La description de cette unité
Cette unité de prétraitement des biodéchets a une capacité de 27 000 tonnes par an avant leur envoi en filière de méthanisation. Quelque 28,5 GWh par an (soit l’équivalent de la consommation électrique de 6350 foyers) et un amendement organique issu du digestat de méthanisation destiné à l’agriculture comme substitut d’engrais d’origine fossile, seront produits à partir de ces biodéchets. Cette installation qui contribue à structurer la filière locale des biodéchets, complète l’expertise de Suez dans la gestion des biodéchets en Moselle, depuis la collecte jusqu’à la valorisation énergétique et agronomique.
Avec la généralisation du tri à la source des biodéchets, depuis le 1er janvier 2024, cette nouvelle unité apporte une solution concrète aux collectivités et aux acteurs économiques du territoire.
Cette valorisation permettra d’éviter l’émission de 9000 tonnes de CO2 par an grâce à la substitution d’énergies fossiles et d’engrais chimiques et à la relocalisation des flux.
Fameck au coeur d’un écosystème industriel
Située au nord de la Lorraine et le Luxembourg, l’unité s’insère au coeur d’un bassin de vie de plus de 400 000 habitants et bénéficie d’un emplacement géographique stratégique. Elle est intégrée à l’écopôle multi-filières Suez de Fameck, qui regroupe également un centre de tri de déchets d’activités économiques, une unité de préparation de combustibles solides de récupération (CSR), un centre de transfert et une base logistique de collecte. Ce dispositif illustre la capacité de Suez à piloter l’ensemble des flux de déchets à l’échelle locale, à maîtriser toute la chaîne de valeur et à adapter ses infrastructures afin d’intégrer, en les mutualisant, de nouvelles activités.
Un maillon clé pour structurer la filière biodéchets
Conçue et exploitée par Suez, l’unité de Fameck marque un changement d’échelle dans la gestion des biodéchets du territoire mosellan. Désormais triés à la source, conformément à la loi AGEC, les biodéchets sont préparés pour être orientés vers des filières de valorisation.
Le site combine deux étapes complémentaires :
- Le déconditionnement pour séparer les biodéchets de leurs emballages (issues des grandes et moyennes surfaces, de l’industrie agroalimentaire, de la restauration collective et commerciale, des établissements publics, des ménages etc.), afin d’orienter un maximum de flux vers la valorisation.
- L’hygiénisation de la matière organique, qui garantit l’élimination des éléments indésirables que la méthanisation ne permet pas d’éliminer.
Ce procédé permet d’orienter 100% des biodéchets entrants vers des filières de valorisation, tout en améliorant les performances des unités de méthanisation. Les biodéchets préparés seront orientés vers les unités de méthanisation situées à proximité de l’écopôle multi-filières Suez à Fameck. Grâce à cet équipement, Suez propose une solution intégrée couvrant l’ensemble des étapes du prétraitement des biodéchets.
Financement et calendrier
L’investissement total porté par Suez s’élève à 5,7 M€. Le projet bénéficie d’un soutien public de l’Ademe dans le cadre du programme Climaxion, avec l’appui de l’État et de la Région Grand Est. Après 9 mois de travaux, l’installation est opérationnelle. Elle est à l’origine de la création de 6 emplois.
Pour Gerard Teboul, directeur général de l’activité organique de Suez « avec cette nouvelle unité, Suez franchit une étape clé en Moselle en proposant une solution complète de valorisation de biodéchets. En combinant sur le même site le déconditionnement et l’hygiénisation, nous garantissons une qualité de substrat pour la méthanisation et contribuons concrètement à la production d’une énergie locale et renouvelable. Ce projet illustre pleinement notre engagement aux côtés des collectivités et des professionnels pour accélérer la transition énergétique des territoires. »
Interview de Franck Maillet
« Le prétraitement des biodéchets deux à trois fois moins cher que la mise en décharge ou l’incinération »
Franck Maillet est directeur Alsace Lorraine de la branche Entreprises, Recyclage et Valorisation de Suez, une des principales activités du groupe, l’autre étant l’eau. Pour Les Affiches d’Alsace et de Lorraine, il explique la stratégie de Suez.
- Les Affiches d’Alsace et de Lorraine : Le site de Fameck existe depuis quand chez Suez ?
- Franck Maillet : « Fameck existe depuis 1998. Ce site a été construit, et il était au départ dédié au tri des emballages ménagers, jusqu’en 2014. À partir de cette période, Fameck a muté au tri des emballages industriels ou des déchets industriels, et des déchets ménagers du Nord lorrain, qui sont transférés soit dans des sites d’enfouissement soit vers les incinérateurs, principalement celui de Haganis à Metz. »
- En lançant ce site de préparation des biodéchets vous opérez un changement déterminant ?
- F.M. : « En fait, Fameck est devenu un centre multi-filières depuis 2014. On y a accueilli davantage de déchets des industriels et des commerçants, on y produit du prétraitement pour les emballages industriels type fibreux : cartons, papiers, bois et aussi le tri des plastiques. Nous opérons ces opérations pour éviter des tonnes à l’enfouissement ou au traitement ultime en incinération, ce qui permet d’éviter des tonnes d’émissions de CO2. Aujourd’hui on arrive à sortir entre 1500 à 3000 tonnes par an d’un traitement dit ultime de déchets industriels. Et on y prépare les déchets de métaux. Et le dernier-né, est le prétraitement du biodéchet des collectivités et des particuliers. À Fameck on prétraite ces biodéchets avec des outils innovants à la collecte, pour diminuer notre impact environnemental en termes d’émissions de CO2 sur le transport. »
« Les premiers en Lorraine »
- Quel type d’outils innovants ?
- F.M. : « On a imaginé en Lorraine depuis 2021 et 2022, une collecte intelligente avec des châssis décarbonés qui sont passés par du gaz et qui convergent aujourd’hui vers de l’électrique. On peut ainsi collecter des bacs pour les collectivités, comme pour les professionnels, sur des points d’apport volontaire, en tout cas sur les lieux de production où on désinfecte le bac sur place, avec notre système de lavage, et également de nettoyage de l’environnement de travail chez notre client qui le produit. Là on est uniquement sur la collecte : on désinfecte et on lave les conditionnements de nos producteurs de biodéchets, leur environnement de travail, et surtout on collecte avec des caissons étanches qui permettent d’alimenter notre unité de prétraitement de biodéchets de Fameck. On a été les premiers en France, ici en Lorraine, à avoir un camion biodéchets qui permettait de désinfecter les bacs, de nettoyer l’environnement de travail et de collecter en toute sécurité, sur un caisson étanche. Ce qui n’était pas faisable avec une benne à ordures classique. Et en plus, on roule avec des camions alimentés au gaz ou électriques. »
« Du biodéchet non hygiénisé ne peut aller en méthanisation »
- Qu’en est-il des emballages ?
- F.M. : « C’est justement cette unité de prétraitement qui désolidarise les emballages du contenu avec un système de pales, comme une baratte à beurre, qui ne détruit pas notre soupe et notre substrat, lequel va être destiné à une hygiénisation ensuite, pendant un certain temps et à une certaine température, afin d’éliminer des éléments pathogènes, avant d’être dirigés vers les méthaniseurs du secteur. Il faut savoir que du biodéchet non hygiénisé ne peut pas aller en méthanisation. L’hygiénisation est une étape essentielle. »
- Pour la valorisation ?
- F.M. : « On est sur un mode 100% valorisation. Pourquoi ? Parce que même les emballages que l’on aura extrait de ce substrat dirigé vers le méthaniseur, sont aujourd’hui préparés à Fameck, dans une nouvelle unité installée en 2022. Elle consiste à prétraiter et préparer les déchets d’une certaine catégorie, ceux issus du refus de tri, et qui ne sont pas éligibles à une valorisation matière et énergétique. Nous les envoyons à partir de la rentrée prochaine vers une installation, Novasteam, créée au sein de la soudière Humens de Laneuveville-devant-Nancy. Les refus de tri sont alors valorisés énergétiquement dans la chaudière Novasteam comme un CSR, un combustible solide de récupération. Cette installation d’Humens valorise ces CSR pour faire de la vapeur et n’utilise plus de charbon. »
- Que deviennent les substrats ?
- F.M. : « Sur une unité de prétraitement on va envoyer des soupes on va également envoyer des substrats issus du méthaniseur qui seront utilisés en amendement agricole du secteur. On est vraiment sur un cercle vertueux. »
« Dans un rayon de 50 km »
- Où collectez-vous ces biodéchets ?
- F.M. : « Pour Fameck et son installation, on va collecter les professionnels et les collectivités sur un rayon de 50 kilomètres. Dans un premier temps en tout cas. On reste sur le territoire français et de proximité. Alors, nous avons cette installation à Fameck, et une autre, depuis une vingtaine d’années à Toul en Meurthe-et-Moselle et une autre à Strasbourg depuis 20 ans. On va chercher avec les collectivités, avec les acteurs économiques les déchets autour de ces secteurs dans un rayon de 50 kilomètres. »
« On privilégie les méthaniseurs de proximité »
- Vers quels méthaniseurs sont transférés vos biodéchets ainsi préparés ?
- F.M. : « On privilégie naturellement les méthaniseurs de proximité, notamment le nôtre du côté de Faulquemont. Et tout prochainement celui que nous avons en partenariat avec EMC2 (ndlr : coopérative agricole dans la Meuse) d’ici la fin de l’année à Metzervisse, dans l’arc mosellan. On privilégie vraiment une ressource produite par un territoire pour un territoire. C’est le message que nous portons. Nous sommes dans une logique de proximité. Tout méthaniseur qui sera à proximité avec ce substrat de préparation issu de Fameck sera le bienvenu. Cela peut-être un méthaniseur agricole proche, ou plus rarement d’une collectivité, qui sont connectés au réseau GRDF. »
- Cette façon de procéder va-t-elle encore se développer chez Suez ?
- F.M. : « Oui. Chez Suez, dans le Grand Est, on est déjà bien fourni avec ce type d’outils. Clairement, les unités de prétraitement et la méthanisation, sont des objectifs chez Suez. »
- Et Fameck répond à cet objectif ?
- F.M. : « Le site de Fameck est complètement adapté. C’est un site existant, qui bénéficie d’ateliers de tri totalement complémentaires avec cette activité qui vient s’ajouter aujourd’hui. Pour justement avoir une offre 100 % valorisation. »
- Mais ça ne génère pas beaucoup d’emplois ?
- F.M. : « Sur le site de Fameck de prétraitement, nous sommes déjà 13 collaborateurs. On va chercher des personnes éloignées de l’emploi ou en insertion. Avec la nouvelle unité de prétraitement ce sont 6 emplois supplémentaires qui sont créés. »
- Quel est le montant de l’investissement ?
- F.M. : « Il est de 5,7 M€. Nous avons le soutien de l’Ademe et de la Région Grand Est dans le cadre du programme Climaxion. Ce soutien est autour de 1,8 M€. Il faut aussi rappeler qu’à Fameck nous avons investi ces quatre à cinq dernières années près de 1,5 M€ pour la préparation des CSR, pour le comptoir à métaux, pour les ateliers de valorisation du bois etc. On va très loin dans le tri. »
- À la clé il y a moins de déchets en décharge ?
- F.M. : « L’effet réglementaire du 1er janvier 2024 avec l’obligation de tri pour tout biodéchet, la loi AGEC, a accéléré un certain nombre de processus. On est au-delà de la loi AGEC, cela participe très efficacement à la réduction de la mise en décharge. On en a fermé un certain nombre et nous avons réduit nos capacités d’acceptation sur nos sites. Le biodéchet se trouve en partie importante dans nos déchets ménagers. Il faut savoir que c’est deux à trois fois moins cher que d’aller en incinération. »