement parallèles en s’appuyant sur les procédés de production déjà en place.

« Une étape majeure de notre industrie »

Peter Majeranowski, CEO de Circ ne s’y est pas trompé. « Cette com­mercialisation démontre que les fibres issues du recyclage textile sont désormais prêtes à intégrer les chaînes d’approvisionnement des grandes marques. Voir les fibres TENCE™/Circ avec la technologie REFIBRA™ rejoindre la gamme permanente de jean homme de H&M constitue une étape majeure pour notre industrie. Pour y parvenir, chaque maillon de la chaîne de valeur a dû répondre aux mêmes exigences de qualité, de fiabilité et de performance que les matières conventionnelles. De Circ à Lenzing, d’AGI Denim jusqu’aux rayons d’H&M, ce lancement montre qu’une chaîne de valeur textile circulaire peut désormais fonctionner à l’échelle industrielle. »

« L’objectif de notre future usine de Saint-Avold »

À l’évidence, cette annonce d’un partenariat réussi apporte de l’eau au moulin des promoteurs de l’usine Circ de Saint-Avold. Un atout de taille dans le dossier en cours de validation réglementaire. Des raisons de réjouir Guillaume Thomé, le directeur général de Circ France. « Cette commercialisation illustre très concrètement l’objectif de notre future usine de recyclage textile à Saint-Avold en Moselle. Elle confirme que les marques sont prêtes à intégrer des matières recyclées dans leurs collections, que notre projet répond à un besoin concret du marché et qu’il constitue une véritable opportunité de réindustrialisation. Les conditions sont désormais réunies pour développer en Europe une nouvelle filière de recyclage textile, créatrice d’emplois, de souverai­neté industrielle et de valeur pour les territoires. »

« Mettre sur le marché des vêtements circulaires… »

Caroline Ledl, Senior directeur Product Opérations de Lenzing Group se félicite de ce partenariat réussi. « Cette collaboration démontre qu’en réunissant les acteurs de chaque étape de la chaîne de valeur textile, il est possible de mettre sur le marché des vêtements circu­laires. Nous sommes fiers de travailler avec des pionniers comme Circ pour faire passer une innovation, développée à l’échelle pilote, à des applications commerciales concrètes. Nous poursuivons notre engagement en faveur de ce type de collaboration afin d’accélérer l’arrivée de nouvelles fibres TENCE™ sur le marché. »

Cette commercialisation va également dans le sens de l’histoire. N’ou­blions pas en effet que la législation européenne compte imposer aux marques l’obligation d’incorporer de la matière recyclée dans leurs vêtements. Un bon point de plus pour Circ.

 

À propos de Circ

Le président de la République Emmanuel Macron avait qualifié ce projet lors de sa présentation en 2025 « de cathédrale industrielle. » Pour Guillaume Thomé ce fut l’occasion d’affirmer qu’il fallait au préalable « bien réussir les fondations » de ce projet. Avec un in­vestissement de 450 M€ cette infrastructure industrielle disposera d’une capacité annuelle de traitement de 71 500 tonnes de textile polycoton et permettra la création de près de 200 emplois directs et indirects.

Circ, grâce à sa technologie brevetée de recyclage textile-à-textile, transforme les tissus en polycoton jetés en matériaux de qualité équivalente à ceux issus de la matière vierge. En séparant et en récupérant le polyester et la cellulose des textiles mélangés, Circ propose l’une des premières solutions testées sur le marché pour les déchets parmi les plus difficiles à recycler dans le secteur de la mode.

Basé à Danville en Virginie et en pleine expansion mondiale avec sa première usine à échelle industrielle en projet en France, Circ jette les bases d’une économie circulaire dans le secteur de la mode. À ce jour l’entreprise a noué 15 partenariats avec des marques renommées pour plusieurs collections de produits, constitué un réseau Cir-Ready en pleine expansion comptant 18 partenaires et réuni des groupes Fiber Club afin d’accélérer la collaboration tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

La technologie de Circ est soutenue par des investisseurs mondiaux de premier plan et ses fibres issues de matériaux recyclés, Circ Lyocell et Circ Polyester, sont déjà utilisées dans le cadre de collaboration avec des marques allant du luxe au marché de masse.

Pas de classement Seveso

Afin de traiter quelque 200 tonnes de textiles par jour, l’entreprise compte travailler avec des centres de tri pour récupérer les textiles en polycoton qui ne sont ni réparables, ni réemployables. Selon Guillaume Thomé, elle compte aussi s’approvisionner dans un premier temps, avec des chutes textiles issues directement de l’industrie. Des phases de collecte de déchets post-consommation seront mises en place en France, dans le Grand Est, dans les Hauts-de-France, en région parisienne, Rhône-Alpes et à l’étranger, au Bénélux et en Allemagne.

Enfin Circ a confirmé que son projet réduirait son impact environ­nemental en traitant l’eau de façon circulaire, sans rejets. Dans le même temps, ces évolutions apportées au procédé ont permis d’écarter un classement Seveso, confirmant la maîtrise des risques industriels associés à la future installation.

Jeans homme en matière recyclée commercialisés chez HM

Bernard KRATZ