- Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et présenter le service de formation continue de l’Unistra ?
D.Schlaefli : Biochimiste de formation, j’ai rejoint l’Université de Strasbourg en 1988 avec l’idée initiale d’y passer six mois pour enrichir mon CV. Séduit par le secteur de la formation continue et le contact direct avec les entreprises du territoire, j’y ai développé mon parcours : d’abord comme chargé de mission sur les secteurs de la chimie et de la biochimie, jusqu’à mon poste actuel de directeur adjoint aux côtés de la directrice du service, Madame Carole Maillier. Mes fonctions sont aujourd’hui centrées sur la gestion, l’administration et les ressources humaines.
Le Service de Formation Continue (SFC) a connu une forte croissance, passant de 6 collaborateurs à ses débuts à une cinquantaine de personnes aujourd’hui.
Un élément important à noter est qu’il s’agit d’un modèle d’autofinancement strict. Contrairement à la formation initiale qui est fortement subventionnée par l’État, la formation continue universitaire fonctionne selon les règles du marché. Le service ne perçoit aucune subvention : les salaires (titulaires comme contractuels) et les charges sont intégralement financés par le chiffre d’affaires généré par nos prestations. Nous évoluons ainsi sur un marché concurrentiel aux côtés des 80 000 autres organismes de formation en France.
En termes de volume, l’Unistra accueille chaque année 8 000 stagiaires en formation continue à mettre en parallèle des 60 000 étudiants en formation initiale.
Notre catalogue comprend près de 800 actions de formation (stages courts de remise à niveau, modules sur-mesure en intra-entreprise ou réintégrations dans des parcours diplômants).
Notre activité couvre des domaines variés, directement alignés sur les besoins du tissu économique et les obligations d’adaptation des compétences.
Il y a tout d’abord le secteur de la santé et le secteur social qui représente près de 60% de nos formations. En effet, c’est le coeur historique du service (hôpitaux, cliniques, EHPAD, structures sociales), porté par une forte culture de maintien à niveau et des obligations légales strictes.
Nous avons ensuite le secteur de la gestion d’entreprise pour 17 %. Et enfin, le secteur des langues et des Sciences humaines à hauteur de 11 %. Nous touchons également le secteur de l’industrie et des services, notamment la chimie, la pharmacie, les sociétés de services et les administrations publiques.
Notre exigence de qualité se traduit par d’excellents retours du terrain puisque 85 % de nos stagiaires se déclarent satisfaits de leur formation et 92 % la recommanderaient à un proche ou un collègue.
- Comment l’Université adapte-t-elle son offre de formation continue aux besoins économiques et industriels de la région Grand Est ?
D.Schlaefli : Pour répondre précisément aux mutations technologiques et aux besoins du tissu économique régional, le SFC s’appuie sur une démarche proactive organisée autour de deux pôles complémentaires.
Au sein du pôle Développement des formations et innovation, 9 chargé(e)s d’ingénierie de formation (CIF) assurent une veille permanente sur leurs secteurs respectifs. Cette dynamique permet de renouveler environ 8 % de l’offre chaque année par la création de nouvelles actions adaptées aux évolutions techniques ou à l’émergence de nouveaux besoins du marché (par exemple dans le secteur médical ou industriel).
Ces 9 personnes travaillent en lien étroit avec les enseignants-chercheurs des facultés, cela permet de transformer la recherche et les savoirs universitaires en compétences opérationnelles pour les entreprises.
Face à un secteur concurrentiel important, j’évoquais le chiffre de 80 000 organismes de formation peu ou prou, nous avons une démarche commerciale et marketing proactive. Ainsi, nos 8 professionnels du pôle marketing et commercialisation ont pour mission de consolider les secteurs historiques du SFC et de conquérir de nouveaux prospects. Ils s’appuient sur les opportunités identifiées par les CIF et les universitaires responsables des formations.
Bien entendu, la démarche commerciale, autrefois fondée sur du démarchage physique, que j’ai pratiqué, s’effectue aujourd’hui via de la prospection digitale, des campagnes ciblées et des échanges à distance, permettant de proposer aux acteurs économiques des solutions d’accompagnement selon notre catalogue ou sur-mesure.
- Quelles sont les nouvelles thématiques ou filières clés qui ont émergé cette année ou l’année dernière au sein du catalogue ? Co-construisez-vous des parcours spécifiques à la demande directe des entreprises ou des collectivités locales ?
D.Schlaefli : L’évolution de notre offre répond directement aux innovations médicales, aux mutations technologiques et aux besoins spécifiques exprimés par les acteurs économiques et institutionnels.
Dans le secteur de la santé, outre l’intégration continue des nouvelles techniques de soins, le catalogue s’est enrichi de formations adaptées aux évolutions législatives et médicales récentes. C’est le cas de la prise en charge de la fatigue chronique, un point d’actualité depuis sa reconnaissance officielle par l’Assurance Maladie.
L’intelligence artificielle, au-delà de l’effet d’annonce, s’impose dans nombre de métiers et donc dans nos formations. Elle est intégrée aussi bien dans le domaine de la santé (outil d’aide à la décision) que dans les fonctions supports (gestion des ressources humaines, communication).
L’évolution du catalogue s’appuie également sur la relation directe avec le terrain et les entreprises. Beaucoup de formations sur-mesure sont des formations intra-entreprises. Dans 80 % des cas, il s’agit d’une adaptation logistique d’une formation existante au catalogue, délocalisée au sein de l’entreprise ou de la collectivité pour former un groupe de collaborateurs.
Dans 20 % des cas, il s’agit d’une création sur-mesure répondant à un cahier des charges inédit. Ces demandes spécifiques servent également de « révélateurs » pour nous et permettent d’identifier de nouveaux besoins et de créer de futures formations qui pourront prendre place dans notre catalogue.
Nous sommes effectivement en dialogue permanent avec les organismes consulaires, les branches professionnelles et les financeurs paritaires. Cela permet de répondre à des commandes publiques. Comme par exemple, la création d’une licence en systèmes automatisés, réseaux et informatique industrielle à l’IUT de Haguenau pour répondre aux besoins de la Région Grand Est et des acteurs du secteur.
Dans le domaine de la santé, nous avons déployé une formation d’Infirmier en Pratique Avancée (IPA) sur deux ans, commandée et financée par l’Agence Régionale de Santé (ARS).
Un autre élément important pour nous est que chaque formation est sous la responsabilité scientifique d’un enseignant-chercheur de l’Université de Strasbourg, garant de la rigueur académique.
D’autre part, plus de 50 % des formateurs sont des experts du terrain en activité (cadres du secteur privé, praticiens), apportant des réponses concrètes aux problématiques opérationnelles des stagiaires.
Dernier point, toutes les actions font l’objet d’une mesure systématique de la satisfaction, de l’atteinte des objectifs professionnels et du taux de recommandation. Pour moi, une formation ne peut pas être juste intéressante car les stagiaires prennent du temps sur leur temps de travail ou personnel, il est donc très important que la formation réponde entièrement aux exigences et aux questionnements de ces étudiants qui sont des professionnels.
- D’ailleurs à ce sujet, qui sont aujourd’hui les principaux usagers de la formation continue ?
D.Schlaefli : La grande majorité des stagiaires (plus de 80 %) sont des salariés envoyés par leur employeur pour maintenir ou développer leurs compétences face aux évolutions de leur métier. Les professionnels libéraux et indépendants représentent une part significative des inscriptions individuelles visant le perfectionnement ou l’acquisition de nouvelles expertises métier.
Bien que minoritaires (représentant une faible part des effectifs), les demandeurs d’emploi intègrent le SFC dans le cadre d’un projet validé par France Travail ou la Région Grand Est, principalement sur des parcours courts et qualifiants (licences professionnelles, Master 2) visant un retour rapide à l’emploi.
- Observez-vous une hausse des demandes de reconversion professionnelle radicale ou plutôt une demande d’approfondissement et d’acquisition de nouvelles compétences ?
D.Schlaefli : Hors fluctuations conjoncturelles liées au marché du travail ou aux crises économiques, aucune tendance de fond ne privilégie l’une par rapport à l’autre. Les deux demandes coexistent de manière équilibrée.
On peut noter que la montée en compétences répond majoritairement à une co-construction ou une négociation entre le salarié et son employeur pour adapter les qualifications aux transformations technologiques ou organisationnelles. Alors que la reconversion professionnelle relève principalement d’une démarche individuelle de la part de l’actif ou du demandeur d’emploi.
Lorsque le chômage augmente ou que des besoins sectoriels émergent, des dispositifs ciblés sont mis en place avec France Travail ou la Région Grand Est (prise en charge des frais de formation) pour orienter prioritairement les demandeurs d’emploi vers les métiers et diplômes à forte embauche.
- Quelle est aujourd’hui la place de la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) dans votre activité ?
D.Schlaefli : Cette démarche représente 1 % des usagers du SFC (soit environ 70 dossiers en 2025), la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) demande un investissement important pour la personne qui la demande. Elle constitue une voie d’accès officielle à l’ensemble des diplômes nationaux délivrés par l’Université de Strasbourg, de la licence jusqu’au Doctorat.
La VAE ne s’apparente ni à un CV amélioré ni à une équivalence automatique liée à l’ancienneté. Il s’agit d’une démarche d’analyse réflexive approfondie où le candidat doit faire la preuve de la correspondance entre ses compétences de terrain et le référentiel du diplôme visé.
Le parcours s’organise en plusieurs étapes. Il y a tout d’abord l’étude de faisabilité (ou pré-positionnement). En effet, avant d’engager le candidat dans un travail exigeant, le jury de la formation étudie son projet afin de valider ses chances de réussite et lui éviter un engagement infructueux.
Ensuite, il s’agit de l’accompagnement (optionnel mais déterminant). Bien que la loi permette de présenter un dossier en autonomie, la réussite repose très largement sur un accompagnement personnalisé. L’Unistra s’appuie sur un réseau de coachs et d’accompagnateurs spécialisés pour guider les candidats dans la formalisation et la démonstration de leur expérience.
Enfin, il y a le jury de VAE. Il est composé d’universitaires et de professionnels, il évalue le dossier et échange lors d’un entretien avec le candidat pour vérifier l’adéquation des compétences et délivrer, le cas échéant, tout ou partie du diplôme national.
- Comment l’université concilie-t-elle les exigences de la formation universitaire avec les contraintes d’emploi du temps des professionnels ?
D.Schlaefli : Pour concilier exigences universitaires et contraintes professionnelles, nous proposons plusieurs modalités d’organisation adaptées à chaque profil.
Nous avons les formations diplômantes en temps plein. Ces cursus restent une activité dense (souvent plus de 30 heures par semaine avec les travaux pratiques). Ils s’adressent prioritairement aux salariés disposant d’un congé dédié (CPF transition, congé de formation) ou aux demandeurs d’emploi. Pour ces derniers, le suivi d’un cursus complet nécessite un accord préalable de leur conseiller France Travail, ces financements restant très ciblés.
D’autre part, dans le cas de diplômes nationaux ou de diplômes d’université, et pour permettre le maintien d’une activité professionnelle, l’emploi du temps est condensé sur des rythmes spécifiques, comme deux jours par semaine ou une semaine par mois.
Il y a enfin, les stages courts de deux à trois jours qui s’intègrent facilement dans l’agenda des professionnels. À la demande d’un employeur pour former un groupe de collaborateurs (formation intra), l’université adapte son calendrier par séquences de 2 à 3 jours maximum.
- Quel est l’impact des récentes évolutions réglementaires et financières (notamment autour du Compte Personnel de Formation) sur la fréquentation des programmes ?
D.Schlaefli : Ces évolutions règlementaires n’ont pas vraiment d’impact sur notre activité. En effet, historiquement, l’accès à la formation continue bénéficiait principalement à un public très ciblé : des hommes, fortement diplômés, en poste dans de grandes entreprises. Si les récents dispositifs comme le Compte Personnel de Formation (CPF) visaient précisément à démocratiser cet accès, leur impact sur la fréquentation à l’Unistra demeure mesuré et ceci pour deux raisons majeures. Tout d’abord, l’université s’adresse par nature à des profils, homme ou femme, disposant déjà d’un certain niveau d’études (minimum niveau Bac) ou exerçant dans de grandes structures (comme les établissements de santé). Le SFC évoluait donc déjà sur ce segment de marché bien avant la réforme.
D’autre part, pour réguler le secteur et éliminer les abus parmi les 80 000 organismes référencés en France, l’État a renforcé les exigences de qualité et de légitimité pédagogique (certification Qualiopi). Là encore, l’impact sur l’Unistra est neutre car engagée dans une démarche de certification ISO 9001 depuis 1998 pour se rapprocher des standards du monde socio-économique, l’université disposait déjà des garanties de rigueur et de compétence exigées aujourd’hui.
- Quel suivi spécifique proposez-vous aux adultes qui reprennent leurs études, parfois plusieurs années après avoir quitté le banc des facultés ?
D.Schlaefli : Pour accompagner les personnes en reprise d’études, notre service s’appuie sur son pôle Sécurisation des parcours professionnels.
Cet accompagnement sur mesure repose sur trois éléments. Tout d’abord, un conseil initial, gratuit et sans engagement. Ainsi, avant même l’inscription, des experts en ingénierie d’accompagnement accueillent les candidats pour faire le point sur leurs besoins. L’objectif est d’aider le candidat à « prendre le projet par le bon bout », lever ses freins et déterminer si la formation visée est la réponse la plus adaptée.
Ensuite, au-delà de la simple inscription, l’équipe aide à structurer la démarche, qu’il s’agisse d’une reconversion, d’une évolution interne, d’un changement d’employeur ou d’une Validation des Acquis de l’Expérience. L’accompagnement permet d’élargir les perspectives et d’adapter le parcours au profil de chacun (salariés de l’industrie, paramédicaux, informaticiens visant des postes de gestion de projet, etc.).
Enfin, notre service dépasse la seule transmission de connaissances. Il garantit un suivi qui sécurise la trajectoire du stagiaire, s’assurant que l’investissement en formation débouche sur une véritable plus-value dans son parcours soit par une prise de responsabilités, un retour à l’emploi ou une transition réussie.
- Quels sont les grands projets ou les défis majeurs de la formation continue à l’Unistra pour les années à venir ?
D.Schlaefli : Pour les années à venir, le principal défi du Service Formation Continue de l’Unistra réside dans le décloisonnement de l’image de l’université auprès du monde économique.
Si la rigueur, l’expertise académique et la fiabilité de l’Unistra sont largement reconnues, trois enjeux majeurs guident nos projets futurs. Il faut dépasser la représentation d’une université « hors-sol » ou trop théorique pour affirmer notre rôle de partenaire opérationnel. L’enjeu est d’amener les entreprises à faire le premier pas et à tester nos programmes.
Si notre apport est déjà une évidence dans les secteurs très spécialisés comme la santé ou les sciences, nous devons faire reconnaître la valeur ajoutée de l’université sur des sujets managériaux et stratégiques du quotidien des entreprises : management, ressources humaines, transformations organisationnelles.
Enfin, l’expérience le prouve ; lorsqu’une entreprise collabore avec l’Unistra, l’essai est transformé. Notre priorité est donc de développer une posture proactive pour faire savoir que nos enseignements, appuyés sur la recherche, apportent des solutions pratiques et immédiatement applicables aux problématiques des entreprises ou des organisations.
- Quel message ou conseil donneriez-vous à un professionnel qui hésite encore à franchir le pas de la reprise d’études ?
D.Schlaefli : Je pense qu’il faut avoir à l’esprit le fait que la formation n’est plus une option, mais le meilleur moyen de rester maître de sa trajectoire professionnelle et ceci pour 2 raisons.
En premier, les évolutions technologiques vont transformer près de 70 % des métiers, et 39 % des compétences actuelles devront être renouvelées d’ici 2030. Se former, c’est éviter de subir ces mutations et maintenir son employabilité.
Ensuite, la reprise d’études permet d’acquérir les clés de compréhension indispensables pour évoluer, changer de voie ou accéder à de nouvelles responsabilités.
Je dirai en conclusion que franchir le pas commence simplement par un échange. Se renseigner ne vous engage à rien. La prestation de conseil et l’accompagnement par nos experts du SFC sont entièrement gratuits. Venez échanger avec nous pour tester la faisabilité de votre projet.